Elisabeth I et son Peuple

Cette semaine, nous rendons hommage à la marraine de notre blog et à son règne aussi appelé « The Golden Age ». Depuis cet automne, la National Portrait Gallery s’intéresse à la société sous le règne d’Elizabeth I et la vie en dehors de la cour à travers une série de portraits mais aussi de bijoux, manuscrits et accessoires, certains publiés pour la première fois. « Elizabeth I and Her People » retrace près de 50 ans de vie bourgeoise, noble et royale sous le règne d’un de plus grands monarques européens : Elisabeth I (1558-1603). Il s’agit d’une exposition exceptionnelle et unique en son genre à ce jour.

Le règne de « The Virgin Queen » est une période de grande stabilité politique et d’épanouissement économique et donc artistique. C’est aussi à cette époque qu’émerge véritablement d’une identité nationale. C’est l’époque des grandes découvertes avec sir Raleigh en Virginie et le tour du monde. Les anglais étendent leur commerce grâce à leurs nouvelles découvertes territoriales. On assiste aux prémices de l’empire maritime britannique qui se dessinera au siècle suivant pour exploser au XVIIIème siècle.  L’île britannique est aussi sujette à un vaste chantier d’urbanisation. D’un point de vue artistique, la période élisabéthaine est une phase charnière avec les premiers grands textes de la littérature anglaise dont le chef de file est le trop célèbre Shakespeare mais aussi de nombreux auteurs de pièces de théâtre et premiers romans anglais. C’est aussi une époque où la cour brille, commande de nombreux œuvres d’art dont l’exemple le plus significatif est la réalisation de nombreux portraits en miniatures dont Nicholas Hilliard fut le grand artiste.

Dessin d’Elizabeth I, Federico Zuccaro, 1575, British Museum

L’exposition en profite aussi pour retracer le portrait d’Elisabeth I, l’une des plus grandes reines d’Angleterre. Malgré le fait qu’elle était une femme, elle a réussi à remonter l’Angleterre après une fin de règne désastreuse pour l’économie sous Henry VIII suivi à de terribles guerres de religion sous Bloody Mary. Elizabeth 1ère a réalisé encore mieux que son grand-père Henry VII, qui prend le trône en 1485 à l’issu de la guerre des Deux-Roses et la bataille de Bosworth face à Richard III, elle rétablit le pays dans sa position de puissance européenne, ce qui n’était pas arrivé depuis Henry II Plantagenêt. A travers sa représentation canonique et idéalisée, on ressent la puissance et la force de cette femme qui détruisit l’Armada espagnole aux abords des côtes anglaises. Peu d’objets ayant directement appartenus à la Reine sont conservés, mais nous conservons de nombreux portraits de sa personne et objets ayant probablement rencontré la Reine un jour où l’autre. Ceux-ci sont pour la plupart commandés ou appartiennent à la noblesse ou la « gentry » (litt. bourgeoisie). Avec le temps, ces portraits prennent une symbolique plus importante, avec une Reine représentée comme au premier jour de son couronnement, éternellement jeune, montrant les attributs de ses vertus : pureté, virginité, charité et sagesse.

Robert Devereux, 2ème Comte d’Essex, attribué à Nicholas Hilliard, aquarelle sur velin, vers 1587

La période élisabéthaine est une période de forte émulation artistique comme le montre la concurrence entre les différents artistes, locaux et étrangers, attirés par les commandes d’une population aisée. L’exposition rend en outre hommage à tous ces hommes et ces femmes qui ont mis en place les bases de la puissance britannique, à commencer par la noblesse et les courtiers qui grâce à leur richesse firent briller la cour anglaise comme jamais avant. Sous le patronage des différentes grandes personnalités telles Bess Hardwick, de nombreuses maisons sont construites mais aussi des biens luxueux, tombes monumentales et portraits aujourd’hui encore conservés. Les propriétaires terriens sans titre héréditaire, la gentry, participent aussi au rayonnement de la civilisation anglaise. Parmi les grandes personnalités de cette classe sociale, on trouve de grands explorateurs tels sir Walter Raleigh et Francis Drake.  

