L’art et la Guerre des Deux-Roses (1455-1485)

ImageOutre-manche est diffusée ce dimanche sur BBC1 une nouvelle série inspirée des romans de Philippa Gregory : The White Queen. Quoi de mieux pour démarrer ce blog que de s’intéresser à cette période troublée de l’histoire anglaise, où les deux familles les plus puissantes d’Angleterre, les York et les Lancastre, se disputent le trône. Il reste malheureusement peu de témoins de cette époque, les productions ayant été détruites par l’une ou l’autre famille, puis sous les Tudors et enfin sous la Réforme iconoclaste de la Guerre civile (1642-49).

Vitrail : Edward IV et Elizabeth Woodville, Cathédrale de Canterbury

La guerre des Deux-Roses est tout d’abord la guerre de deux emblèmes : la rose blanche de York et la rose rouge de Lancastre. Toutes deux de sang royal, il s’agit aussi des plus grands propriétaires terriens d’Angleterre, formant des alliances avec les autres grandes familles : Percy et Ecosse pour les Lancastre, les Neville de Warwick entre autre pour les York. Les hostilités, sur fond de problèmes de succession, démarrent en Mai 1455 avec la 1ère bataille de Saint Albans (Hertfordshire). Henry VI Lancastre, roi jeune et faible est confronté à la rébellion de Richard, duc d’York. Suite à la victoire de York, le Parlement consent, via l’Acte d’Accord (1460) à donner la couronne à Edouard, fils de Richard d’York, à la suite d’Henry VI. En 1461, Henry VI est pris par les York puis libéré peu de temps lors de la 2ème bataille de Saint Albans. Cependant, Edward d’York, aidé par les Warwick, entre dans Londres triomphant et est couronné le 28 juin 1461. Il règne tranquillement sur le royaume, épousant Elizabeth Woodville en 1464, provoquant un désaccord avec Neville. Les hostilités reprennent en 1469 et forcent le roi à s’enfuir vers la France en 1470. Aidé par Charles le téméraire, il retourne en 1471 et reprend son trône sur lequel il règne jusqu’en 1483. La succession assurée par deux fils dont Edward V est cependant remise en cause par l’invalidité du mariage par le parlement en Elizabeth Woodville et Edward IV. Les deux jeunes fils sont envoyés à la Tour pour y mourir et Richard III, frère d’Edward IV monte sur le trône.

La production artistique de cette période reste, d’un point de vue stylistique, complètement dans la continuité de l’art anglais médiéval : style gothique perpendiculaire, réalisation de petites sculptures d’albâtre dans les Midlands (collections du V&A, Londres). Il s’agit aussi d’un art encore principalement religieux où les plus belles réalisations sont offertes à la gloire de Dieu. Entre autre, on retrouve des commandes de peintures religieuses (retables, triptyques, petits tableaux) aux écoles flamandes, notamment Hans Memling, toujours très apprécié par la cour anglaise.

Autel-tombe d’Edward IV et Elizabeth Woodville, Chapelle Saint George (Windsor)

Edward IV, grande figure de cette période, fut aussi un grand mécène, dans le but de légitimer l’Acte d’Accord du parlement et de légitimer sa famille et sa couronne, notamment via l’embellissement et la construction de monuments religieux et royaux. Ainsi fait-il construire en 1475 la chapelle Saint George au château Windsor. Celle-ci avait pour but de rivaliser avec celle construite par Henry VI à Eton College et devint la maison de l’Ordre de la Jarretière. Elle sera re-décorée par Henry VIII, mais les corps d’Edward IV et Elizabeth Woodville sont présents dans la chapelle, enterrés sous l’autel en gothique perpendiculaire.

 En ce qui concerne les constructions royales, Edward IV commande entre autre le Great Hall d’Eltham Palace (Greater London) dans les années 1470. Restauré par les Courtaulds, propriétaires des lieux dans les années 1930, il présente les caractéristiques de cette architecture typique anglaise : salle de réception haute et rectangulaire au plafond de bois, écrans avec canopées au fond de la salle devant laquelle était mise en place une estrade où mangeaient le roi et sa famille, reprise d’éléments gothiques perpendiculaires pour le plafond, les arcs trilobés des baies vitrées, les arcs d’entrée en pierre, les vitraux représentant à la fois les armoiries royales et Edward IV et Elizabeth Woodville.

Great Hall, Eltham Palace : Les symboles royaux (détail), vue extérieure, vitrail des armoiries, vue intérieure

Bien évidemment, on retrouvera dans les armoiries d’Edward IV la rose blanche, signe distinctif de son appartenance à la famille d’York, notamment sur les vitraux de diverses églises : Prieuré de Little Malvern, Cathédrale de Canterbury. Ses successeurs en feront de même : Richard III et Henry VII dans l’église Saint James de Sutton Cheney (voir image 2). On retrouve aussi la rose blanche sur les pièces de monnaie d’Edward IV (Collections du Château de Windsor). A cela se rajoute aussi la réalisation de portraits officiels du roi mais aussi de la famille royale afin de légitimer non pas seulement l’autorité royale mais toute la lignée dynastique. On retrouve ainsi les portraits d’Edward IV (copie à partir d’un original de 1470-5) et son pendant Elizabeth Woodville (vers 1471, Ashmolean Museum d’Oxford). D’autres portraits officiels seront réalisés postérieurement notamment par les Tudors. Ces portraits reprennent le style flamand : fond sombre mettant en valeur la personne, riches textiles détaillés, pose ¾ presque de face. Le traitement n’est cependant pas encore à la hauteur de la minutie flamande.

Copie d’un portrait d’Edward IV (fin XVIème, National Portrait Gallery, Londres) et Portrait d’Elizabeth Woodville (1471, Ashmolean Museum, Oxford)

Il ne nous reste que trop peu de vestiges pour donner un véritable aperçu de cet art royal. A notamment été détruit les réalisations sous le règne d’Henry VI par son successeur. D’autre part, l’Angleterre est encore dans un système féodal  où les Nobles sont aussi commanditaires d’œuvres pour leur plaisir et pour la gloire de leur famille. Bien que troublée, cette période montre le début d’un mécénat royal dans un but de propagande de la couronne, notamment auprès de l’Eglise où se rend le peuple. Cette propagande passe aussi à travers la production d’objets que l’on porte et de manuscrits avec les deux familles ayant réalisé leur propre chronique de l’Angleterre, par Jean de Wavrin pour les York (BNF, MS Français 85) et John Hardyng pour les Lancastre (British Library). La guerre des Deux-Roses se termine véritablement en 1485 lorsqu’Henry Tudor, futur Henry VII, dépossède Richard III de sa couronne lors de la bataille de Bosworth Field. Epousant Elizabeth d’York, fille d’Edward IV, il réunit les deux familles sous la bannière des Tudors avec un nouvel emblème : la double rose.

Bibliographie :
BURY Laurent, Histoire des Arts en Grande Bretagne, Paris, Editions Ellipses, 2002

COTTRET Bernard, Histoire de l’Angleterre : De Guillaume le Conquérant à nos jours, Paris, Collection Texto ; Editions Tallandier, 2007

GREGORY Philippa, Série The Cousin’s War, Harper Editions, 2009-2013

KENDALL P. Murray, L’Angleterre au temps de la guerre des Deux-Roses, 1984

TURNER M., Eltham Palace, English Heritage, 1999

 

Crédits photo :

English Heritage, Royal Collections Trust, National Portrait Gallery (Londres), Ashmolean Museum (Oxford).

http://pinterest.com/lreynoldswr/war-of-the-roses/

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