« Désirs et Volupté » à Jacquemart-André

« Toute beauté est joie éternelle » John Keats, Endymion, 1818

Cette semaine, nous sommes ENFIN allés visiter la nouvelle exposition du musée Jacquemart-André à Paris : « Désirs et Volupté à l’époque victorienne ». Le titre est déjà très prometteur. Réalisée sous le haut patronage de l’Ambassadeur de Grande Bretagne, l’exposition réunit la collection Pérez Simón, la plus grande collection d’Amérique latine, comptant au total plus de 3000 œuvres (peinture, sculpture, dessins, objets d’art, etc.) du XV au XXIème siècle et plus de 150.000 ouvrages. Le collectionneur, Juan Antonio Pérez Simón, est un adepte des grandes écoles de peinture européenne et collectionne surtout l’art espagnol et celui de l’Amérique latine. Enfin, il collectionne aussi des œuvres selon son goût pour la peinture victorienne comme vous pourrez le voir dans cette exposition. Entrons donc…

La joueuse de saz, William C. Wontner, 1903, huile sur toile

L’exposition est divisée en huit sections, chacune se concentrant sur un ou deux artistes majeurs ayant travaillé un type de beauté féminine. Car c’est bien de cela que traite l’exposition : la beauté féminine.  En effet, toutes les œuvres que vous pourrez admirer ont été réalisées par des artistes appartenant à « l’Aesthetic Movement »  (litt. mouvement esthétique) voir la fraternité des Préraphaélites. Ce sujet avait déjà été ouvert par le musée d’Orsay il y a deux ans lors de leur exposition « Beauté, Morale et Volupté dans l’Angleterre d’Oscar Wilde ». Un bis repetita direz-vous alors ? Pas du tout. L’exposition de Jacquemart André ne s’intéresse qu’au beau et au féminin sous toutes ses coutures : la beauté antique, orientale, médiévale, pudique, enchanteresse, « fatale » lirez-vous. L’Angleterre victorienne, avec son boom industriel et ses usines qui noircissent le paysage, dépriment les artistes.  Alors, ils décident de peindre le dépaysement, l’enchantement. L’époque victorienne, c’est la peinture patriotique avec de grandes fresques historiques mais aussi les séries reprenant les grands thèmes médiévaux (on appellera ça le « Gothic revival » en architecture), c’est la peinture orientalisante avec ces femmes à demi voilées dans leur harem. Bref de l’éclectisme mais deux seules grandes idées : la beauté et le dépaysement.

La reine Esther, Edwin L. Long, 1878, huile sur toile

En effet, avec ce grand essor industriel, une nouvelle classe sociale émerge : la bourgeoisie. Et ce sont eux les nouveaux grands commanditaires. Certes, l’aristocratie britannique et la famille impériale continuent  de commander ; Victoria et son époux Albert seront de grands mécènes, comme vous pourrez le lire dans le catalogue d’une exposition de l’automne-hiver 2010 à la Queen’s Gallery de Londres (Victoria & Albert, Passionate Patrons). Influencés par l’antiquité qu’ils découvrent dans les nouveaux musées dont le British Museum, cette nouvelle classe sociale souhaite faire revivre cet âge d’or antique et luxueux.

Antigone, Lord Frederick Leighton, 1882, huile sur toile

Tout au long de l’exposition, vous découvrirez, outre les textes explicatifs de chaque section, des biographies des plus grands représentants de cette époque : Sir Lawrence Alma-Tadema (1836-1912), peintre néerlandais qui s’est installé à Londres, Sir Frederick Leighton, Albert S. Moore, Edward Burne-Jones mais aussi John William Waterhouse et d’autres peintres un peu moins connus comme Talbot Hughes ou John Melwich Strudwick.

La Boule de Cristal, J.W. Waterhouse, 1902, huile sur toile

A la fin de ce parcours thématiques, la conclusion mets l’accent sur cette production artistique éminemment éclectique. Le goût de cette époque suit alors deux constantes : l’exaltation de la beauté féminine et la recherche de ce beau dans le cadre de la vie quotidienne. Ainsi, à la même époque, William Morris s’attelle à dépayser les intérieurs de ses fleurs tapissées et objets d’art Arts and Crafts. L’homme mécène est un bourgeois travaillant dans une usine ou dans un bureau sombre avec de nombreux collègues. Sa maison doit alors être à la fois confortable, dépaysant et relaxante. Outre la peinture, l’accent est mis sur la collection d’antiques, mais aussi les objets d’art participant au luxe de la maison, comment pour un retour au luxe antique.

Elaine, John M. Strudwick, vers 1891, huile sur toile

Notre avis ? Il s’agit d’une belle exposition, à la fois scientifique et accessible. Ceux qui veulent vraiment connaitre le sujet en profondeur peuvent s’attarder sur les explications de quelques œuvres comme celle qui sert à l’affiche : « Les Roses d’Héliogabale », huile sur toile peinte par Alma Tadema en 1888 ou encore le « Pygmalion, les désirs du cœur », aquarelle de Burne-Jones daté de 1871. En outre la collection présentée, à la fois intéressante d’un point de vue qualitatif et quantitatif, représente bien la création artistique de cette époque. Les enfants sont aussi invités à cette exposition avec un livret spécifiquement dédiés pour eux et signalé dans l’exposition. Pour les plus grands, un livret est disponible à la billetterie au prix léger de 2,50. Vous voulez en savoir plus, nous vous conseillons avant tout le catalogue (39€) mais aussi les biographies de Phaidon et d’autres ouvrages plus généraux et thématiques. Les enfants retrouveront les plus grands romans médiévaux qui ont inspiré la peinture de cette époque : les légendes du roi Arthur et Shakespeare entre autre.

Andromède, Sir Edward J. Poynter, 1869, huile sur toile

Bref, allez là voir, un beau dépaysement et une pause instructive dans votre semaine. Seul bémol, relatif aux hôtels particuliers, les salles sont assez exigües. Prenez donc le temps de tout découvrir, quitte à aller dans une autre salle avant de revenir dans la précédente s’il y a beaucoup de monde ; étant une exposition thématique, vous ne serez pas perturbés par la continuité du propos. Pour en savoir plus, nous vous conseillons de visiter le site dédié à l’exposition ainsi que le dossier de presse très complet. L’exposition sera ensuite présentée à Rome puis à Madrid en 2014. Bonne visite !

« Désirs et Volupté à l’époque victorienne » au Musée Jacquemart André, jusqu’au 20 janvier 2014 : 158, boulevard Haussmann 75008 Paris

Bibliographie :

Désirs et Volupté à l’époque victorienne, catalogue de l’exposition, Fonds Mercator

Beauté, morale et volupté dans l’Angleterre d’Oscar Wilde, catalogue d’exposition, musée d’Orsay, 2011

Victoria & Albert, Passionate Patrons, catalogue d’exposition, Queen’s Gallery, 2010

http://desirs-volupte.com/

Crédits photographiques : Collection Pérez Simon via musée Jacquemart André

NB : Article suscible d’être modifié dans les semaines à venir.

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