Le goût flamand dans la peinture anglaise (1500-1750)

Des relations privilégiées existent depuis le Haut Moyen-Age entre les peuples flamands (Pays-Bas, Danemark, Belgique) et allemands, largement influencés par l’art des Flandres, et le peuple anglais. Tous deux tournés vers le commerce et la mer. Rapidement, ils se rencontrent et s’échangent. Il s’agit de religions particulièrement pacifiques, étant des alliés naturels. Par conséquent, dans le domaine de la création artistique, on va voir apparaitre rapidement des artistes s’installer en  Angleterre et apportent leurs caractéristiques picturales : goût pour le détail, minutie, couleurs chaleureuses. Nous verrons à travers les plus grands artistes flamands, l’importance de cette influence dans l’art britannique, jusqu’au XIXème siècle.

Le triomphe de la Richesse, dessin d’Hans Holbein, musée du Louvre

Dès le XVème siècle, à la fin du Moyen Age, débarquent en Angleterre une poignée d’artistes flamands, dans un pays enfin en paix sous le règne d’Henry VII (1485-1509). Cependant, on considère que les premières grandes commandes flamandes sont réalisées par son fils, Henry VIII (1509-47). Il appelle à sa cour de nombreux artistes à la réputation européenne, notamment Hans Holbein, père et fils. Holbein le Jeune (1497-1543) eut une petite influence sur la peinture en Angleterre, où se forment déjà un petit creuset d’artistes flamands, principalement installés à Londres. Son influence première fut surtout sur l’impression et l’orfèvrerie, mais aussi sur la décoration architecturale. Cette nouvelle génération d’artistes forme les artisans anglais à une nouvelle technique : la peinture à l’huile, et à de nouveaux supports : la toile. La peinture « moderne » que l’on qualifiait aussi « d’ars nova » apparait à la cour anglaise. Avant lui cependant, d’autres artistes comme Michel Sittow (1469-1525) ou Jean Perréal (1460-1530) avaient déjà planté les graines qui  pousseraient quelques décennies plus tard. Les artistes flamands et anglais se mélangent à tel point qu’on a du mal à reconnaitre la main du maitre et de l’apprenti. Holbein, immensément connu pour ses portraits de la cour (Sir Henry Wyatt, musée du Louvre) mais aussi des grandes personnalités comme Erasme (musée du Louvre), n’était pas seul à la cour du roi aux six femmes : une corporation de peintres existaient en Angleterre depuis … Ces derniers, tous anglais, s’inspirèrent de l’art flamand pour réaliser les commandes de la cour (cf. John Browne, Andrew Wright, Anthony Toto, Luke et Gerard Hornebaud, etc.). A

Mary Tudor, Hans Eworth, 1553, Fitzwilliam Museum (Cambridge)

A la suite d’Holbein, une nouvelle génération d’artistes apparut à la cour anglaise : Gerlach Flicke, Hans Eworth et Guillim Scrots pour les Flamands, mais aussi John Bettes, qui furent récompensés pour leurs services sous les règnes d’Henry VIII et suivants. De nombreux peintres flamands durent cependant fuir le pays lorsque Mary Tudor dite « Bloody Mary » monta sur le trône. Catholique, elle purgea le pays des hérétiques protestants dans un bain de sang, d’où son surnom. Cependant, des artistes comme Hans Eworth travailla pour tous les souverains d’Henry VIII à Elizabeth I, faisant évoluer son art en fonction des différents règnes. Il est épaulé par Antonio Moro, qui malgré son nom est bien un flamand et un avant-gardiste, amena en Angleterre une nouvelle forme de portrait en lien avec la formalité accentuée de la cour et l’influence des portraits des rois espagnols du Titien.  A l’époque jacobéenne, Une nouvelle génération d’artistes marque à nouveau l’influence de la peinture flamande sur l’art anglais menée par Marcuus Gheeraerts et les De Critz. Ils s’associent à des peintres anglais tels Isaac Oliver et Robert Peake, grands portraitistes de la cour élisabéthaine.

