« Mary Stuart, Queen of Scots »

En collaboration avec le National Museum of Scotland
Remerciements à Bruce Blacklaw (service presse) et David Forsyth (conservateur)

Cette semaine, à l’occasion de la dernière exposition du National Museum of Scotland (Edimbourg), je vous propose de remonter le temps et de découvrir le portrait d’un des personnages les plus emblématiques de l’histoire de l’Ecosse, souvent éclipsée par ses flamboyantes contemporaines : Mary Stuart. Reine d’Ecosse, reine de France, sa vie entourée de mystères a depuis des siècles a fasciné amateurs et historien. Aujourd’hui, c’est à travers une importante collection d’objets personnels et de son époque que je vous propose de retracer sa vie.

Mary 1ère Stuart est née le 8 décembre 1542 au palais de Linlithgow alors que son père, le roi Jacques V, se meurt dans un château voisin. Mary devient reine d’Ecosse 6 jours après sa naissance. L’Ecosse, étant alors un petit royaume en proie aux nombreuses rébellions des différents lords et des pressions de leurs voisins anglais, menés par Henry VIII, la jeune reine est dès sa naissance convoité par les Anglais et les Français. Tout d’abord promise à l’héritier de la couronne anglaise, Edward, elle est finalement liée au dauphin de France l’année de ses 5 ans. Elle est alors envoyée directement en France, pour éviter de se faire emprisonner par Henry VIII.  Elle y découvre une cour élégante et raffinée ; elle y obtient une éducation selon les principes de l’humanisme : lecture et écriture, langues étrangères et anciennes, etc. Elle épouse le dauphin, futur François II, le 24 avril 1558 et devient à la suite reine de France le 10 juillet 1559. Malheureusement, François II étant d’une santé très faible, il meurt un peu plus d’un an plus tard, le 5 décembre 1560. Elle est contrainte de rentrer en Ecosse, notamment puisque sa mère, Marie de Guise, qui assurait la régence en son absence, meurt dès juin 1560. C’est un pays inconnu et beaucoup plus rude et barbare qu’elle découvre donc, consciente dès son arrivée des problèmes qui troubleront son règne toute sa vie : réforme anglicane, indépendance et ambiguïté des clans écossais. Elle épouse Lord Darnley en secondes noces, de qui elle obtiendra un héritier, Jacques VI d’Ecosse, puis épouse Jacques Hepburn à la suite de la mort du premier. D’un point de vue politique, les différents clans d’Ecosse accepte mal la volonté de leur nouvelle reine d’imposer son pouvoir, notamment par son refus de se tourner vers la réforme anglicane, menée par le calviniste John Knox en Angleterre. Elle sera emprisonnée par ces derniers, liés dans une confédération. Elle s’échappe de ce château pour trouver refuge en Angleterre, où elle y sera de nouveau emprisonnée, littéralement « assignée à résidence », pendant 18 ans avant d’être exécutée pour avoir comploté contre la reine Elizabeth. Elle meurt le 8 février 1587.

Joyaux Penicuik, fin du XVème siècle, National Museum of Scotland

Une question que pose l’exposition est dans quel contexte vécut Mary Stuart ? Le XVIème siècle est l’âge de la Renaissance et de l’Humanisme en France. Les valeurs chevaleresques vivent leurs dernières heures et les premières caractéristiques de l’âge moderne font surface : philosophie, méthodes de guerre, imprimerie, etc. Le XVIème siècle est un siècle de grandes innovations, à la fois techniques et spirituelles. Mais il s’agit toujours d’une époque de grandes superstitions, notamment en ce qui concerne la religion, et principalement la sorcellerie. Les esprits font face aux grandes découvertes de la fin du XVème siècle : le nouveau monde, l’avancée maritime permettant la mise en place de nouvelles routes commerciales partout dans le monde.

Tasse aux armes de l’Ecosse, Jean de Court dit Vigier, 1556, Bibliothèque Nationale de France.

