Art des Pictes et autres Celtes de Britannia

Avec le dernier numéro des aventures d’Astérix, déjà culte, les ancêtres des Ecossais sont à la mode. Sujet de mythes et légendes les plus diverses, les Pictes et autres peuples celtiques déferlent au Sud du mur d’Hadrien lorsque les soldats romains quittent la Britannia. Outre les Pictes, qui vivaient au Nord de l’Ecosse dans ce que les Romains appelaient « Pictavia » ou « Pictland » en anglais, vivent d’autres peuples : les Scots, les Brittons et les Angles. Cet ensemble de peuples, mêlés aux Saxons qui s’invitent sur les îles britanniques autour du Vème siècle forment le peuple britannique de souche.  Découvrons donc cet art celtique qui sera à l’origine des grandes influences de l’art anglo-saxon.

Croix de Dupplin, début du IXème siècle, Saint Serf’s Church (Dunning)

Le mot « picte » signifie « peuple peint » et désigne une certaine population ayant vécu dans les Hiaghlands entre le IVème et le IXème siècle. Ces derniers, païens à l’origine, sont christianisés à partir du VIème siècle et de la mission de saint Colomba. Guerriers venus de Scythie, ils se marièrent à des femmes irlandaises et s’installèrent dans le Nord-Est de l’Ecosse. Pendant toute leur occupation, ils furent un peuple prospère et constituaient le pouvoir dominant dans le Nord de la Britannia jusqu’à la montée les Scots, au départ petit colonie irlandaise installée à l’Ouest de l’Ecosse qui rapidement prend le contrôle puis défait les pictes en 843, sonnant le glas de la civilisation picte. On en garde surtout d’un point de vue artistique, des pierres gravées de symboles très diversifiés.

Carte des peuples celtiques en Ecosse

Ces pierres, souvent isolées, prennent la forme de stèles, décorées d’un vocabulaire décoratif à la fois abstrait et animalier. Catégorisées par J. Romilly-Allen et J. Anderson dans le livre « The Early Christian Monuments of Scotland », on suppose qu’elles étaient érigées lors de commémorations ou pour signifier la tombe d’un personnage important. Certaines de ces pierres représentaient des guerres, comme la stèle d’Aberlamno 2 représentant la victoire picte de Dunnichen (685) sur le royaume de Northumbria. Après la christianisation de l’Ecosse, nombreuses de ces pierres, païennes, sont détruites ou transformées en croix. Le vocabulaire chrétien se développe alors avec la représentation de scènes de l’Ancien et du Nouveau Testament, mais aussi les symboles du Christ et des Evangiles ou encore la figure du moine (Rappelons que le monachisme occidental nait en Irlande et en Ecosse, cf. article du 21 juillet 2013 : les débuts des arts du livre du VII au Xème siècle). La croix de Dupplin, ornée de rinceaux végétaux et d’une figure de cavalier. D’un point de vue stylistique, on remarque un naturalisme alors inégalé à cette période, avec une sculpture profonde allant jusqu’à 5cm sur des motifs mesurant 10 à 20cm de large.

Trésor de l’ile Saint-Ninian, VIIIème siècle, National Museum of Scotland (Edimbourg)

Ce naturalisme se retrouve aussi dans le travail du métal dont une grande collection est conservée au National Museum of Scotland. Des pièces réalisées en argent doré montrent la maestria de ces peuples dans l’art de la métallurgie. Ces pièces étaient bien évidemment réservées aux classes les plus hautes de la société, avec des services de vaisselle mais aussi des parures, des épingles à cheveux ou des broches pour attacher les vêtements, etc. Ces objets présentent un vocabulaire décoratif similaire aux pierres sculptées, avec un mélange de rinceaux et d’entrelacs d’où se détachent des figures animalières ou fantastiques principalement. C’est le cas par exemple pour le dépôt découvert sur l’île de Saint-Ninian. Daté du VIIIème siècle, il est composé de bols, de cuillères et de broches principalement. Des « mounts » étaient aussi réalisés, objets coniques dont la signification nous est encore mystérieuse.

