Le château de Windsor : Architecture

Ouvrez n’importe quel livre sur les châteaux royaux, tous vous dirons la même chose : Windsor est l’un voire le château royal le plus important. Il est aussi le château le plus habité au monde et le château le plus longtemps occupé en Europe. Le château de Windsor est en réalité une ville dans la ville, s’étendant sur cinq hectares et composé d’une église, de maisons pour les employés et la garde et finalement la résidence royale. Il est aujourd’hui occupé par la Reine d’Avril à Juin et la plupart de ses week-ends. On découvre dans ce lieu toutes les innovations architecturales britanniques depuis les Normands. Je vous propose donc cette semaine de découvrir l’un des plus magnifiques châteaux d’Angleterre. Laissez-vous porter…

On ne sait pas quand Windsor a été créé. La ville apparait dans le Domesday Book (1086), le plus grand inventaire des taxes par propriétés et villes du Moyen-Age, voulu par William le Conquérant. Un château normand y est construit pour protéger Londres et la région alentours. Il suit alors le plan typique  des châteaux normands défensifs aux murs épais. Le roi est alors « nomade » et se déplace de château en château. Il ne reste aujourd’hui que la motte qui sert de base à la « Round Tower » au niveau de la partie nommée aujourd’hui « Upper Ward ». Les Plantagenêt sont de grands bâtisseurs. On dénote trois phases importantes : sous Henry II, vers 1165-1171, le fort normand est abattu pour réaliser de nouveaux appartements officiels et résidentiels. Son fils fait tout détruire 50 ans plus tard et fait construire de nouveaux appartements et salles de réception ou « hall » ainsi qu’une chapelle privée, la King’s Chapel afin de rivaliser avec la Sainte-Chapelle qu’il découvrit à Paris quelques années plus tôt. Enfin Edward III est le dernier grand bâtisseur de Windsor. Un siècle après Henry III, il fit redémolir le château pour la transformer en palais défensif dans le plus pur style gothique ainsi que le collège Saint-Georges pour l’ordre de la Jarretière nouvellement créée. Il ne reste presque plus rien de cette période, si ce n’est la chapelle royale, la chapelle Saint-Georges et quelques fondations.

Plan de Windsor Castle – Cliquez pour agrandir

Sous les Tudors, la chapelle Saint-Georges est agrandie, la nef et le plafond reconstruits. Il s’agit de la chapelle actuelle. Déjà richement ornée, elle est encore embellie avec un plafond à caisson à la double rose Tudor et avec des émaux incrustés, présentant les armoiries des chevaliers de l’ordre de la Jarretière. Peu a été construit sous leur règne à Windsor, s’étant particulièrement concentrés sur d’autres résidences telles Saint-James Palace ou encore Hampton Court. Il faut attendre après la Guerre Civile du XVIIème siècle pour voir de nouvelles constructions apparaitre sur le site.

Chapelle Saint-Georges, construite en 1475 par Edward IV

Sous la république de Cromwell, la plupart des palais royaux de Grande Bretagne sont démolis : les parlementaires saccagent la chapelle Saint-Georges, l’Upper Ward est utilisé comme prison pour les Royalists après avoir aussi été ôtée de tous ses trésors. Lorsque Charles II remonte sur le trône après cette période sombre, son premier acte est de commander les trésors et bijoux disparus sous le Commonwealth dans le goût de l’époque, c’est-à-dire baroque. Le trésor de la chapelle Saint-Georges date de cette époque. Il fait aussi reconstruire et réparer les résidences royales. Windsor fut importante pour les Stuart, d’une part car le château n’avait pas été abattu mais aussi parce qu’il conservait l’ordre de la Jarretière, le premier ordre de chevalerie en Angleterre, et l’un des seuls restant dans le monde. Ils firent construire un mausolée à la mémoire de Charles Ier, exécuté ainsi qu’un nouveau palais d’esprit baroque à Hugh May, Christopher Wren étant déjà attelé à Saint-Paul à Londres et à la rénovation de Londres après le feu de 1666. Les travaux s’exécutent en 2 phases : la construction du palais en 1675-8 puis la rénovation de la chapelle Saint-Georges et du collège en 1678. Le tout fut terminé entre 1680 pour la structure et 1684 pour la décoration. D’autres rénovations furent entreprises par d’autres rois de la dynastie Stuart : William III et la reine Anne qui firent aussi reconstruire Hampton Court. Peu à peu, ce dernier est préféré à Windsor, trop éloigné de la capitale.

