Le Hampton Court d’Henry VIII

Depuis le règne d’Henry II (1154-1189), les résidences royales se concentrent dans les régions autour de Londres. Hampton Court, Surrey, est la résidence la plus emblématique de la dynastie Tudor et l’une des mieux conservées de cette époque avec Saint-James Palace à Londres. Ce palais est situé dans une région où prospérèrent depuis le début de la royauté de nombreuses résidences royales, notamment Richmond, Windsor ou encore Mortlake. La structure du palais que l’on connait aujourd’hui peut être divisée en deux : la partie médiévale, datant de 1494 et la partie dite néo-palladienne datant de la fin du XVIIème siècle. C’est aujourd’hui sur cette première partie du palais que nous concentrerons cet article.


Le mot Hampton dérive du Saxon « Hammstone » signifiant village près de la rivière. Dans le Domesday Book ordonné par William le Conquérant en 1085, on remarque qu’un manoir est déjà construit sur un domaine d’environ 2000 acres, offerte en récompense à un lord normand : Walter Saint Valery dont la famille sera rapidement en lien avec les Croisés. Ainsi, Reginald Saint Valery, de retour de la terre sainte dans les années 1160, établit l’ordre des Hospitaliers à Hampton. Le château est agrandi à diverses reprises, notamment en 1338 puis passe de mains en mains au XVème siècle jusqu’à Wolsey puis Henry VIII. Il s’agit aujourd’hui d’une des plus fastueuses résidences royales avec celles de Londres, Windsor et Balmoral.

Le Grand Hall d’Henry VIII, Hampton Court, vers 1533

Henry VIII Tudor récupère le château lors de la disgrâce de Wolsey en 1529. Il le convertit pour son propre besoin et l’agrandit, devenant une propriété personnelle et servait au divertissement des ambassadeurs et des Rois. Les premiers agrandissements sont organisés la même année sur dix ans pour un coût à l’époque gigantesque de soixante-deux mille livres. Elle devient la plus belle demeure du roi avec Whitehall.  Cet agrandissement s’organise en trois phases : entre 1529 et 1533 où le roi vit dans les anciens appartements de son ministre Wolsey, déchu en 1529. Cependant, les appartements deviennent trop exigus pour le nouveau couple royal, suite à son nouveau mariage avec Ann Boleyn : de nouveaux appartements « de la reine » sont construits, liés par des galeries aux appartements du Roi et par un grand escalier à un jardin privé. Cette galerie était sans doute exclusivement à l’usage privé du couple royal. Dans la phase finale, entre 1537 et 1539, alors que Jane Seymour a remplacé Ann sur le trône d’Angleterre, un nouveau principe divise les appartements : au lieu d’avoir un appartement du Roi d’un côté, et de la Reine de l’autre, ces derniers sont divisés en appartements privés conjoints et appartements publics. Les anciens appartements de Wolsey, ainsi que les appartements de Catherine d’Aragon, situés au-dessus de ceux du Roi, sont rapidement abandonnés. En effet, cette partie du château et toutes les réalisations de Wolsey tombent en désuétude très rapidement après la disgrâce du cardinal.

Plans au sol et le château rez-de-chaussée et premier plan à la mort d’Henry VIII (1547)

La structure extérieure médiévale du château en briques est réalisée en 1494. A la mort d’Henry VIII le château est constitué de deux ensembles de bâtiments accolés s’articulant autour de deux cours principales (voir le plan ci-contre). Autour de cet ensemble s’organisent des jardins : le jardin privé et le jardin aux bassins, en face de la Tamise, deux vergers derrière les bâtiments. Au Nord du château se situe la grande cour avec la lice (espace clos pour les tournois). Le rez-de-chaussée, autour de la cour dite intérieure était composé de nombreuses cours avec les salles de réception de Wolsey, les appartements de la princesse Mary et d’autres courtisans, ainsi que les garde-robes et cuisines du roi et de la reine. Au-dessus se situaient les appartements du Roi au nord, ceux de la reine et du prince Edward à l’Est et les salles de conseil ainsi que les chambres à coucher du Roi et de la Reine vers le Sud. La partie autour de la cour extérieure servait aux réceptions et aux cérémonies officielles et servait aussi d’accueil à la cour du roi.

