Les collections anglaises : de la curiosité au musée

Ces dernières années, les collections et leur histoire sont au cœur des discussions des professionnels des musées : réaménagement, restauration, expositions, mécénat, etc. De plus en plus de livres et magazines sont consacrés à cette thématique. Y comprendre la formation des collections (royales ou privées), mais aussi la création de leur écrin. Dans cet article, nous verrons comment se sont formés les collections et les principaux musées anglais : British Museum, Ashmolean Museum, Victoria and Albert Museum entre autre.

L’Ancien Ashmolean Museum, vers 1760

Le 21 mai 1683, le futur Jacques II inaugure à Oxford le premier musée moderne du monde, le Musaeum Ashmolianum, Schola Naturalis Historiae, Officina Chimica. Le riche Elias Ashmole, passionné d’histoire, de généalogie mais aussi de sciences comme la biologie et la chimie, décida de donner sa collection à l’Université d’Oxford. Par cet acte, Ashmole exécutait par la même occasion la volonté d’un de ses amis et autre grand collectionneur John Tradescant, qui lui avait légué sa collection en 1659. Les collections, à cette époque, sont le fruit de « curieux » qui conservent tous types d’objets, les inventorient et les exposent dans leur bibliothèque. Dès 1550 étaient réalisés des « Cabinets de Curiosités » (en anglais « Cabinet of Wonder »), collections dite encyclopédique typique de la Renaissance. Chaque royaume possède son cabinet : François 1er en France, les Médicis à Florence, John Tradescant l’Ancien en Angleterre. En ce qui concerne les collections privées, elles se concentrent dès le départ autour des deux grandes universités : Oxford et Cambridge, et de la capitale londonienne. En 1602 est fondée la bibliothèque de l’université d’Oxford par Thomas Bodley (aujourd’hui appelée Bodleian Library) qui fut aussi un lieu de collection avec un cabinet de médailles. On remarque que dès le départ, la chose, l’œuvre est lié au savoir, aux livres. Ces collections de « curiosités » seront au départ des deux plus grands musées d’Angleterre : le British Museum et l’Ashmolean d’Oxford.

L’ancien British Museum installé à la Montagu House

En effet, en 1753, le parlement anglais achète la collection et la bibliothèque du docteur Hans Sloane, médecin de la famille royale. Cette collection est à l’origine du British Museum, fondé dès 1759. Les collections sont alors de plus en plus spécialisés et s’éloignent progressivement du cabinet de curiosités qui comprenait aussi bien des pièces antiques, des héritages familieux, des pièces minérales, etc. Dans ce sens est créée en 1660 par charte de Charles II la Royal Society of London for Improving Natural Knowledge, plus clairement la société pour la connaissance des Sciences. Il s’agit de la plus ancienne société de ce type au monde.

Elias Ashmole, par John Riley, vers 1683, Ashmolean Museum

Rapidement, la volonté de permettre à un public, restreint dans les premiers temps, de visiter ces collections s’impose dans les mentalités. Cependant, les musées d’art sont, avant tout, une réserve de modèles anciens pour les artistes. Les musées ont entre autre un atelier de moulage, support d’apprentissage des artistes.

Le XIXème siècle sera l’âge d’or des musées notamment grâce au culte des antiques, le développement exponentiel des fouilles archéologiques et les donations de collections au Parlement.

Le nouveau British Museum par Robert Smirke, 1852

En 1816, ce dernier achète les décors du Parthénon démontés par lord Elgin, qui deviendront les « Elgin Marbles » du British Museum. En 1823, Robert Smirke, architecte en charge du projet définitif du British Museum construit l’imposant musée à la façade néoclassique, accolé à la Montagu House, hôtel du XVIIIème siècle qui abritait originellement les collections. En effet, grâce aux nombreuses fouilles anglaises réalisées partout dans le bassin méditerranéen, la collection croit et le site originel est trop petit pour montrer tous les chefs-d’œuvre découverts. Le temple grec est alors le modèle type du musée, comme un rappel à l’origine même du mot « museum » : les muses. Le nouveau British Museum (que l’on peut admirer aujourd’hui) rassemble la coupole du Panthéon romain et l’architecture palladienne tant à la mode au Royaume Uni à cette époque. Ce style de construction n’est pas unique, on connait d’autres musées selon les mêmes influences en Europe et aux Etats-Unis.