Katheryn of Berayn dite « Mam Cymru », artiste flamand, 1568, National Museum of Wales

L’autre classe importante ayant participé à la grandeur de l’Angleterre à partir de la deuxième moitié du XVIème siècle est la classe des marchands, se servant des nouvelles découvertes maritimes et donc des nouvelles routes commerciales vers les Nouvelles Indes et le Moyen Orient pour ramener en Angleterre les produits les plus exotiques. Ces derniers, de plus en plus riches, en profitent eux aussi pour se faire tirer le portrait comme le faisaient les bourgeois et marchands florentins depuis le XVème siècle. Ces derniers avaient entre autre comme fonction de garant de leur bonne vertu et de leur honnêteté. Ainsi, fusionnaient-ils avec la mode des vanités, se faisant représenter avec un crâne pour montrer qu’ils ne s’intéressaient pas seulement à l’argent mais aussi à leur âme et aux recommandations divines pour éviter l’enfer.

Isaac Oliver, autoportrait, vers 1590, National Portrait Gallery

L’exposition attire aussi l’attention sur les représentations des artistes et écrivains ou poètes avec une section dévoué à leurs portraits. Ces derniers sont alliés aux professionnels tels les avocats et médecins. En effet, il faut rappeler qu’à partir du XVème et surtout XVIème siècle, le statut des artistes change, étant principalement considérés comme des artisans depuis la période médiévale. Désormais, ces artistes, payés par leurs riches commanditaires, s’émancipent et réalisent des œuvres autant à la gloire de leurs mécènes que la leur afin d’attirer de futurs clients. En outre, cette classe professionnelle se développe après la Réforme, cette période de prospérité mais aussi l’autorisation aux clercs de se marier dans l’église anglicane provoquèrent un essor de la population, d’où un plus grand besoin de médecins et avocats entre autre. Cette classe moyenne commande des Bibles imprimées nouvellement traduites en anglais, commandent des portraits auprès d’artistes qui sont parfois déjà des amis.

Vêtement de mer, 1590-1650, Museum of London

Enfin, la dernière section présente la classe ouvrière. Là, peu ou pas de représentations mais surtout des objets du quotidien. Ceux-ci sont les plus touchés par les mauvaises récoltes, famines et pestes qui sévissent de temps à autre, dans les années 1590 pour le règne d’Elisabeth. Les artisans de la ville comme les métiers de la construction mais aussi dans les ateliers de couture sont représentés. Sont conservés entre autre des tenues de travail, etc.

Alors que la plupart des expositions traitent principalement des deux premières classes sociales en ce qui concerne leur rôle dans l’art, celle-ci englobe la représentation et la production artistique d’une manière globale, par et/ou pour une nation entière, se rattachant ainsi au courant philosophique du structuralisme. Cette nouvelle façon de penser l’histoire de l’art fait aussi réfléchir sur sa manière d’être enseignée. On vous conseille de visiter le site de l’exposition, très instructif et rempli de vidéos pour les différentes classes sociales ayant fait l’objet de portraits.
A découvrir jusqu’au 5 janvier 2014

Bibliographie :

COOPER Tarnya, Elizabeth I and Her People, communiqué de presse : http://www.npg.org.uk//about/press/press-release-elizabeth-i-her-people.php

Idem, site internet :

Elizabeth I and Her People, catalogue d’exposition, National Portrait Gallery (Londres, 2013)

Chaine Youtube : http://www.youtube.com/watch?v=18VyKi3_Di4&list=PLU9-yvYhvyUZfhVdvYimgFxwnxeVnD4X2

SUHAMY HENRI, L’Angleterre  élisabétaine, Guide Belles Lettres des Civilisations

https://unartanglais.wordpress.com/2013/07/06/tresors-des-cours-royales-tudor-et-stuart/

Pour aller plus loin :
PIAGET Jean, Le Structuralisme, Que sais-je ?

Crédits photographiques : British Museum, Museum of London, National Portrait Gallery, National Museum of Wales

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