Les quatre évangélistes lapidant le Pape, Girolamo da Treviso, vers 1540, Collections Royales (Windsor Castle)

L’architecte qui s’occupa des aménagements du château est Girolamo da Treviso, élève de Raphael à Rome avant d’être engagé au service d’Henry VIII en tant que conseiller en architecture. Aussi peintre, il aurait probablement réalisé de nombreux décors dont certains plafonds à Hampton Court : Wolsey Closet. Treviso n’était pas seulement un architecte mais aussi un peintre dont on connait qu’une seule œuvre réalisée en Angleterre. Les quatre Evangélistes lapidant le Pape (vers 1540) est une commande royale et était exposé dans la galerie d’Henry VIII. Avec Treviso et d’autres artistes italiens, Jean de Padoue entre autre, les innovations italiennes de la période que nous appelons aujourd’hui « Renaissance » apparaissent doucement en Angleterre, avec des similitudes entre les résidences royales et le palais des Gonzague à Mantoue sur lequel Treviso travailla, notamment au niveau du plafond de la chapelle du château Saint-James. Ce sont cependant de timides apparitions des modèles antiques. En effet, les travaux royaux étaient pris en charge par les artisans et maîtres-maçons du Roi, tous anglais et donc encore non-influencés par le goût de l’Antique qui se développe en Europe. On remarque cependant une nette différence entre Henry VII et Henry VIII, confirmé notamment par les sceaux avec le roi sur son trône : au décor clairement gothique pour Henry VII (à gauche) s’oppose l’arc en plein-cintre antique pour Henry VIII (voir ci-dessous). Les premiers modèles de la Renaissance entrent en Angleterre mais restent encore confinés au sein de la cour du roi où travaillent les artistes dont il est le mécène.

Sceaux d’Henry VII et Henry VIII en 1542, Public Record Office de Londres KB27/100

En terme de décoration, certaines peintures nous donnent des indications comme celle de la Famille d’Henry VIII (vers 1545) : sont présentent des colonnes élancées, cannelées dans la partie inférieure avec une base moulurée ; la partie supérieure de la colonne est décorée de rinceaux végétaux, terminée par un chapiteau à volutes : il s’agit de la colonne ionique grecques typique. Sur une autre peinture de Holbein le Jeune (Mary Wotton, Lay Guildford, 1527, Saint Louis Art Museum), on reconnait en arrière-plan le chapiteau corinthien avec des feuilles d’acanthe et un gorgonéion, (masque de Méduse, « grotesque » en anglais). Les nombreuses peintures réalisées à cette époque montrent que le mobilier était encore typiquement médiéval, avec des murs parés de tentures ou peintures végétales (Les Ambassadeurs, Holbein le Jeune, 1533, National Gallery, Londres) rappelant les millefleurs médiévales. A cela se rajoute les décors propres à la famille royale avec les armes et symboles : la fleur de lys, la double rose rouge et blanche, etc. On les retrouve sur les peintures bien sûr, mais aussi sur les plafonds en forme de de petits médaillons.

La Famille d’Henry VIII, artiste anonyme, vers 1545, Collections royales

Il y a malheureusement tant de choses à raconter sur ce fabuleux palais qui a vécu à partir du règne d’Henry VIII les plus grandes étapes de la royauté jusqu’à la reine Victoria. Chaque souverain a voulu marquer de son empreinte le nouveau palais. L’agrandissement le plus important est celui du célèbre architecte Christopher Wren sous les règnes de William III et se don épouse Mary amenant un nouveau style néo-palladien contrastant la partie médiévale de 1494. L’époque géorgienne (1714-1720) voit aussi de grands changements décoratifs dans le palais. Il est aujourd’hui en partie ouvert au public depuis 1838. L’histoire architecturale de Hampton Court est trop rapidement éclipsée par les frasques de son propriétaire qui pourtant préfigure les grands changements stylistiques des siècles suivants. En effet, Henry VIII, humaniste et mécène fait venir, comme son adversaire de toujours, François 1er, de nombreux artistes qui apportent les graines de la Renaissance qui écloront sous le règne de sa fille, Elizabeth 1ère, dont le règne est aussi appelé « l’Age d’or ».

Bibliographie :

THURLEY Simon, The Royal Palaces of Tudor England, Yale University Press, New Haven and London, 1993

THURLEY Simon, Hampton Court: A Social and Architectural History, Yale University Press, New Haven and London, 2003

http://www.hrp.org.uk/HamptonCourtPalace/

Crédits photographiques : The Royal Collections of her Majesty the Queen Elizabeth II, Public Record Office (Londres), Historic Royal Palaces

 

 

 

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