Sir Christopher Wren (1632 – 1723)

Du 2 au 5 septembre 1666, Londres brûle, consumant la majeure partie de la Cité de Londres, de Westminster à Saint Paul. Au lendemain d’une des plus grandes tragédies de l’histoire de la Grande Bretagne, tout est à reconstruire. Sir Christopher Wren, professeur en astronomie à Oxford à l’origine, voit en cette catastrophe la possibilité de réaliser ses rêves d’architecture. Deux siècles avant le Baron Haussmann, Sir Christopher Wren a la volonté de construire une ville moderne, pratique, harmonieuse et monumentale.

Sir Christopher Wren, Godfrey Kneller, 1711, National Portrait Gallery (Londres)

Né à East Knoyle, Wiltshire, en 1632 du Révérend Dr. Christopher Wren et son épouse Mary, Sir Christopher Wren passa une enfance tranquille, étudiant avec un précepteur puis à la Westminster School à Londres, et enfin Wadham College à Oxford. De santée fragile, il excelle dans l’étude des mathématiques, comme l’était son père, ainsi qu’en astronomie et architecture. En 1661, il devient « Savilian Professor of Astronomy » à Oxford. Ses connaissances mathématiques lui seront entre autre capitales dans sa carrière d’architecte qu’il choisit dans cette période. Dès 1662, il dessine les plans de l’Ashmolean Theatre d’Oxford. Par la suite il voyage à Paris et à Rome vers 1665-1666 où il y étudie l’architecture classique omniprésente. Il rentre en Angleterre quelques mois avant le Grand Incendie de Londres qui sera décisif pour la carrière de Wren.

Plan de Londres imaginé par Wren à la suite du Grand Incendie, reproduction de 1744.

Dès le lendemain, il est appelé par le roi pour faire partie de la commission de la reconstruction de la ville : The Fire Court. Il est entre autre appelé, aux côtés d’autres architectes majeurs comme John Evelyn, pour dessiner le nouveau plan de Londres. Wren, inspiré par le classicisme et le baroque franço-italien qu’il venait de découvrir moins d’un an plus tôt, proposa un nouveau plan de Londres pour rivaliser avec la capitale française. Malheureusement, faute de moyens et outre les problèmes de propriétés, son idée est rejetée et la ville est reconstruit presque à l’identique. La ville sera cependant transformée dans la réalisation des maisons, à l’instigation de Wren, afin qu’une telle catastrophe ne se reproduise plus. En 1667, Wren met en place un règlement de la construction urbaine. Elles sont désormais réalisées en briques cuites, avec un toit de tuiles. Le bois et la chaume sont interdits dans les constructions urbaines. Londres est uniformisée en rues aux façades de briques crues brun foncé, fenêtres guillotines aux moulures blanches. Le style est simple, voire austère. Seul le porche sculpté reste une fantaisie élégante à l’anglaise. En 1669, Wren est nommé par le roi « Surveyor General of the King’s Work », en clair, Inspecteur des travaux du Roi.

The Monument, en commémoration du Grand Incendie de Londres, 1671-76

Wren a profondément marqué son époque et la ville de Londres d’un point de vue architectural : il est désigné pour réaliser The Monument (voir photo), cénotaphe en mémoire de la tragédie. Il rénove les palais de Whitehall et de Hampton Court, eux aussi touchés par divers incendies et destructions. Il réalise aussi Kensington Palace. Celui qu’on appelle « The English Vitruvius » (Le Vitruve anglais, par Robert Plot en 1667), met en pratique ses études mathématiques. Il allie classicisme français, baroque italien et tradition gothique dans une multitude de formes, en s’inspirant toujours de l’élégance légère anglaise, leitmotiv de la création britannique. Il construit dans Londres plus de cinquante églises dont Saint-Mary-le-Bow (1670-80), l’hôpital de Chelsea (1682-91) et outre les palais, l’Observatoire Royal de Greenwich. En 1680, il devient Président de la Royal Society, équivalence de l’Académie des Sciences en France.

Vue de l’entrée de la Cathédrale Saint-Paul, Londres, 1675-1711

Le chef d’œuvre de Wren demeure cependant la Cathédrale Saint-Paul de Londres, l’une des cathédrales les plus récentes du Royaume Uni, et la seule sous le style classico-baroque. Construite entre 1675 et 1711, Wren y instille tout son savoir, toutes ses découvertes et ses inspirations. De plan en croix, flanquée de chapelles latérales, elle est surtout reconnue pour son vaste dôme soutenue par une colonnade, dominant la City de Londres. On y retrouve à la fois l’inspiration de la basilique Saint-Pierre-de-Rome, réalisée par l’architecte Bramante, et en même temps la tradition classique élégante. Il s’agit d’une architecture légère aux proportions monumentales et aux contrastes délicats. Le décor, supervisé par Grinling Gibbons, est limité à l’essentiel, austère, selon les préceptes de la Réforme encore présente à cette période.

Sir Christopher Wren meurt en 1723 à Londres et est enterré dans le caveau familial de la cathédrale Saint-Paul. Le savant domine la création architecturale de la Restauration, ouvrant une voie dorée aux influences européennes. Ses disciples, son fils Christopher Wren Jr et Nicholas Hawksmoor entre autre, continuent son travail et aident à la reconstruction de Londres. Dès le début du XVIIIème siècle, un nouveau courant architectural inspiré de l’architecte italien néo-classique Andrea Palladio et l’anglais Inigo Jones frappe l’Angleterre et marquera l’architecture du XVIIIème siècle.

Bibliographie

BEARD Geoffrey, The Work of Christopher Wren, John Bartholomew & Son Limited, Edimbourg, 1982

BURY Laurent, Histoire des arts en Grande-Bretagne, Les essentiels de la Civilisation anglo-saxonne, Ellipses, Paris, 2002

DEVECHE André, Les styles anglais de 1660 à 1830, Grammaire des styles, Flammarion, Paris, 1947

http://fr.wikipedia.org/wiki/Grand_incendie_de_Londres

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