Outre les antiquités classiques, égyptiennes et orientales, preuve du travail des savants européens, chaque collection se doit de présenter une section d’antiquités nationales. Depuis l’époque romantique (fin du XVIIIème siècle), l’archéologie locale se développe, notamment autour des sites en ruines comme les nombreuses abbayes. On cherche à connaitre cette culture passée dans un souci de nationalisme, exacerbé face à la menace napoléonienne.

La reine Victoria ouvrant la « Great Exhibition » au Crystal Palace dans Hyde Park, Louis Haghe, 1851

La première exposition universelle a lieu à Londres en 1851 sous l’impulsion du prince Albert et de la reine Victoria. Henry Cole, membre du comité d’organisation, rachète à la fin de l’exposition et sous l’égide du Parlement des objets exposés qui deviendront une collection permanente : le South Kensington Museum. Ce musée démontre l’alliance entre art et industrie dans la deuxième moitié du XIXème siècle. Cette nouvelle fondation s’inscrit dans le courant artistique contemporain appelé Arts and Crafts. Le musée ouvre en 1852 puis s’installe en 1856 dans de nouveaux bâtiments. Le musée innove, que ce soit dans son architecture que dans son fonctionnement : le bâtiment est à l’opposé des architectures néoclassiques comme au British Museum ; il est ouvert le soir pour que les classes ouvrières aient eux-aussi la possibilité de visiter le musée. Rapidement, le musée est envié dans le monde entier. Il est rebaptisé Victoria and Albert Museum au moment où le bâtiment définitif est terminé (1899-1908). Il est réalisé par l’architecte Aston Webb.

La salle d’exposition Art Treasures, catalogue « Art Treasures of the United Kingdom », Manchester, 1857, BNF

Chaque année, une nouvelle exposition universelle est inaugurée. Par la suite, de nouvelles expositions sont mises en place, comme à Manchester en 1857, intitulée « Art Treasures ». Ces nouveaux procédés permettent la vulgarisation du savoir. Populaires, ces expositions attirent toute l’Angleterre et rapidement l’Europe et les Etats-Unis. Emerge ainsi la discipline des Sciences Humaines sur la base des collections. On cherche à prouver le développement linéaire de l’humanité, comme corroboration et prolongement de la théorie de Darwin.

Le musée est une création anglaise. La volonté de construire ou d’utiliser un lieu entièrement dédié à l’art et à sa connaissance nait dans les grandes universités britanniques : Oxford, Londres puis Cambridge. En comparaison, le premier musée français, le Louvre, est officiellement ouvert en 1793 et il faudra attendre encore plusieurs décennies pour que le palais entier ouvre ses portes à l’art. On peut aussi remercier la reine Victoria et surtout son époux le prince Albert pour la conservation des œuvres anciennes mais aussi des œuvres contemporaines, comme avec l’initiative de l’Exposition Universelle et la création d’un musée dédié à la création anglaise et copié partout dans le monde, communément appelée V&A. Aujourd’hui, pas un seul site internet, catalogue de musée ou d’exposition ne manque de mentionner l’histoire du musée ou de la collection, donnant sens à la collection et raison à sa mise en valeur.

Bibliographie :

SCHAER Roland, L’invention des musées, Découvertes Gallimard et RMN, 2007

TRENCH Lucy, The Victoria and Albert Museum : the world’s leading museum of art and design, V&A Publishing, 2010

The British Museum Souvenir Guide, The British Museum Press, 2003

Pour aller plus loin :

E.POMMIER (dir.), Les musées en Europe à la veille de l’ouverture du Louvre, Klincksieck, 1995

G. WATERFIELD (dir.), Palaces of Art, Art Galleries in Britain, 1790-1990, Dulwich Gallery, 1991

 

Crédits photos : Ashmolean Museum, BNF, British Museum

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