Hogarth, père de la peinture anglaise

Dans une période très troublée de l’histoire anglaise, William Hogarth, peintre singulier, développe son talent à travers l’observation de la société anglaise. A la fois critique et humoriste, il est à l’origine de l’école anglaise de peinture, refusant « le culte des artistes étrangers » au profit d’une création patriotique. Touche-à-tout, c’est à travers la diversité de ses créations que je vous propose de découvrir ce génie de la peinture anglaise.

Autoportrait : le peintre et son dogue, 1745, Tate Britain

Né le 10 novembre 1697 à Londres, William Hogarth est fils de maître d’école aux origines modestes. A partir de 16 ans, il part étudier auprès d’un graveur où il y apprend le sens décoratif et découvre l’estampe. Il apprend aussi la peinture auprès de Thornhill, dont il épousera la fille clandestinement en 1729. Grâce à son voyage à Paris en 1748, il y découvrira les techniques françaises avec une palette de couleurs plus fraîches et une texture plus crémeuse des couleurs.

Les enfants Mc Kinen, National Gallery of Ireland (Dublin)

Hogarth est avant tout portraitiste, à la fois source de ses revenus et support de ses expériences sur l’expression des personnages et son satyrisme. Ces derniers sont empreints d’une fort psychologie, notamment dans la représentation des enfants, souvent dans cette transition entre enfance et âge adulte, emprunts de délicatesse et d’insouciance : Les enfants Mc Kinnon. Hérités de la manière de Van Dyck, ses portraits donnent une impression de rapide exécution avec une palette ton sur ton.

The Strode Family, vers 1738, Tate Gallery

L’un des plus grandes « inventions » de WIlliam Hogarth est le genre de la conversation, déjà vue chez les Flamands et les Hollandais au XVIIème siècle. Peintures spontanées sous forme de saynettes, elles apparaissent au moment où de nouvelles formes de lieux publics apparaissent, mélangeant les différentes catégories sociales en un même lieu : café, clubs, jardins de plaisir, sociétés. Apparait donc en même temps le concept de politesse que toute la société acquiert. Les premiers essais d’Hogarth débutent vers 1720-30, représentant donc ces valeurs de « sociabilitée raffinée, de bon goût et de tolérance mutuelle » telle The Strode Family, véritable éloge à l’éducation avec le personnage principal, accompagné de son ancien précepteur, prenant le thé entouré de sa famille.

The Four Stages of Cruelty : première étape, 1751, BnF

A l’opposé de cette société policée se découvre une peinture satirique pourtant hautement moralisante, illustrant notamment des campagnes de prévention contre la délinquance et l’immoralité qui s’accentue après l’incendie de Londres en 1666. En effet, le temps que l’Ouest londonien se reconstruit, les populations sont entassées dans le reste de Londres. Les acteurs de cette volonté de moralisation de la population sont entre autre les frères Fielding, grands amis du peintre qui illustrera leurs écrits de gravures. L’un des meilleurs exemples est la série de gravures « The Four Stages of Cruelty » (Les quatre étapes de la Cruauté) concernant la réforme de certains vices afin de mettre fin à la cruauté gratuite.

« Mariage-à-la-mode » 1 : l’Engagement, 1743-44, National Gallery

Dans cette époque de grands troubles politiques (guerres civiles, exécution de Charles 1er, république de Cromwell, Révolution Glorieuse), et de grandes avancées démocratiques (Habeas Corpus, instauration d’une monarchie parlementaire, liberté d’expression), William Hogarth se plait à mettre en scène cette « modernité » britannique sur laquelle la nouvelle nation (Le Royaume Uni, à travers l’Acte d’Union de 1707) se bâtit. Il représente notamment des séries de peintures ou gravures représentant la vie quotidienne de Londres, plus grande ville du monde à partir du milieu du XVIIIème siècle (Four Times A Day, BnF), mais aussi l’essor de la bourgeoisie, à la manière d’une comédie humaine londonienne dans toute sa diversité aussi bien humaine qu’urbaine. Hogarth utilise alors des procédés narratifs, moraux et humoristiques, invitant le spectateur à un parcours visuel : c’est la technique du progress. Ce type de « roman pictural » était alors aussi bien apprécié outre-manche que sur le continent européen. L’un des chefs-d’oeuvre d’Hogarth dans ce genre est le « Mariage à la mode », série de peintures illustrant la pièce de John Dryden en 1672. Il s’agit de la tragi-comédie d’un mariage de convenance entre un aristocrate et une bourgeoisie tournant au malheur. Hogarth est alors au sommet de son art.

Le Roué d’Oxford, vers 1733, musée du Louvre (Acquisition en 2008)

Outre un artiste de génie, Hogarth fut aussi un théoricien, rédigeant son propre traité d’esthétique en 1753 : « The Analysis of Beauty« . Il n’aura pas de véritable disciple, mais une série de contemporains qui n’auront de cesse d’imiter son art et de lui ravir ses commandes. Rebelle, c’est un artiste relativement avancé dans son temps, promouvant une culture purement anglaise à la portée de tous. Il inspirera les générations suivantes, notamment Sir Joshua Reynolds, acteur du « Grand Style » anglais. Son esprit humoristique et son style quasi « pittoresque » influence toujours la création contemporaine comme le montre cette photographie de Yinka Shonebare de 1998 : Diary of a Victorian Dandy. Il meurt le 26 octobre 1764 à Chiswick (Londres).
Bibliographie :
GAUNT William, La peinture anglaise 1260-1960, Thames and Hudson, Londres, 1964
HALLETT Mark, William Hogarth 1697-1764, Hazan et musée du Louvre, 2006
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