Trésors des Cours Royales Tudor et Stuart

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Jusqu’au 14 juillet se tient au Victoria and Albert Museum de Londres une magnifique exposition concernant la production des arts appliqués anglais et les échanges avec les tsars russes : « Treasures of The Royal Courts : Tudors, Stuarts and The Russian Tsars ». Dans cet article je vous propose de nous intéresser surtout les réalisations anglaises pendant l’une des périodes les plus fastueuses de la royauté anglaise, depuis Henry VIII Tudor à Charles II Stuart, comptant entre autre le « Golden Age » d’Elizabeth Ière. A une époque où la féodalité vit ses dernières heures, le roi (ou la reine) commande de nombreuses pièces luxueuses pour sa propre demeure où en tant que cadeau à la fois en tant que moteur économique et démonstration de sa puissance. Je vous propose de découvrir cette exposition à travers les différents types d’objets exposés : miniatures, armoiries, argenterie, armurerie, textiles et joyaux.

« Limning, a thing apart… which excellth all other painting whatsoever. » Nicholas Hilliard

Jeune homme appuyé contre un arbre parmi les roses, Nicholas Hilliard, vers 1585-1595, V&A (P.163-1910)

La production phare de cette période est la miniature, ou « limning » en anglais, qui, grâce à des peintres de génies comme Hans Holbein et surtout Nicholas Hilliard, devient un genre à part. Il s’agit d’un art très privé, dans un même ordre que les dessins de Clouet à la cour de France. Une miniature est un portrait peint à l’aquarelle sur du velin, parfois monté pour en devenir un bijou. Nicholas Hilliard (1547-1619) est de loin le père de cette production typiquement anglaise, la faisant devenir un genre à part. Il a entre autre traité le sujet dans un ouvrage publié à la fin du XVIème siècle « The Art of Limning ». Ayant peint les portraits de la Cour sous Elizabeth, l’un de ces chefs-d’œuvre est le « Jeune Homme appuyé contre un arbre parmi les roses », représentant un adolescent de la fin de la période élisabethaine, dans un style très poétique et élégant. Ce dernier n’était cependant pas exposé lors de l’événement.

Armure d’Henry VIII sous la direction d’Erasmus Kirkenar Royal Armouries (Greenwich), vers 1539, The Royal Collection (RCIN 72834)

Outre les armures servant aux batailles, d’autres armures dites « d’apparat » étaient réalisées, richement décorées comme nous montrent les dessins du « Jacob’s album » de Jacob Halder, datés des règnes de Mary Ière et Elizabeth Ière. On conserve plusieurs armures d’Henry VIII, leur père, dont celle conservée dans les Collections Royales (voir image), réalisée à l’occasion de son mariage avec sa quatrième épouse, Anne de Clèves. C’est aussi dans ce contexte que se développent les armoiries, tout d’abord sur les étendards des troupes, mais aussi sur les tentes. Les armoiries royales et nobles sont aussi présentes sur les objets courants comme la vaisselle (Armada Service, 1581-1602, British Museum) mais aussi les carreaux de sol, textiles, peintures commémoratives, etc. A l’époque des Tudors principalement, mais aussi des Stuarts, tout est recouvert d’armoiries pour montrer l’ancienneté de sa maison et de ce fait, leur puissance.

Housse de coussin de Mary Hulton, 1603-25 (règne de Jacques Ier), broderie de soie, laine et fils d’or sur lin, V&A (T.21-1923)

La broderie anglaise est réputée depuis le début du Moyen-Age (pensez à la Broderie de Bayeux), au point qu’elle est nommée « opus anglicanum ». A l’époque Tudor et Stuart, les tissus de velours et soie sont richement brodées et incrustés de pierreries. En ce qui concerne le textile de maison, Charles Ier fonde la manufacture de Mortlake, célèbre pour avoir réalisée la Tenture des Apôtres à partir des cartons de Raphaël, et autres tapisseries et tentures qui devancent les ateliers des Ecoles du Nord (Anvers, Bruxelles, etc.). Alors qu’on connait la mode des XVIème et XVIIème siècles principalement à travers les peintures, on a conservé surtout des pièces de tapisseries et linge de maison : tentures, housses de coussin, franges de lit, etc. Je vous propose d’observer une housse de coussin aux armes royales réalisé pour Mary Hulton : on remarque la symétrie du décor, un vocabulaire décoratif encore médiéval avec une forte influence du gothique.

The Drake Jewel, vers 1580-90, collection privée en prêt à long terme au V&A

Les orfèvres britanniques sont réputés depuis l’époque anglo-saxonne (VI-Xème siècle). Les caractéristiques des pièces produites sont presque toujours inchangées : pureté des formes, quoique plus audacieuses à partir du règne d’Elizabeth, élégance des contours et sobriété du décor. La période jacobéenne oblige à un retour vers un style plus dépouillé. Malheureusement, on conserve peu de pièces datées avant 1700, de nombreux objets ayant disparus sous la Réforme. En ce qui concerne les bijoux, alors que le règne d’Henry VIII montre encore une préférence pour le style médiéval avec des pièces d’orfèvrerie incrustées de pierreries. Dès le règne d’Elizabeth se démocratise la réalisation de camées à partir de la 2ème moitié du XVIème siècle. Les bijoux les plus connus de cette période sont ceux ayant appartenus à Sir Francis Drake (1540-1596) appelés The Drake Star et The Drake Jewel. Offert par la reine Elizabeth, ce dernier était un loquet décoré d’un camée serti dans une monture en or et pierres dans lequel était entre autre peint le portrait de la reine par Nicholas Hilliard en 1591.

 

Toutes ces pièces, comme cité plus haut, servaient d’une part à décorer les palais royaux comme Hampton Court, et étaient utilisés pour le service du roi ou de la reine, portant les initiales du souverain. D’autres pièces étaient des cadeaux que faisait ou recevait le souverain, notamment au Nouvel An. Cette pratique était un événement important, que ce soit d’un point de vue social, politique et financier. Cette cérémonie montrait les richesses de la Couronne et des notables, leur loyauté, les favoris. Cette pratique n’était pas une spécificité anglaise, mais partagée par toutes les cours européennes.

 

Bibliographie :

COOMBS Katherine, The portrait miniature in England, Victoria and Albert Museum, Londres 1998

DEVECHE André, Les styles anglais des origines à 1660, La Grammaire des styles, Flammarion, 1947

DMITRIEVA Olga et MURDOCH Tessa, Treasures of The Royal Courts: Tudors, Stuarts and The Russian Tsars, catalogue d’exposition, Victoria and Albert Museum, Londres, 2013

HAYWARD Maria, Gift giving at the court of Henry VIII, The Antiquaries Journal n°85, Londres, 2005

MURREL V.J. et STRONG Roy, Artists of the Tudor Court : the portrait miniature rediscovered 1520-1620, catalogue d’exposition, Victoria and Albert Museum, Londres, 1983

http://www.vam.ac.uk/content/exhibitions/treasures-of-the-royal-courts/

http://www.vam.ac.uk/content/articles/y/nicholas-hilliards-young-man-among-roses/

 

Crédits photos : V&A et Royal Collections

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