La cathédrale de Winchester

Ville construite par les Romains*, Winchester, au Xème siècle, est une cour importante sous les dynasties anglo-saxonnes et un centre artistique prépondérant en Angleterre avec Canterbury. Nous vous proposons cette semaine de découvrir sa cathédrale dite Cathédrale de la Sainte Trinité, saint Pierre, saint Paul et saint Swithun. Il s’agit à l’origine d’une cathédrale catholique puis aujourd’hui suivant l’Eglise d’Angleterre. Elle est fondée en 642, connue sous le nom d’Old Minster (Ancienne église abbatiale). En effet, le site était un monastère avant de devenir une cathédrale sous la reconstruction normande 1078. Vous verrez donc à ce propos l’art du livre qui se développe à cette période. Découvrez donc l’un des édifices majeurs de l’histoire de l’Angleterre…

Gravure de la cathédrale de Winchester, 1723, Collection privée

L’église est tout d’abord reconstruite vers 993. Y apparait l’antéglise caractéristique de l’architecture carolingienne. Puis, sous les Normands et Plantagenêts, la ville continue à être un centre administratif, politique, économique et artistique aussi important que Londres où s’installent les rois normands. Ces derniers conservent le concept de double capitale avec Londres et Winchester. Guillaume le Conquérant se fera entre autre couronné une deuxième fois dans la cathédrale de la ville. Celle-ci est reconstruite vers 1079 par l’évêque Walkelin, parent de Guillaume. De cette phase de reconstruction ne sont conservés que les deux transepts. Ceux-ci sont divisés en trois étages égaux et formés des arcades, d’une tribune et de fenêtres. La crypte se développe. Le style anglo-normand, alors encore dépendant de ce qui se faisait dans le duché en France, ne se cantonne par aux frontières des îles britanniques mais s’exporte, principalement en Scandinavie.

Vue de la nef de la cathédrale depuis l’entrée occidentale

Dès le XIIIème siècle, la ville a cependant perdu de son prestige. Londres est rapidement l’unique capitale de l’Angleterre. Parfois, des sessions parlementaires ou conseils royaux ont lieu dans la ville lorsque le roi y est présent, mais la ville est bientôt supplantée par des villes comme Oxford, Lincoln, Shrewsbury, et bien sûr Canterbury. Le nouveau style gothique, apporte son lot d’innovations et provoque un vent de rénovations dans toute l’Europe occidentale. A Winchester, un nouvel avant-chœur est réalisé vers 1189-1204 dans un style reprenant les premières caractéristiques du gothique et des sculptures influencées par le style 1200. La nef est reconstruite en « Court style » vers 1394 par William Wynford, maitre-bâtisseur royal sous l’égide de l’évêque William de Wykeham (1367-1404). Les piles, plutôt massives pour l’époque marquent la persistance de la technique des « murs épais » typique de l’architecture normande. La voûte quadripartite sur croisée d’ogive est décorée de rinceaux de lierre caractéristique. L’évêque fera aussi construire sa chapelle privée entre 1493 et 1403, dans laquelle sera édifiée la tombe de ce dernier selon un type déjà mise en place depuis le XIIIème siècle : le corps, déposé dans un sarcophage était recouvert d’un gisant, le tout entouré d’un cadre architectural gothique (un similaire est conservé à Reepham Church, tombe de Sir William de Kerdiston, mort en 1361). Il s’agit d’un type spécifique d’art religieux privé de l’Angleterre à la fin du Moyen Age. En effet, ce type de tombe perdure jusqu’au XVème siècle, appelé en anglais « tomb canopy » (litt. tombe à baldaquin).

Mémorial de saint Swithun avec les icônes de Fedorev en fond.