Mary Stuart est surtout connue pour sa rivalité avec Elizabeth Ière pour le trône d’Angleterre. En effet, elles sont toutes deux cousines proches, la grand-mère de Mary Stuart ayant été la sœur aînée d’Henry VIII. Mary Stuart avait donc tout droit de revendiquer la couronne, à une période où le catholicisme même est menacé par les réformes protestantes en Europe. En outre, Elizabeth Ière n’était pas reconnue comme légitime aux yeux de la papauté et donc des autres royaumes catholiques d’Europe. Ainsi, deux solutions s’ouvraient à elle : revendiquer officiellement le trône ou le refuser. Cependant, comme l’explique Stefan Zweig, Mary Stuart prendra la situation médiane : elle fera tout pour faire croire qu’elle revendique le trône sans vraiment agir dans la sorte. En outre, elle portera en France les couleurs de l’Ecosse et de l’Angleterre. Mary et Elizabeth sont toutes deux es femmes au fort tempérament, ce qui provoquera tôt ou tard la défaite d’une ou l’autre. A son retour d’Ecosse, bien trop occupée à arranger son royaume, Pourtant, lorsque Mary Stuart demandera asile à sa cousine, elle se retrouvera de nouveau emprisonnée de l’autre côté du mur d’Hadrien pendant 18 ans. Peu à peu, de nombreux rapports concernant la reine d’Ecosse arrivent sur le bureau d’Elizabeth qui se refuse à l’exécuter, faute de véritable preuve de trahison. Finalement, un dernier complot soi-disant fomenté par Mary Stuart aura raison d’elle. Alors, instigatrice ou bouc émissaire ? La question divise encore les historiens.

Marian Hanging, brodée par Mary Stuart, Oxburg Hall (Norfolk)

L’exposition concerne donc bien le personnage historique. La question que l’on peut se poser ici est l’impact de Mary Stuart sur la création artistique de son temps, par elle-même d’une part, et ses commandes d’autre part. Encensée par les poètes de son temps, Ronsard, et son élève Brantôme qui suivra la reine en Ecosse, sont ceux qui écriront les vers les plus enflammés à son sujet. D’un point de vue de son éducation, Mary Stuart savait parfaitement déclamer des vers, danser et jouer du luth, tout comme broder. Les tentures mariales par exemple (The Marian Hanging), au nombre de trois, ont été brodées par Mary Stuart lors de son emprisonnement, accompagnée d’Elizabeth Talbot. Faisant partie des collections du Victoria and Albert Museum, elles sont en prêt permanent à l’Oxburg Hall de Norfolk. Il reste malheureusement peu d’objets restant de la vie de Marie Stuart, encore plus de commandes, ayant été trop occupée à régler les affaires de son royaume d’une part, et vivant sur un royaume bien trop ruiné par des guerres intestines d’autre part. On conserve pourtant de nombreux portraits de la reine, que ce soit par des artistes français (François Clouet) ou anglais (peintures miniatures typiquement anglaises). On conserve principalement de la reine ses effets personnels, bijoux et parures, les plus importants étant ceux de Penicuik, conservés au National Museum of Scotland, datant d’avant la naissance de la reine.

Mary Stuart a été un personnage influent de son époque, bien qu’elle fût éclipsée par d’autres femmes plus flamboyantes, Elizabeth 1ère et Marie de Médicis entre autre.  Bien qu’exécutée par sa cousine pour ses prétentions au trône d’Angleterre, c’est bien Mary Stuart qui sort vainqueur de cette lutte en quelque sorte, puisque c’est son fils, Jacques VI qui règnera sur l’Angleterre et l’Ecosse réunie. Ce dernier sera malheureusement enlevé à sa mère et élevé dans les valeurs d’Elizabeth. C’est donc une exposition très prometteuse que je vous propose de découvrir. Jusqu’au 17 novembre 2013.

Bibliographie :
DORAN Susan, Mary, Queen of Scots : an illustrated life, Exposition de la British Library, 2007
FRASER Antonia, Marie Stuart, reine de France et d’Ecosse, Editions Laffont, 1973
MARSHALL Rosalind K., Mary Stuart, Queen of Scots, exposition du National Museum of Scotland, 2013
WATKINS Susan, Mary, Queen of Scots, Thames and Hudson, Londres, 2001
ZWEIG Stefan, Marie Stuart, Livre de Poche, 1936

Crédits photographiques : BNF, V&A, NMS

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