vue aérienne de Windsor Castle, gravure de 1658 par Wenceslas Hollar

Il faut attendre Georges III pour remettre Windsor parmi les principales résidences royales d’Angleterre, qui le restera jusqu’à aujourd’hui. Ils s’installent tout d’abord dans ce qu’on appelle la Queen’s Lodge, une cabane qui servait lors des périodes de chasse et que la Reine Anne, épouse de William III affectionnait particulièrement. Cependant trop petit pour la famille royale, elle fut détruite et reconstruite à plus large échelle. Il récupéra ensuite à la mort de son frère, le duc de Cumberland, le Windsor Great Park construit sous les Stuart et le fit agrandir et rénove. Un nouveau grand escalier est aménagé dans la résidence royale, et la chapelle est à nouveau rénovée vers 1780-90. Berceau de la royauté britannique, Georges III est inspiré par son histoire et se laisse convertir à l’influence gothique, revenu sur le devant de la scène avec le courant romantique, qu’on appelait à l’époque médiévale l’ancien style national. Le style néo-gothique se développe donc dès la fin du XVIIIème siècle dans les résidences royales avant de se généraliser sur toute l’île sous le règne de Georges IV avec aussi une influence de la cour impériale française. C’est de cette époque que se conserve la majeure partie du château, bien qu’on ait l’impression qu’il ait été réalisé au XIVème siècle. Fenêtres à double lancette et polylobes, meurtrières et créneaux sur les toits, tout y est pour le faire ressembler à un authentique château médiéval. L’intérieur montre au contraire une forte influence de l’art français sous Napoléon, pourtant largement décrié puisque ennemi national.

Porte normande, construite par Edward III et restaurée au XIXème siècle.

Lorsque la reine Victoria monte sur le trône le 27 juin 1837, celle-ci se trouve déjà en possession de magnifiques résidences royales restaurées et reconstruites : Hampton Court, Windsor, Buckingham Palace, Saint-James Palace ou encore Kensington. Les derniers travaux à Windsor furent terminés par son oncle, Georges IV, en 1835. Elle aime cette résidence où elle passa d’heureux moments en famille. Windsor rayonnera donc autant plus fort sous le règne de Victoria, cette dernière passant une grande partie de l’année dans l’ancienne résidence de son oncle, en alternance avec le nouveau Buckingham Palace, non habité avant elle. Le château participe aussi à la légende de la reine qui s’y enfermait lorsqu’elle perdit son époux, Albert. Elle y fit cependant quelques réajustements, notamment la reconstruction du Grand Escalier dans les appartements d’Etat.  Alors que la reine Victoria s’attacha à la rénovation de l’Upper Ward et des parties officielles, le prince Albert lui se consacra plutôt à la deuxième partie de la résidence fortifiée : le Lower Ward. Quasiment non rénové depuis la Guerre Civile, il entreprit des travaux de grande envergure, tout d’abord le Hundred Steps, un escalier monumental de pierre qui descendrait vers la ville, puis la Tour de la Jarretière et autres résidences pour les différentes institutions qui étaient installées dans le château.

Les appartements d’Etat, vue extérieure, Upper Ward

Aujourd’hui, le château de Windsor demeure l’un des préférés de la famille royale. Il est quasiment intégralement conservé depuis le XIXème siècle à part la partie incendiée en 1992 qui endommagea une partie de l’Upper Ward. La décoration victorienne fut allégée par la reine Mary, mère de l’actuelle reine Elizabeth. Elizabeth passa son enfance dans la Royal Lodge qui fut reconstruite pour eux et notamment rénovée avec les dernières innovations modernes comme l’électricité ou encore le téléphone. Il servit de refuge lors de la Deuxième guerre mondiale. Un abri fut construit sous la tour Brunswick en cas d’attaque aérienne. A la suite de l’incendie de 1992, les restaurations eurent lieu immédiatement jusqu’en 1997. Il s’agit d’un des plus gros chantiers de l’époque moderne sur un monument historique en Angleterre. Il fut réaménagé selon son état original. Des vitraux, inspiré par le Duc d’Edimbourg ont été réalisés pour commémorer cette catastrophe, et réalisés par Joseph Nuttgens. Il est aujourd’hui visitable selon certaines périodes. La chapelle Saint-Georges, qui avait déjà contemplé 700 ans d’histoire,  vécut le jubilé de la reine Elizabeth, ses noces d’or, de nombreuses visites diplomatiques et le mariage de Camilla et le prince Charles, héritier de la Couronne.

Bien évidemment, il ne s’agit là qu’un modeste résumé d’une résidence qui a marqué l’histoire de l’Angleterre depuis le Haut Moyen-Age. Nous reviendrons probablement plus tard sur ce magnifique château et notamment sur les trésors de mobilier qu’il recèle. Mais pour le moment, on vous laisse finir l’année en savourant ce joyau d’architecture, de beauté et d’histoire. Happy New Year !

 

Bibliographie :

ROBINSON John Martin, Windsor Castle: the Official Illustrated History, Royal Collection publication, 2001

 

Crédits photographiques : Wikipedia, http://www.thamesweb.co.uk

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