On ne peut parler du principal monument de Winchester sans mentionner son importance dans l’évolution de l’art anglais jusqu’à la prépondérance de Londres. En effet, Winchester était connue pour son atelier d’enluminure et copie de livres ou scriptorium qui, grâce au renouveau du monachisme bénédictin et au nouveau pouvoir centré sur le Sud, se développe par la fabrication de manuscrits de luxe. En effet, avec les invasions vikings du Nord au IXème siècle, les grands ateliers de Northumbria comme Lindisfarne disparaissent (cf. Les débuts des arts du Livre : du VIIème au Xème siècle du 21 juillet 2013). La production est donc recentrée vers le Sud. Tout comme saint Dunstan à Canterbury, saint Ethelwold, abbé de Winchester vers 963, développe la production de grands livres religieux servant à la fois à l’étude et au décor de l’église. Celle-ci est alors à cette époque centrée sur l’abbaye de Winchester qui jusqu’au XIIème siècle sont les acteurs de la création artistique avant de passer le relais aux cathédrales qui s’enrichissent dans une société de plus en plus urbaine. Ces premiers manuscrits du Sud se caractérisent par un style à la croisée entre la tradition celtique importée d’Irlande et les innovations carolingiennes et ottoniennes.

Feuillet 996 de la Charte de New Minster, 966, British Library (Cotton Vespasian A. viii)

Les premières productions de Winchester, à la fois profanes et religieuses, apparaissent au 2ème quart du Xème siècle. Citons la Charte de New Minster (966), conservée à la British Library, montre le souverain Edgar pour qui ce manuscrit a été réalisé offrant la charte au Christ, entouré de la Vierge et saint Pierre. Il s’agit d’une iconographie assez originale dans l’Europe occidentale, emprunté à la civilisation byzantine. L’encadrement de l’enluminure caractérise l’école de Winchester : double baguette doré entrelacée de feuilles d’acanthe rouges et bleues, reprenant l’école de Metz. Un goût pour l’ornement aussi domine, repris des traditions celtiques et mêlée à un vocabulaire décoratif antiquisant. C’est à Winchester qu’on reconnait le plus cette synthèse entre les deux courants artistiques principaux, notamment avec les Evangiles de Grimbald (1020), eux aussi conservés au British Museum. Les scènes sont inscrites dans un cadre de rinceaux de feuilles d’acanthe antiquisantes. Elles montrent toujours un traitement très graphique et linéaire qui avec l’aide du lavis, innovation qui apparait au début du XIème siècle, accentue le modelé par touches. L’art de l’enluminure se transpose par la suite sur les chapiteaux romans puis dans la sculpture gothique.

Vue de la façade occidentale de la cathédrale de Winchester

Comme tous les lieux de culte catholiques, la cathédrale subit des destructions sous le règne d’Henry VIII. Dans le catalogue de l’exposition Age of Chivalry sont présentées certaines têtes de sculptures qui ornaient autrefois la salle capitulaire de la cathédrale. D’ailleurs, nous aurions pu faire un article sur Canterbury, les deux villes étant toutes deux à peu près à même distance du centre névralgique de l’Angleterre, Londres. Toutes deux poursuivent la même évolution et les mêmes périodes de prospérité et rénovations architecturales. Elles se complètent toutes deux à l’époque médiévale, une centre administratif, l’autre centre religieux prédominant. Petite anecdote pour finir, parmi les rois anglo-saxons et autres grands dignitaires religieux, Jane Austen y repose depuis 1817.

Dalle funéraire en mémoire de Jane Austen, nef de la cathédrale, 1817

 

Notes :

* On reconnait les villes construites par les Romains grâce à leur suffixe : Chester, Cester et Bury. La plupart des grandes villes de l’Angleterre sont des fondations romaines.

 

Bibliographie :

ALEXANDER J. et BINSKI P., Age of Chivalry: Art in Plantagenet England 1200-1400, catalogue d’exposition, Royal Academy of Arts, Londres, 1987.

HECK Christian (dir.), Moyen Age: Chrétienté et Islam, Histoire de l’Art, Flammarion, 2011

WATKIN David, English Architecture: A Concise History, Thames & Hudson, Londres, 1979

http://winchester-cathedral.org.uk/

http://britishlibrary.typepad.co.uk/digitisedmanuscripts/2011/06/the-new-minster-charter.html

 

Crédits photographiques : Wikipedia (article “Winchester Cathedral”), British Library

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