Psyché et Cupidon, Antoon Van Dyck, 1638, Royal Collection

On le remarque, les Flamands influencent particulièrement le portrait anglais qui est, à partir de la Réforme d’Henry VIII, le sujet principal des commandes de l’époque. Sous les Stuarts un autre grand artiste marque définitivement de son empreinte la peinture britannique : Antoon Van Dyck (1599-1641). Celui-ci est précédé de quelques peintres mineurs (Daniel Myrtens, Paul van Somer). Lui et Pierre Paul Rubens (1577-1640) font découvrir à l’Angleterre le maniérisme et le baroque italien. Ils reçoivent des commandes royales prestigieuses, et d’autres de la cour encore plus importantes. Le baroque qui se développe en Angleterre d’environ 1625 à 1675, éclate sur les plafonds (Banqueting House) et dans les portraits de Charles I. La précision de la peinture flamande médiévale laisse place à un flou esthétique comme si une brume très légère s’était dispersée devant le sujet représenté. Les couleurs se nuancent et se mêlent. Il reste toujours ce goût du détail, mais désormais empreint de légèreté. Ces portraits des aristocrates sont repris et leurs caractéristiques cristallisées par les peintres britanniques du début du XVIIIème siècle comme Jonathan Richardson. Van Dyck n’a cepenant par seulement réalisé des portraits mais aussi des scènes mythologiques comme le confirme de Psyché et Cupidon, conservé au château de Windsor.

Portrait d’homme, Sir Peter Lely, vers 1650-60, musée du Louvre

De l’atelier de Van Dyck sort une génération anglo-flamande atypique : Oliver de Critz, William Dobson, Richard Greenbury. Cette nouvelle génération s’adapte par rapport au savoir qu’elle a reçu de Van Dyck et de Rubens. En outre, le goût à partir de la 2ème moitié du XVIIème siècle n’est plus au baroque, trop excessif après les fastes de Charles I qui l’ont conduit à l’échafaud. Le palladianisme, forme de classicisme, secoue l’Angleterre avec un souffle nouveau. La peinture baroque va cependant continuée jusqu’à la fin du XVIIème siècle. Chaque artiste y va de sa personnalité pour réaliser des œuvres typique de leur art : Dobson (1610-1646) par exemple réalise des portraits à mi-corps, ce qui alors est très original. A cette même époque, un autre flamand frappe à nouveau la peinture en Angleterre : Sir Peter Lely (1618-1680). Son style moins subtil et moins personnel que Van Dyck lui permet de réaliser des portraits officiels au tracé impeccable, aux couleurs nuancées et au traitement tactile des détails et tissus.  En outre, il peint des portraits aux attitudes différentes, parfois très dynamiques, aux gestes à la fois éloquents et élégants. Son art du portrait continuera jusqu’à l’époque romantique (fin du XVIIIème siècle).  Il sera aussi le maître de nombreux peintres anglais : John Greenhill et Willem Wissing. Malheureusement, les deux mourront avant la fin du siècle.

The Harvey Family, Sir Godfrey Kneller, 1721, Tate Britain

Au XVIIIème siècle, la peinture flamande recule. L’art du portrait se confond avec la peinture de paysage et les scènes de genre. Les commandes s’accroissent sous un mécénat royal et aristocratique florissant. Des peintres de l’école du Nord réussissent cependant toujours à faire carrière. C’est le cas de Sir Godfrey Kneller (Gottfrid Kniller de son vrai nom, 1646-1723, allemand). Elève de Rembrandt, il apporte sa touche à l’art britannique qui allait se cristalliser sous le pinceau de William Hogarth (1697-1764). Déjà la source flamande s’épuise, et progressivement dans la première moitié du XVIIIème siècle est « fondée » l’école britannique de peinture. Cette école adapte toutes les innovations et influences qui frappent la peinture anglaise mais diversifie aussi les thèmes : le XVIIIème siècle marquera le développement de la peinture de paysage, puis de la scène de genre.

Nous l’avons vu, la manière flamande influence l’Angleterre sur près de 300 ans et marque les artistes locaux de leur empreinte grâce à leur formation et à leurs commandes prestigieuses, mais aussi grâce aux collections qui se forment à partir du XVIIème siècle. Cette peinture est principalement de portrait jusqu’à l’émergence d’un nouveau goût national envers la nature et la beauté des paysages anglais. Il faudra donc attendre encore le XIXème siècle et Winterhalter pour voir apparaitre à nouveau et pour la dernière fois en Angleterre, le goût pour cette peinture flamande.

Bibliographie :

FOISTER Susan, Holbein in England, catalogue d’exposition, Tate Britain, Tate Publishing, 2006

GREGORY Martin, Rubens in London: art and diplomacy, Studies in Baroque art, Harvey Miller Publishers, 2011

HEARN Karen, Van Dyck and Britain, catalogue d’exposition de la Tate Britain, Tate Publishing, 2009

WATERHOUSE Ellis, Painting in England: 1530-1790, The Pelican History of Art, Penguin Books, 1969 (3ème édition)

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