L’Angleterre de Richard III (1452-85)

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Il y a quelques mois, nous avons participé à notre premier MOOC (Massive Open Online Course) c’est-à-dire un cours universitaire sur internet, réalisé par des universités dans lesquelles nous n’aurions peut-être jamais la chance d’étudier. Ce dernier s’intitulait : « England in the time of King Richard III ».  En effet, avec la découverte des restes d’un des rois les plus détestés d’Angleterre dans un parking de Leicester, les questions sur son règne, sur sa personne, et sur les raisons qui ont conduit à sa mort sur le champ de bataille de Bosworth en 1485 ont été à nouveau réétudiées. Alors, qui était Richard III ? Quelle a été la vie en Angleterre sous les derniers Plantagenêts ? C’est sur ces questions que l’université de Leicester et Deirdre O’Sullivan, la directrice de ce MOOC a tenté de nous éclairer pendant six semaines.

Reconstitution du visage de Richard III

Le cours se basait sur les aspects principaux de la vie en Angleterre au XVème siècle, le règne de Richard III et sa redécouverte archéologique, en commençant par un rapide résumé de l’histoire de l’Angleterre dans la deuxième moitié du XVème siècle et plus précisément ce que nous appelons la Guerre des Deux-Roses mais que les Anglais appellent aussi « The Cousins War ». Cette guerre intestine en plein cœur de la famille royale déchira le territoire pendant près de 50 ans jusqu’à l’accession d’Henry VII Tudor, père du trop célèbre Henry VIII. La guerre a été entre autre narrée grâce aux chroniques de l’époque : John Benet, John  Hardyng ou encore Jean de Waurin sans compter les chroniques anonymes écrites à Londres. Londres justement a, à cette époque, une place très importante. C’est la capitale du pays. Celui qui détient la ville, détient le pouvoir. C’est ainsi que la Maison de Lancaster, menée par Henry VI, et la Maison de York, menée par le futur Edward IV à la mort de son père.  Henry VI, roi faible, voit son pouvoir menacé par le jeune Edward IV qui accède au pouvoir en 1461. Henry VI reprend le pouvoir neuf ans plus tard avec Edward IV forcé de quitter l’Angleterre et s’exile chez ses cousins par alliance de Bourgogne. Il revient six mois plus tard en 1471 et reprend le trône jusqu’à sa mort prématurée en 1483. C’est à ce moment-là que son frère, Richard, prend la régence pour ses neveux, alors âgés de 12 et 10 ans. C’est à ce moment-là que le mystère est entier. Installés à la Tour pour leur sécurité, les garçons disparaissent. Assassinés ? Emmenés ailleurs ? Des fouilles à la fin du XVIIIème siècle émettront l’hypothèse que les enfants ont été enterrés dans le sarcophage de leurs parents. L’affaire cependant tâche le règne de Richard III, alors le protecteur du futur Edward V et couronné à la disparition du jeune roi et conduira à sa perte deux ans plus tard, le 6 juillet 1485.

Vitrail en commémoration de la bataille de Bosworth Field, Saint James Church, Sutton Cheney (Leicestershire), règne d’Henry VII

Le cours s’arrête aussi sur la vie quotidienne des oubliés : les paysans, le petit peuple, en s’arrêtant dans un premier temps sur leur vie quotidienne, mais aussi sur l’omniprésence de la mort à cette époque. Le XVème siècle est une période de grands changements pour ces populations. A la suite de la Peste Noire du milieu du XIVème siècle, les paysans sont moins nombreux, de nombreuses terres deviennent des pâturages par manque de main d’œuvre, les villages déclinèrent. Cependant, ces nouvelles conditions apportèrent aussi des innovations techniques et améliorations : de meilleurs salaires, une augmentation de la demande en nourriture avec le développement des villes alentour. Les maisons sont améliorées, construites avec soin sur une assise en pierre sur laquelle s’élevait une armature en bois recouverte d’argile ou d’adobe et un toit de chaume.

