William Morris (1834-96)

Les mots sont faibles pour qualifier l’étendue de l’œuvre de William Morris. Touche à tout, on retrouve des pièces signées de sa main un peu partout dans le monde : tapisseries, papiers peints, peintures, dessins, vitraux, etc. Et la liste n’est qu’exhaustive. Membre de la confrérie des Préraphaélites, il présente un style particulier qui fait la transition entre l’ère victorienne et le XXème siècle, foudroyé par l’art nouveau. Cette semaine nous vous proposons donc un tour dans l’univers d’un des plus grands maitres du courant « Arts & Crafts ». Attachez vos ceintures et laissez-vous guider dans le monde parallèle de Morris…

William Morris, photographié par Frederick Hollyer en 1887

Né le 24 Mars 1834, William Morris débuta sa formation en tant qu’architecte. Il rencontre Burne-Jones, un grand-maître de « l’Aesthetic Movement » à Oxford, entrant dans le cercle fermé de la confrérie des Préraphaélites aux côtés entre autre de Dante Gabriel Rossetti. Il épouse Jane Burden en 1859, connue pour être l’un des modèles favoris des membres des Préraphaélites. William Morris débute sa carrière en tant que designer d’intérieur, à commencer par « The Red House » puis fonde sa propre compagnie de design : « Morris, Marshall, Faulkner & Co ». Il réalise avec ses co-fondateurs des textiles de maison, arts de la table, carreaux de céramique et verres. A cela se rajoute aussi la réalisation de papiers peints. William Morris écrivit aussi de nombreux ouvrages de poésie, de prose et réalisa plusieurs traductions de textes anciens et médiévaux. Ses premières commandes sont prestigieuses : Saint James Palace (1865), le V&A (1866), etc. Les plus célèbres sont : La Défense de Guenièvre et autres poèmes (1858), Le Paradis terrestre (1868-1870), Le rêve de John Ball (1888) et l’utopie Nouvelles de Nulle-Part (1890). Enfin, à la fin de sa vie, il concentra son travail sur sa maison d’édition, Kelmscott Press, qu’il fonde en 1891. Elle lui permit entre autre de rééditer l’œuvre de Geoffrey Chaucer, un des plus grands auteurs médiévaux d’Angleterre. Il meurt le 3 octobre 1896 à Kelmscott House.

Salle William Morris, 1866, Victoria and Albert Museum

Le support sur lequel William Morris s’est le plus illustré est définitivement le papier peint. Pourtant, ce dernier était principalement réservé aux élites, étant réalisé à la main et donc très cher. Ces motifs seront cependant repris par la suite, et l’artiste aura fortement influencé la production. Son style mélange à la fois romantisme floral et enluminure médiévale. Le premier motif qu’il réalise s’appelle « Trellis » (1862), représentant des roses disposées sur un treillis. Il réalise ensuite « Daisy » (1864), inspiré des Chroniques de Froissart relatant la guerre de 100 ans jusque vers 1400, rappelant entre autre l’art de la tapisserie millefleurs.  Il réalise aussi « Fruit » ou « Pomegranate » (1866), montrant des rinceaux végétaux gorgés de grenades. Il s’inspire aussi des motifs végétaux qui apparaissent aux XVI et XVIIème siècles issus de meubles sculptés et d’herbiers. Au total, il réalise 50 papiers-peints, tous montrant ce même goût pour une nature luxuriante et foisonnante, un sens du détail et de l’observation scientifique et une impression médiévale et romantique, allant dans le sens de la confrérie des Préraphaélites. L’un de ses chefs d’œuvre pourrait être … Il décore les plus grandes maisons aristocratiques et entreprises britanniques : Castle Howard (Yorkshire), Speke Hall (Liverpool), la maison de Lady Mount Temple, etc. Il réalise aussi la décoration d’une salle du nouveau South Kensington Museum (V&A aujourd’hui). Par la suite il réalisera aussi des papiers peints pour les maisons des classes moyennes : « Sunflower » et « Rose Paper » (1879)

