Le gothique anglais 1 : Les débuts (1160-1250)

Au programme cette semaine, la genèse d’un des courants artistiques les plus importants de l’art anglais, qui influence l’art anglais jusqu’à encore aujourd’hui : le Gothique ! Ce courant est divisé en différentes phases : Early Gothic parfois nommé « art d’Ogival », le gothique géométrique puis perpendiculaire. C’est à la phase première que nous nous intéresserons aujourd’hui. Importé de France grâce aux normands Plantagenêt, ses origines sont en effet intimement liés à l’apport français qui influenceras la création anglaise jusqu’au XIIème siècle véritablement, avant que les Anglais créent leur Gothic, notamment grâce aux nombreux monastères cisterciens fondés dans l’île britannique. Nous nous concentrerons principalement sur l’architecture gothique, instigatrice du mouvement artistique.

Cathédrale de Canterbury (chapelle de la Trinité), arch. William de Sens, vers 1184

Quatre cathédrales mettront en place les caractéristiques du gothique anglais à partir des apports français : Canterbury, Wells, Lincoln et Salisbury. C’est donc à travers leur étude que nous pouvons tracer un parcours chronologique de la mise en place du gothique anglais. Comme mentionné plus haut, c’est grâce à la fondation des monastère cisterciens dans la deuxième moitié du XIIème siècle qu’est importé le gothique né en France, des monastères tels que Roche Abbey (York, 1160-1170) dérivé de Fontenay (Bourgogne, 1140), montrant les premières caractéristiques  du gothique : voûte sur croisée d’ogive, piliers, composition tripartite des parois (arcades brisées, triforium, baies en arc plein-cintre). Cependant, ces apports n’ont rien à voir avec les monuments qui commencent à être construits en France comme la rénovation de l’abbatiale de Saint-Denis.

Cathédrale de Canterbury (façade et plan)

Canterbury, en tant qu’épicentre du christianisme en Angleterre, est la première cathédrale à être rénovée selon le style gothique. Elle est reconstruite vers 1184 par un architecte venu de France, William de Sens, à la suite d’un incendie ayant détruit le précédent édifice en septembre 1174. Réalisée en pierre de Caen, normande, elle conserve son plan originel mais est construite dans le gothique français de la fin du XIIème siècle. Le besoin d’un nouveau sanctuaire pour le nouvellement sanctifié et martyr saint Thomas Becket, assassiné dans la cathédrale quelques décennies plus tôt, est la partie la plus caractéristique du nouvel édifice. Les spécificités du gothique français sont ajoutés à l’architecture : déambulatoire autour du chœur, arcs-boutants, chapiteaux au décor de feuilles d’acanthe. Certaines innovations, comme la voûte sexpartite (au lieu d’une division de quatre arcs), sont présentes à Sens quarante ans plus tôt, ville d’où est originaire l’architecte. Cependant, certaines caractéristiques, dont l’utilisation de pierre de Caen pour former des parois épaisses, montre un attachement à la culture normande installée en Angleterre.

Cathédrale de Wells (intérieur), arch. Maître de Wells, 1185-1200

Différents types de gothiques montrent un développement régional de ce courant en Angleterre : les abbayes surtout au Nord, Canterbury à l’Est, etc. A l’Ouest, la cathédrale Wells montre des variantes par rapport aux autres monuments déjà élevés. Réalisée vers 1185-1200 par les maître de Wells, l’édifice est à la fois dépendant de l’architecture cistercienne encore emprunte du style roman et du gothique français. L’horizontalité est très accentuée dans ces lignes de construction avec une nef très longue et une forêt d’arcades rendant le triforium presque plein, à l’inverse de l’apogée de la verticalité en France à la même époque (Chartres, vers 1195). On retrouve toujours la division tripartite des parois, déjà vue à Roche Abbey. Les piliers sont sculptés avec 24 arêtes. Le décor est de plus en plus riche avec des chapiteaux végétaux, les portails sculptés (entrée principale au Nord, et portail Ouest au style plus libre). Les tours au niveau de la façade Ouest sont postérieures (1380-1420)

Cathédrale de Lincoln (chœur de saint Hugh), arch. Geoffrey de Noiers, vers 1192

La cathédrale de Lincoln, détruite à la suite d’un tremblement de terre, est reconstruite dès 1192 par l’architecte Geoffrey de Noiers (peut-être anglais). Cette cathédrale construite au Nord-Est, montre un grand esprit innovant, mêlant à la fois des effets imaginatifs et une structure héritée de la cathédrale de Canterbury et Wells. La partie la plus intéressant de l’édifice est le chœur de saint Hugh, avec des arcatures aveugles (ne donnant pas sur un espace vide ou une baie) sur deux plans, formées d’arcs brisés et polylobés. L’architecte inventera aussi les « syncopated arcading » et le « crazy vault », des arcades rythmées comme on peut le voir dans les arcatures aveugles du chœur, et une voûte dite « folle » avec des arcs portant complétés d’arcs décoratifs allant dans tous les sens à partir de deux clés d’ogive au lieu d’une. Cette cathédrale inspirera les  cathédrales de Worcester (vers 1224), Ely (1230-1252), York (vers 1234), etc. Celles-ci ne sont que partiellement reconstruites et présentent ce même génie inventif découvert à Lincoln.

Cathédrale de Salisbury (vue et plan), vers 1220

Il s’agit d’une des rares cathédrales construites sur un site vierge, aussi appelé « de novo » ou « ex nihilo ». Débutée vers 1220, elle présente moins de variétés dans son décor par rapport à ses contemporaines et donne une impression générale d’ordre. Pourtant, elle innove par la présence de deux transepts, le deuxième étant rajouté juste avant le chœur. D’autre part, il ne présente pas d’abside, faisant de la cathédrale une imbrication de formes rectangulaires. Le décor est principalement composé de vitraux aujourd’hui disparus et de décors muraux apportant de la légèreté dans un volume très géométrique. La Lady Chapel est située à l’Est, formant un petit hall au fond de l’Eglise pour un culte plus privé.  NB. La cathédrale conserve dans son trésor une des quatre copies de la Magna Carta de 1215.

Cathédrale de Salisbury (Lady Chapel)

Les Anglais par la suite chercheront moins d’innovations sur le plan structural mais plus dans le goût décoratif dont la forte accentuation de la verticalité en est la caractéristique première. D’autre part, tout espace libre sera décoré. Les paroisses commencent aussi dès le XIIIème siècle à montrer des caractéristiques gothiques. Ces caractéristiques ne se retrouveront pas seulement dans l’architecture mais influenceront toute la création artistique : sculpture architecturale, peinture, et surtout objets d’art que nous verrons postérieurement. Dans quinze jours, le gothique anglais 2.

Bibliographie :

DEVECHE André, Les styles anglais des origines à 1660, Grammaire des Styles, Flammarion, 1947

WATKIN David, English Architecture : A Concise History, Thames and Hudson, Londres, 1979

A lire aussi : Les Piliers de la Terre de Ken FOLLET.

Crédits photographiques : Wikipédia (Lincoln Cathedral, Salisbury Cathedral) Flickr (Charlie Wood, asianfiercetiger)

 

 

 

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