Les Georgiens, révélés à la British Library

Cette nouvelle exposition de la British Library, « Georgians Revealed : Life, Style and the Making of Modern Britain », ouverte depuis le 8 novembre dernier, cherche à explorer l’évolution de la vie des classes moyennes et bourgeoises, et montre l’importance de cette période dans la fondation de la Grande Bretagne moderne. Celle-ci démarre avec l’Acte d’Union qui fonde le Royaume Uni en 1707. Lors de cette exposition, plus de 200 objets sont exposés, sources de la culture populaire britannique : le théâtre, la fascination pour la mode, les scandales des « people » et les jeux d’argent entre autre mais aussi l’agencement des maisons et le gout pour le jardinage. Faisons donc un petit tour d’horizon de ces nouvelles traditions qui perdurent…

An English family at tea, Joseph van Aken, vers 1720, Tate Britain

Commençons par l’architecture qui dès le début du XVIIIème siècle fait l’objet d’une véritable révolution en passant du baroque exubérant à la solennité presque austère du palladianisme (cf. article du 24 novembre 2013) suivi du néo-classicisme de la deuxième moitié du XVIIIème siècle qui se prolonge jusqu’à la fin du siècle. Les maisons sont alors construites selon des principes mathématiques stricts, caractérisées par une régularité majestueuse. Cette régularité se retrouve dans l’urbanisme avec des rues à angle droit. Le décor emploie des motifs repris à l’architecture classique antique avec entre autre l’apparition du papier peint. Apparaissent aussi les « crescent », les rues formées de maisons de ville mitoyennes en forme de demi-lunes dont le plus célèbre est le Royal Crescent de Bath, construit en 1767-74. La maison mitoyenne, avec une façade sur rue et une autre sur jardin, de plan rectangulaire, s’élève sur plusieurs étages. Ce plan s’adapte aussi aux maisons individuelles, généralement construites pour les classes bourgeoises. L’époque géorgienne est aussi le début de la tradition des visites de maisons, comme l’illustre si bien Jane Austen dans Orgueil et Préjugés.

Osterley Park, Greater London, Robert Adam, 1761

C’est à l’époque georgienne qu’apparut le gout pour les Anglais du jardinage et de la nature, un lien encore aujourd’hui très présent. C’est aussi à cette période que se démocratise la peinture de paysage. Considéré comme un sous-genre jusqu’au XVIIIème siècle, la nature prend ses lettres de noblesse sous le pinceau d’artistes d’exception comme Turner, Thomas Sandby, etc. A la British Library, cet amour de la nature et du jardin est instillé dans le jardin aménagé sur la piazza de la British Library. L’installation est formée d’un jardin à l’anglaise autour d’un tripode dont le centre est orné d’un buste de George Ier (1714-27) et les trois pieds symbolisant ses successeurs : George II (1727-60), George III (1760-1820) et George IV (1820-30). Regardez la vidéo de sa mise en place dans la revue de presse de la British Library : http://pressandpolicy.bl.uk/Press-Releases/Georgian-garden-to-be-revealed-at-the-British-Library-tomorrow-ahead-of-major-exhibition-opening-66a.aspx

Photo du jardin, piazza de la British Library

L’époque géorgienne est l’époque du style avant tout, à un moment où à partir de l’élégance française, les Georgiens l’adaptent à leur gout pour devenir les plus élégants de la fin du XVIIIème siècle, au style même copié par les Français. C’est l’époque des dandys… Mais avant tout, l’époque géorgienne est l’époque du shopping avec la publication des premiers journaux de mode, de décoration intérieur, etc. Pour ne citer que quelques exemples : The Gentleman de Thomas Chippendale, Cabinet Maker’s Director ou encore The Gallery of Fashion London. Ce gout pour la mode se distinguait par bien plus que le savoir bien s’habiller. Etre à la mode permettait d’entrer dans ce que qualifie Hannah Greig, le « Beau Monde » où la distinction ne faisait pas par son rang dans la société mais par son style, jusqu’à en être caricaturé : Marie-Antoinette en France, la duchesse de Devinshire en Angleterre par exemple.

Violon de Jérémy Bentham, Museum of London

A mesure que les conditions de vie des classes moyennes et bourgeoises s’élèvent, de nouveau divertissements apparaissent ou leur deviennent accessibles. Ainsi, les Britanniques georgiens sortent le soir au théâtre, participent à des bals et autres soirées où s’organisent des jeux d’argent ; En journée, ils apprécient la lecture de romans surtout et les sports (cricket, courses de chevaux). Se développent aussi la musique, les danses et tout autre divertissement. Le XVIIIème siècle voit aussi l’ouverture du British Museum, la création de la Royal Academy of Arts. Les premiers grands artistes britanniques connus ont vécu à cette période : Gainsborough, Constable, Reynolds, etc. Les premiers voyages s’organisent : tours de régions pour découvrir le pays, séjours dans les villes thermales comme Bath dont l’époque georgienne marque son apogée.