Jane Morris en costume médiéval, 1861, encre et crayon sur papier, William Morris Gallery

Les motifs que Morris réalise en papier-peint, on les retrouve dans le travail de la céramique architecturale et la tapisserie. Pour la céramique architecturale, Morris s’allie avec un ami artisan-potier, William de Morgan, pour réaliser ses plus belles créations dont ce panneau de 66 carreaux de 1876, conservé au V&A (n° C.36-1972). Il s’agit d’un chef d’œuvre de la céramique architecturale du XIXème siècle. Il s’associe aussi avec des amis artistes dont Burne-Jones pour réaliser des panneaux de céramique qui allient motifs décoratifs et pseudo-tableaux médiévaux, comme cet autre panneau de céramique du V&A (image 4). William Morris réalise aussi des tapisseries qui se divisent en deux types : des reproductions textiles de ses papiers-peints d’une part, et des tapisseries de type médiévales de l’autre. Ces dernières sont les plus intéressantes, alliant en tout point le type de la tapisserie millefleur tout en utilisant, par exemple sur cette tapisserie « The Forest » les motifs de feuilles d’acanthes à la place du fond millefleurs, et une impression de profondeur, totalement inconnue à la tapisserie médiévale mais qui se développe sur celles de Morris par ce lion qui émerge des feuillages, un félin vu de dos, etc.

Panneau de céramique, en collaboration avec Edward Burne-Jones et Lucy Faulkner, 1862-65, V&A

William Morris n’a pas seulement réalisé des motifs décoratifs et floraux. On connait aussi des peintures, des études qui montrent un art proche de ce que réalisaient alors ses amis de la confrérie des Préraphaélites. Tous s’entrainent sur les mêmes modèles dont l’épouse-même de Morris. Jane Burden-Morris est à la fois la reine Guenièvre de Morris (image 3) mais aussi la Proserpine de Dante Gabriel Rossetti (1874, Tate Britain). Il peint aussi sur le mobilier, notamment le très célèbre cabinet Saint-Georges sur lequel il peint des scènes courtoises typiques de l’art gothique international (1380-1420) influencées par la technique des Préraphaélites : femme à la chevelure volumineuse, entre ange salvateur et femme fatale, ambiance romantique,  environnement naturel quasi fantastique. Ces images apparaissent aussi sur les vitraux qui ornent maisons et églises, reprenant la technique médiévale du verre coupé et assemblé grâce à un réseau de plomb : vitrail de l’Annonciation pour la chapelle Saint-James (Lord Leycester Hospital, Warwick, 1866)

“The Forest”, en collaboration avec l’atelier Merton Abbey et Phillip Webb, 1887, V&A

William Morris a profondément innové dans le récent secteur du design, influençant la décoration des églises et des maisons de la fin du XIXème siècle aux vingt premières années du XXème siècle. Il redéveloppa en outre l’art du textile et de la broderie qui avait presque disparu depuis le XVIIème siècle. Morris, tout le long de sa carrière, va porter aux nues l’art médiéval, la nature et la beauté féminine dans l’idéal de l’Aesthetic Movement et des Arts and Craft qui veulent se mettre en contradiction directe avec l’industrialisation grandissante de l’empire britannique. C’est ainsi qu’il fut aussi une figure importante de la politique britannique, fondant la Ligue socialiste en 1884, afin de protéger le peuple contre ce même fléau qu’il dénigra dans tout son art.

 

Bibliographie :

MACCARTHY Fiona, William Morris: A Life For Our Time, Faber & Faber, 1994

PARRY Linda, William Morris, catalogue d’exposition, Victoria & Albert Museum, 1996

Idem, William Morris Textiles, Victoria & Albert Museum Press, 2013

WEISBERG Gabriel, BECKER Edwin et POSSEME Evelyne, Les Origines de l’Art Nouveau : la Maison Bing, catalogue d’exposition, Musée des Arts Décoratifs, 2004

http://www.vam.ac.uk/page/w/william-morris/

http://www.wmgallery.org.uk/

 

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