Turner, génie de la peinture britannique

« Turner est, avec John Constable, son contemporain, le plus grand peintre anglais du XIXème siècle » (Andrew Wilton)

Voilà ce qu’on lit dans toutes les biographies sur cet artiste majeur de la peinture britannique. Joseph Mallord William Turner, fils d’un barbier de Londres, est né le 23 avril 1775, comme l’atteste son testament. Dès son enfance, on remarque le génie de Turner qui caractérise tous les plus grands peintres. Ses premières œuvres sont datées de 1785-86 et montrent déjà  sa polyvalence : gravures, dessins, etc. Qui était donc J.M.W. Turner ? Tentons de le découvrir…

Autoportrait, vers 1800, Tate Britain

Turner est le genre d’artistes de qui on reconnait une peinture au premier coup d’œil : paysages vaporeux, couleurs chaudes et sentiment de romantisme intense. Pourtant, ces peintures ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Aux peintures dont la Tate Britain conserve une bonne part s’ajoutent les dessins, les esquisses, les gravures, les aquarelles. Seule constante de son œuvre : le romantisme puissant qui se dégage de son art, que ce soit une aquarelle de l’intérieur d’une église ou une de ses célèbres peintures que tous nous pouvons reconnaitre.

Transept du prieuré d’Ewenny, Glamorganshire, vers 1795, aquarelle et grattage sur mine de plomb, National Museum de Cardiff

Comme tout artiste, il exécuta de nombreuses commandes pour de grands mécènes. Ces derniers contribueront aussi à son évolution : aquarelles de domaines ou de lieux de travail comme l’asciérie d’Anthony Bacon, lui permettent de voyager partout dans les îles britanniques et de peindre tout ce qu’il a sous les yeux : ruines d’abbayes ou de châteaux, paysages montagneux, etc. Car il s’agit bien d’une caractéristique de la peinture de Turner : le voyage. Turner est un paysagiste. Après avoir fait le tour du Royaume Uni, il part en Europe, tout d’abord en France en 1802, étudier les œuvres conserver au Louvre avant de partir dans les Alpes suisses. Il est fasciné par ses artistes du XVIème et XVIIème siècle comme Titien et Poussin, s’inspirant de leurs thèmes pour réaliser de nouvelles œuvres.  Le Lorrain restera cependant de loin, son maître à penser, et c’est dans l’art de cet artiste que se trouve la filliation d’une partie de l’art de Turner. Enfin, il voyage aussi en Italie entre 1819 et 1820, notamment à Rome, Naples et Venise.

Vénus et Adonis, Adonis partant à la chasse, peinture à l’huile, vers 1804, collection Christopher Gibbs (Londres)

Son génie lui permet d’entrer très rapidement à la Royal Academy le 12 février 1802, soit avant ses  27 ans. Peu de temps avant, il rencontre Sarah Danby, qui devient sa maitresse en 1798 et lui donne deux filles. Cependant, Turner ne se mariera pas, traumatisé par son enfance marquée par des disputes familiales. Il ouvre sa propre galerie à Londres en 1804. Pourtant son art stagne, comme l’annoncent les critiques de l’Académie et que Turner a peint toutes ces toiles et les a exposées que « pour garder son nom sur la liste » (Benjamin West à Farington, lettre du 10 avril 1804).

Venice, a Storm 1840 by Joseph Mallord William Turner 1775-1851

Turner n’a pas fait que dans la pratique, mais a aussi théorisé son expérience artistique, à partir de 1811. Il donne des cours, notamment sur la perspective, et en profite pour donner sa conception de la peinture. Il exalte le lien entre le paysage et la grande peinture et donne une vision romantique des rapports entre nature et passions humaines. Turner entre autre demande à ce que soit enseigné l’art de peindre le paysage à l’Académie royale.

England: Richmond Hill, on the Prince Regent’s Birthday exhibited 1819 by Joseph Mallord William Turner 1775-1851

Demandé, Turner achète de nombreuses résidences. En outre, il réaménage sa propre galerie en 1822 dans un style simple presque austère de l’architecte George Jones contrastant avec les œuvres chaleureuses de l’artiste. Il réfléchit à la possibilité de vendre ses œuvres, tout en voulant les conserver pour les présenter toutes à la nation. Il souhaitait en effet véhiculer ses idées au plus grand nombre, mais dans les meilleures circonstances possibles. Il participe aux concours mis en place par le roi et le gouvernement, notamment celui pour une peinture de la bataille de Trafalgar, il ne sera cependant pas retenu.

Paysage avec une baie et une rivière dans le lointain, vers 1845, musée du Louvre

A la fin de sa vie, Turner subit de nombreux deuils, notamment celui de son père. Seul, il continue de voyager dans l’Est de l’Europe jusqu’à la vallée du Danube et retourne fréquemment en France. Son œuvre se transforme progressivement pour devenir ces toiles si célèbres : Débardeurs déchargeant du charbon la nuit (1835), Yacht s’approchant de la côte (1840),  et surtout « Rain, Steam and Speed » (1844), empruntes d’une douce lumière dans une brume caractéristique de sa maturité. A la fin de sa vie, dans les années 40, alors âgé autour de 70  ans son art prend une tournure plus sombre. Ses amis et collègues de l’Académie décèdent. La génération artistique de Turner s’étaient pour faire place à l’art victorien et notamment au préraphaélisme. Les funérailles mais aussi les différents paradis mythiques comme le Valhalla nordique ou encore le Deluge biblique deviennent ses thèmes ultimes. Une dernière série de peintures italiennes lors de l’un de ses derniers voyages, reprennent la clarté et la brume caractéristique de l’œuvre de sa vie. Il meurt le 19 décembre 1851.

Rain, Steam and Speed –The Great Western Railway, 1844, National Gallery

« Personne à voir mon apparence, disait-il,  ne croirait que j’ai peint ces tableaux » (Reeve)

Turner a dédié sa vie à son art. Voyageur, il a rencontré les plus grands artistes de son temps et a pu voir et étudier tout ce que l’Europe a fait de plus beau pour les magnifier de son trait. De nombreuses biographies et expositions tentent tour à tour de percer le secret de ce génie de la peinture, de Bernard Falk (Turner the Rainier : His Hidden Life, 1938) à dernièrement l’exposition du Royal Pavillion de Brighton sur les esquisses et aquarelles que l’artiste aurait réalisé dans la ville. Personnellement, il m’a été très difficile de choisir les quelques livres qui composent cette bibliographie parmi les nombreux ouvrages qui traitent du peintre. Bien évidemment, cet article n’est qu’une ébauche d’un des plus grands génies de la peinture anglaise.

 

Bibliographie :

WILTON Andrew, Turner, Editions Imprimerie Nationale, 2006

J.M.W. Turner, catalogue d’exposition, Grand Palais, Ministère de la Culture et RMN, 1983-84

Turner in the British Museum : Drawings and Watercolours, catalogue d’exposition, British Museum, 1975

 

Crédits photographiques : National Gallery, Tate Collection, RMN, Louvre,

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