Kensington Garden dresses

L’époque georgienne est aussi l’époque des premiers scandales, des premiers people, à commencer par la royauté, le tout autour d’un thé ou d’un café. Le Régent, futur Georges IV ( ?), personnalité fantasque à la vie relativement dissolue, faisait l’objet de nombreuses caricatures sur les relations avec son père, George III dont il a été le régent, et sa femme, dont il a essayé de divorcer. La noblesse aussi fut touchée par les « gossips » comme la duchesse de Devonshire, Georgiana Cavendish, qui a inspiré de nombreux livres et films (The Duchess, avec Keira Knightley, 2008), connue pour ses déboires aussi avec son mari et ses dettes de jeux. Ne sont pas non plus épargnés les bourgeois, les gentilshommes, les prisonniers même font l’objet de la une des premiers journaux à scandale (The Tea-Table) et des caricatures, dont Thomas Rowlandson tira une partie de sa célébrité. Les « gossips » vont bon train et se répandent comme de la fumée de salons de thé féminins aux clubs et maisons de café masculins. En effet, l’époque georgienne voit l’apparition de ces institutions aujourd’hui légendaires : le King’s de Covent Garden par exemple.

Illustration de la vie georgienne, Gregori Saavedra pour la British Library.

L’exposition est bien organisée, avec un bref historique à l’entrée accompagnée de portraits de la National Portrait Gallery, puis diverses sections selon les différentes traditions britanniques – car oui c’est à cette époque qu’on parle de « british » – de manière thématique : le thé et café qui s’accompagne des derniers ragots, la littérature romancée, la décoration intérieure, mais aussi influencé par Les Lumières de France, c’est aussi une époque où on cherche à s’améliorer avec les premiers livres de « développement personnel » et d’apprentissages : l’art de la correspondance, l’art de la conversation, l’art de la musique, etc. L’exposition est aussi ponctuée d’illustrations inspirées de la vie de cette époque, réalisées par Gregori Saavedra.

Pour citer Ed Cumming dans son article consacré au jardin de la British Library : « Les Tudors apportèrent pouvoir et batailles. Les Victoriens réalisèrent l’infrastructure. Mais les Georgiens apportèrent le style : une élégance imbue de classicisme encore idéalisée de nos jours. » Synthétique, centrée sur la classe moyenne et bourgeoise, cette exposition est une véritable mise-en-bouche pour ce qui nous attend en 2014 et nous montre le meilleur et le pire de l’époque georgienne. Restez donc connectez, nous ne manquerons pas de vous faire vivre ce « Georgian Spring ».  Exclusivement sur Un Art Anglais ? avec la participation du musée du Louvre,  du Victoria and Albert Museum, de la Queen’s Gallery de Londres et du Fashion Museum de Bath.

logo FR

Bibliographie :

GOFF Moira (dir.), Georgians Revealed : Life, Style and the Making of Modern Britain, catalogue d’exposition, British Library, 2013

CUMMING Ed, A Georgian garden at the British Library, The Telegraph, 11 Novembre 2013 : http://www.telegraph.co.uk/gardening/gardenstovisit/10432118/A-Georgian-garden-at-the-British-library.html

GREIG Hannah, The Beau Monde, Fashionable Society in Georgian London, Oxford University Press, 2013

KISSLEY Leonor, Gregori Saavedras Georgian Inspired Illustrations, Inspired by… blog, British Library :  http://britishlibrary.typepad.co.uk/inspiredby/2013/11/gregori-saavedras-georgian-inspired-illustrations-.html

SAMMONS Richard, Anatomy of a Georgian Room, Period Homes, March 2006 : http://www.period-homes.com/Previous-Issues-06/MarchFeature06.html

SOOKE Alastair, Georgians Revealed: Life, Style and The Making of Modern Britain, British Library, Review, The Telegraph, 12 Novembre 2013 : http://www.telegraph.co.uk/culture/art/art-reviews/10443033/Georgians-Revealed-Life-Style-and-the-Making-of-Modern-Britain-British-Library-review.html

Fashioning Fashion, catalogue d’exposition, musée des Arts décoratifs, 2012

Crédits photographiques : British Library, i.telegraph.co.uk, museum of London, Tate Britain

Publicités