Bague dite « Coventry Ring », fin du XVème siècle, British Museum

La mort est alors omniprésente dans les esprits, depuis la guerre des Deux-Roses, la guerre de 100 ans avec la France et la Peste Noire. En l’espace de quelques décennies, la population est réduite de plus d’un tiers en Angleterre et plus généralement en Europe. Cette place de la mort est à remettre en contexte dans les croyances chrétiennes, en pratique en Angleterre depuis le VI-VIIème siècle. Afin d’éviter l’Enfer et le Purgatoire, une pratique religieuse importante et un mode de vie chrétien étaient nécessaires.  Ainsi, les livres de prières pour les  individuels se développent, exclusivement parmi les aristocrates dans un premier temps, ornés de magnifiques enluminures, mais aussi pour les riches marchands par la suite et les bourgeois. Se développe le Livre d’Heures, aidant les fidèles a se rappeler de toutes les prières à dire à chaque heures de la journée et de la nuit. Ces livres étaient aussi un marqueur de richesse, étaient parfois réalisés par de grands artistes de l’époque. Par exemple,

A King Feasts with his Dukes, Chroniques de Jean de Waurin, 1470-80, British Library (Royal MS 14 E IV, f.265v)

En effet, malgré les désastres de la guerre, et son lot de trahisons et exécutions, l’art est seulement influencé par les événements mais ne dépérit pas. Depuis le XIVème siècle, les commanditaires majeurs sont laïcs, que ce soit en architecture, en peinture, ou en objets précieux. L’art du portrait se développe et se démocratise, que ce soit en peinture de chevalet ou en dessin et autre. Le XVème siècle est aussi un moment important pour la littérature et le développement de l’impression, inventée à Nuremberg au milieu du XVème siècle. Le roi Richard III avait, comme tous les rois, sa propre bibliothèque dont certains manuscrits sont conservés. Les livres lus alors par le roi et sa cour traitaient d’une part de l’art militaire et de la chevalerie, mais aussi des romans chevaleresques et courtois, de livres religieux pour les plus érudits, de chroniques historiques ou encore de livres pratiques. Se développe les relations épistolaires en Europe.

Corps de Richard III découvert à Leicester

Enfin, la dernière partie du cours s’attache à rappeler les derniers jours du roi Richard, la bataille de Bosworth Field le 6 juillet 1485 et enfin la redécouverte du corps et sa postérité. Richard III aurait à sa mort été inhumé  l’église des « Greyfriars »  ou des Franciscains à Leicester. L’église à avec le temps été détruite lors de la réforme d’Henry VIII puis perdue dans les mémoires. Richard Buckley eut alors la lourde tâche de retrouver le corps du roi déchu. Le corps est retrouvé, après de nombreuses hypothèses, le corps est découvert sur l’ancien de l’église, dès lors enseveli sous un parking de Leicester. Après la localisation du site puis l’extraction du corps, un test ADN a été réalisé à partir des restes du corps et des restes de membres de sa famille pour confirmer la parenté. L’identification est confirmée le 4 février 2013.

Portrait de Richard III, copie vers 1520, Society of Antiquaries (Londres)

Richard III a été un roi très controversé. Sa légende noire est gravée dans les esprits avec la terrible pièce de Shakespeare. Pourtant, malgré l’épisode de la disparition des princes, Richard III fut dans les faits un bon roi, protégeant son peuple dont il était très proche. Un complexe va être érigé autour du lieu de la découverte afin d’expliquer les différentes étapes de cette dernière et le règne de ce roi méconnu. Une seule question demeure, où désormais va être enterré le roi ?

 

BIBLIOGRAPHIE :

BALDWIN David, King Richard’s Grave in Leicester, Leicestershire Archaeological and Historical Society n°60, 1986 : http://www.le.ac.uk/lahs/downloads/BaldwinSmPagesfromvolumeLX-5.pdf

Idem, Richard III, Amberley Publishing, 2012

BUCKLEY Richard, “The King in the car park”: new light on the death and burial of Richard III in the Grey Friars church, Leicester, in 1485, Antiquity vol. 87, n°336, 2012 : http://antiquity.ac.uk/Ant/087/0519/ant0870519.pdf

GREGORY Philippa, The Cousins War, 5 tomes, Simon Schuster UK

KENDALL, Paul Murray, Richard the Third, W.W. Norton, 1956

O’SULLIVAN Deirdre, England at the time of King Richard III, MOOC de l’Université de Leicester, www.futurelearn.com

VEY Tristan, Le squelette de Richard III dévoile ses secrets, Le Figaro, 04 février 2013 : http://www.lefigaro.fr/sciences/2013/02/04/01008-20130204ARTFIG00562-le-squelette-de-richard-iii-devoile-ses-secrets.php

CREDITS PHOTOGRAPHIQUES : British Library, Unviersity of Leicester, British Museum

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