Sarcophage de Saint-Andrews, VIII-IXème siècle, musée de la cathédrale de Saint-Andrews

La civilisation picte a été la plus brillante de l’ancienne Ecosse, mais qu’en est-il des autres peuples ? Le Scots, mélange d’autochtones et d’Irlandais, reprennent le flambeau des Pictes à partir de 843 et fondent véritablement la nation écossaise, alors que la plupart des Angles et des Brittons vivent désormais au Sud du mur d’Hadrien. D’un point de vue artistique, on connait quelques pièces maitresses, commandes royales comme la broche d’Hunterston. Probablement réalisée sur un site royal, elle est un exemple magistral de la maestria des peuples britanniques dans l’art de l’orfèvrerie. On ne sait pas à qui était destinée cette broche, mais certainement à une personne de très haut rang. Elle a été saisie par les Vikings deux cents ans plus tard comme l’indique l’inscription en runes scandinaves.

Broche de Hunterston, vers 700, argent, or et ambre, National Museum of Scotland (Edimbourg)

 Enfin, je souhaiterais terminer cet article sur un chef-d’œuvre de l’art picte, découvert au XIXème siècle : le sarcophage de Saint-Andrews. Ce dernier, de forme rectangulaire, était composé à l’origine d’un couvercle, de deux longs panneaux et deux petits panneaux emboîtés grâce à des pierres d’angle. Il manque un des longs panneaux, le couvercle et une pierre d’angle. Il mesure près de deux mètres de long pour un mètre de large avec une hauteur de 70cm. Il est décoré de scènes assez énigmatiques, figurées. A des personnages bibliques tels David probablement, se mêlent des chasseurs de lion et autres motifs animaliers et végétaux entrecroisé. Certains de ces motifs sont notamment placés en miroir. Ce sarcophage est donc probablement décoré de scènes de la vie du roi David. De nombreuses hypothèses ont été soulevées quant à sa fonction : s’agissait-il d’un reliquaire sacré ? D’une tombe royale ? Selon l’article publié dans Archéologie en 2009, l’objet a tout d’abord été considéré comme un sarcophage au moment de sa découverte et lors de son assemblement en 1922. Réalisé entre 800 et 850, on suppose aussi qu’il aurait pu servir d’autel à l’église qui était située à l’emplacement de l’actuelle cathédrale à Saint-Andrews. Il devait donc avoir la double fonction de tombeau pour un saint personnage ou un roi picte. Le décor pourtant rapporté à un homme saint selon certains chercheurs se rapporte cependant plutôt à une personnalité civile.

Mac Oloch, Picte romantique, Astérix chez les Pictes, sorti le 24 octobre

Bien que l’art de la pierre soit le plus connu pour les civilisations, une importante production métallurgique et orfévrée a existé à cette époque prospère pour l’Ecosse. Nous n’avons malheureusement qu’une partie de la production artistique, ne conservant que des pièces en matériau pérenne. Qu’en était-il du travail du bois, si important en Ecosse, ou encore du textile, tradition des peuples du Nord ? Un projet de recherche, le Glenmorangie Research Project, cherche à étendre nos connaissances sur les débuts de cette Ecosse antique, capitales pour la compréhension de l’art écossais médiéval. A partir du IX-Xème siècle, les invasions détruisent une grande partie de cette production riche de l’Ecosse, pillant et brûlant monastères et châteaux. L’Ecosse ne renaitra qu’à partir de son unification sous le règne du roi Duncan, dès 1034. Entre temps, vous pouvez lire le dernier Astérix, nous on est déjà fan !

Bibliographie :

KURZAWA Frédéric, La civilisation picte, Archéologia, 2004, n°409

Idem, Le sarcophage de saint Andrews, chef-d’œuvre de l’art picte, Archéologia, 2009, n°464

http://fr.wikipedia.org/wiki/Pictes

http://www.pictishstones.org.uk/

http://www.nms.ac.uk/highlights/objects_in_focus/st_ninians_isle_treasure.aspx

http://www.nms.ac.uk/our_collections/highlights/hunterston_brooch.aspx

http://www.nms.ac.uk/collections__research/glenmorangie_research_project/about_the_project.aspx

Pour aller plus loin :

HENDERSON G. et I., The Art of The Picts. Sculpture and Metalwork in Early medieval Scotland, Thames & Hudson, Londres, 2004.

CLARKE David, BLACKWELL Alice et GOLDBERG Martin, Early Medieval Scotland: Individuals, Communities and Ideas, National Museum of Scotland Press, (disponible en achat en ligne sur le site du NMS)

Crédits photographiques : National Museum of Scotland, Wikipedia, http://www.asterix.com

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