Buckingham Palace, le Français

Buckingham Palace est à l’heure actuelle le palais royal el plus récent d’Europe mais aussi la résidence principale de la famille royale d’Angleterre, les Windsor. Pavillon du duc de Buckingham au XVIIème siècle, la résidence passe dans les mains de George IV qu’il n’aura de cesse, lui et ses descendants, d’améliorer l’un des chefs d’œuvre de l’architecture du XIXème siècle. Le goût francophile du Prince Régent, future George IV formate ce joyau de la couronne britannique. Allons donc découvrir deux siècles d’aménagements et d’arts décoratifs.

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La royauté anglaise est après la papauté, la plus longue royauté d’Europe. Cette succession de 6 dynasties s’installèrent successivement dans différentes grandes maisons aujourd’hui presque toutes détruites : l’ancien palais de Westminster sous les Normands et les Plantagenêt, Whitehall d’Henry VIII Tudor à William III Stuart puis Saint James Palace sous la dynastie de Hanovre. Lorsque George IV est alors encore Prince Régent, il souhaite s’installer ailleurs que dans le palais sombre de Saint-James et souhaite se faire construire son propre palais. Il est alors installé à Carlton House qui sera ensuite démolie pour faire face aux dépenses du nouveau palais royal. Buckingham Palace est pensé par George IV avant la mort de son père, souhaitant un véritable symbole de l’hégémonie de l’empire britannique après les victoires sur Napoléon.

Plan de Buckingham Palace : évolution de la construction

Le site est alors habité par un pavillon appartenant au duc de Buckingham : la Buckingham  House. Reconstruite en 1725, cette maison est alors reconstruite selon le style palladien avec un plan en U formé d’arcades au rez-de-chaussée donnant sur une cour fermée par un grand portail rappelant le portail originel. La partie centrale de l’édifice sera par la suite intégré au palais. Le palais tombe dans les mains de la famille royale en 1761 en tant que résidence pour son épouse, la reine Charlotte. George IV alors encore Prince Régent le récupère à la mort de sa mère en 1818 et souhaite en faire une demeure digne de la royauté anglaise, mais surtout à son gout et selon son rythme de vie de bachelor, son épouse étant envoyée à l’étranger.

Gravure du projet de Buckingham Palace, J.Woods 1837
« Un jour de revue sous l’Empire », vue du palais des Tuileries, Hippolyte Bellangé, 1810, musée du Louvre.

John Nash, architecte ayant déjà travaillé avec George IV au pavillon royal de Brighton, est chargé de réaliser les plans de la nouvelle demeure. Il propose une demeure qui devait alors être l’apogée des innovations métropolitaines londoniennes tout en y associant les goûts pour la théâtralité du roi, ses gouts francophiles et du luxe. Nash voyage plusieurs fois à Paris pour s’inspirer de leur architecte et prend entre autre exemple sur les Tuileries (détruit en 1871) pour l’entrée monumentale : celle-ci devait inclure un arc de triomphe comme nous le conservons encore aujourd’hui dans le Jardin des Tuileries ; il s’agit du Marble Arch. Sir Charles Long aussi est associé au projet. En tant que conseiller artistique du nouveau roi, il avait déjà travaillé au réaménagement des appartements d’Etat de Saint James Palace et à la reconstruction de Windsor. Long propose entre autre une galerie de sculpture au rez-de-chaussée et de peintures au 1er étage afin d’exposer l’imposante collection royale largement enrichie par le souverain avant son accession au trône.

Marble Arch, par John Flaxman, Richard Westmacott et Edward Hodges, 1827-33

En effet, depuis la fin du XVIIème siècle, George IV se montre grand mécène, achetant et comandant de nombreuses œuvres d’art. Au lendemain de la Révolution française, il achète une grande partie du mobilier de Versailles, de Louis XIV à Louis XVI. Assisté par Long qui le conseille, et dont sa propre collection est installée à Bromley Hill (Kent), le roi achète en esthète et en averti, entreposant ses acquisitions à Carlton House le temps que le palais soit terminé. Le projet de ce dernier est accepté par le Parlement le 13 juin 1825. Il reprend le plan originel en U de la maison palladienne et le développent de manière monumentale, dont la surface est doublée.

Salon Cramoisi, aquarelle de James de Stephanoff, 1817, Royal Collection

Les pièces principales sont aménagées par John Nash, appelées les « State Rooms » : disposées en enfilade, ces quatre pièces servaient aux réceptions et audiences : la salle à manger d’Etat, le salon bleu, le salon de musique et le salon blanc, le tout donnant sur le jardin à l’arrière du palais. Ces pièces symbolisent le néoclassicisme à son apogée, tout en se distinguant par le gout de l’opulence du roi comme les dorures aux plafonds s’inspirant à la fois de la Renaissance italienne, de l’art antique classique et du néoclassicisme napoléonien ; ou encore des colonnes décoratives en pierre bleue contrastant avec les tons clairs des murs. A cela se rajoutent aussi des bas-reliefs à la manière antique, en plâtre composées par Thomas Stothard et sculptées par E.H. Baily. L’opulence se traduit aussi par la présence du mobilier versaillais, le parquet ou encore les motifs gravés sur les fenêtres ainsi que la collection du roi.

Le Grand Escalier photographié par Derry Moore, The Royal Collection, 2009

Le palais est terminé par son successeur, William IV. A la mort de George IV en 1830, qui finalement ne vivra jamais dans le palais qu’il a commandé, John Nash est renvoyé pour son manque de gestion du chantier, surtout sur la plan financier. Celui-ci avait déjà englobé 500.000 livres. Cependant, n’ayant d’autre choix que de le terminer, ils ajoutent les dépendances pour le personnel qui manquaient cruellement au palais. Ces adjonctions et derniers aménagements sont réalisés par Edward Blore. William IV n’aime pas ce palais et préfère cependant Clarence House. Ainsi la première à y résider est la reine Victoria qui en fait tout de suite la résidence royale principale. Cependant, manquant terriblement d’espace pour la famille royale grandissante (Victoria aura 9 enfants avec son époux le prince Albert), elle demande au Parlement d’accepter un agrandissement du palais, une quatrième aile. Celle-ci est acceptée si le couple réalise des efforts budgétaires sur leur maisonnée. Ainsi, le prince Albert réforme celle-ci qui se retrouve simplifiée et beaucoup plus efficace. Le Prince aura à cœur d’embellir la maison royale et surtout de la rendre plus efficace. Il va en outre mettre en valeur la collection de peinture préexistante. Ils vendent le Royal Pavilion de Brighton. La quatrième aile est terminée en 1847. Des portraits officiels sont commandés : ceux de Winterhalter seront les plus célèbres. Au XXème siècle, des changements mineurs liés principalement aux innovations et au bien-être de la famille, comme l’électricité etc., seront réalisés.

Buckingham Palace est au XIXème siècle le théâtre de la vie politique anglaise. Victoria, choyée et enfermée toute son enfance puisque seule héritière de la famille royale la plus puissante d’Europe, est propulsée sur le devant de la scène à 18 ans. Grande mécène, comme son oncle fantasque George IV, elle contribue à la splendeur du palais inachevé et de la collection royale.

Bibliographie :
PARISSIEN Steven, George IV, The Grand Entertainment, Murray Publishers, 2002
ROBINSON John Martin, Buckingham Palace The Official Illustrated Guide, The Royal Collection, 2009
Buckingham Palace: Tour, History, Portraits, Apollo n°378, Août 1993
Buckingham Palace: Paintings, Works of Art, A Place in History, Apollo n°379, Septembre 1993

Crédits photographiques : Tourist Information UK, Wikipedia

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