New Frontier III : le portrait outre-Atlantique

Depuis le 31 janvier dernier s’est ouvert à l’extrémité de la Grande Galerie du Louvre, dans la salle réservée au peintures anglaises, le troisième opus « New Frontier ». Après la peinture de paysage et la scène de genre, le Louvre, en collaboration avec la Terra Foundation for American Art (Chicago), le Crystal Bridges Museum de Bentonville (Arkansas) et le High Museum of Art d’Atlanta. Ainsi cette année, le musée du Louvre met l’accent sur le portrait « anglo-américain à l’heure de la révolution » grâce à 5 portraits majeurs, dont deux font partie des collections françaises. L’occasion pour nous, français, de découvrir l’art américain, souvent oublié.

 

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George Washington dit « Portrait Constable-Hamilton, 1797, Gilbert Stuart, Crystal Bridges Museum of American Art (Bentonville, Arkansas) (exposé)

 

L’année 1775 marque le début d’une guerre fratricide outre-atlantique. 13 colonies américaines décident de se libérer du joug de la monarchie britannique. Principalement aidés par la monarchie française, les « Patriots » comme les nomment les Anglais entament une guerre de territoire mais surtout une guerre politique, économique et sociale. Les idées des Lumières ont déjà traversé l’Atlantique et forgé les esprits des futurs grands politiciens américains dont George Washington. La guerre se termine finalement huit ans plus tard, en 1783 avec la bataille de Yorktown et le Traité de Paris. A partir de ce moment, les emblèmes de la royauté anglaise sont détruits, les loyalistes sont exilés. Pourtant artistiquement, la rupture ne fut pas si nette. L’architecture néoclassique inspirée du palladianisme anglais est caractéristique de l’architecture du XVIIIème et début du XIXème siècle. Les genres picturaux qui atteignirent leur apogée en Angleterre à cette époque apparaissent aussi sur le continent américain, comme l’ont montré les précédents chapitres du cycle « New-Frontier » : la peinture de paysage (New Frontier) et la peinture de genre (New Frontier II).

 

George III, Benjamin West, 1779, Royal Collections of HM Elizabeth II

Ainsi, le terme « anglo-américain » employé dans le titre de l’exposition est capital. A cette époque le portrait américain est, soyons légèrement réducteurs, un portrait anglais représentant une personnalité américaine et/ou réalisé par un peintre américain. Ainsi, on retrouve dans le portrait américain des poses et des attitudes standardisées depuis le XVIIème siècle en Angleterre, la forte présence du paysage, le portrait sous forme de médaillon, le réalisme, le goût du détail. Ces modèles traversent l’Atlantique à travers les portraits officiels mais aussi les nombreuses gravures qui permettent, depuis la Renaissance, la diffusion rapide des plus grands modèles européens. Ainsi, dans tout l’empire britannique  mais aussi dans le sens inverse. En effet, les artistes américains ne sont pas non plus en manque d’inventivité. En outre, au lendemain de la guerre d’indépendance, ces derniers, voulant se démarquer de l’iconographie britannique, devront mettre en place un nouveau vocabulaire décoratif.

 

 

(c) National Galleries of Scotland; Supplied by The Public Catalogue Foundation
Le colonel Alastair Ronaldson Macdonall de Glengorry, Sir Henry Raeburn, 1812, Scottish National Galleries (Edimbourg)

 

A l’époque, les portraitistes américains les plus en vue sont Benjamin West et ses élèves, Charles Wilson Peale et Gilbert Stuart (1755-1828). Ces peintres ont tous un lien avec les îles britanniques : formation auprès d’artistes du vieux continent, nomination en tant que peintres de cours, etc. Ainsi, on comprend la parenté entre le portrait américain qui s’inscrit directement dans la lignée du portrait anglais de l’époque georgienne, dont les grands représentants sont bien entendu sir Joshua Reynolds, Allan Ramsay encore Thomas Gainsborough. Des deux côtés de l’Atlantique, les mêmes modèles sont repris, sans savoir réellement qui copie qui. En outre, tous ces artistes sont plus ou moins liés à la guerre d’indépendance américaine, ayant réalisés des portraits militaires ou politiques : George III, généraux anglais et américains, politiciens, etc.

 

George Washington après la bataille de Princeton le 3 janvier 1977, Charles Wilson Peale, vers 1779, château de Versailles (exposé)

 

Cette exposition-dossier se concentre avant tout sur un personnage : George Washington (1732-99) Trois portraits lui sont dédiés. Figure principale de la révolution américaine, il fut le commandant –en-chef de l’Armée continentale et est l’un des pères fondateurs des Etats Unis d’Amérique. Il est aussi élu 1er Président des Etats Unis en 1789 pour deux mandats (jusqu’en 1797). Soldat, il participe à la guerre contre les Français et les Indiens, aussi appelée « Seven Years War » en 1754-58. Il s’installe ensuite à Mount Vermont, travaillant sur sa plantation avant de rejoindre le mouvement de la guerre d’indépendance. Il est aujourd’hui un symbole des Etats Unis mais aussi à l’époque de la Révolution une icône de la liberté face au joug monarchique. Ainsi, il est peint de très nombreuses fois, dont le portrait conservé à Versailles est l’un des premiers exemples. De nombreux aristocrates ayant soutenu l’indépendance américaine reçoivent eux-aussi un portrait du nouveau président américain.

 

Portrait de Hugh Percy, 2e duc de Northumberland, Gilbert Stuart, 1788, High museum of Art d’Atlanta (Exposé)

 

Ayant déjà vus les deux premiers chapitres, nous sommes conquis par l’initiative du musée du Louvre d’ouvrir ses frontières à l’art américain, faisant de ce musée l’un des plus grands musées universels. S’intéressant à la genèse de l’art américain, trop souvent laissé de côté au profit de l’art européen, il est pourtant une branche essentielle de l’histoire de l’art moderne dans un monde où les frontières s’effacent progressivement. Nous avons hâte de découvrir le quatrième chapitre de cette belle collaboration franco-américaine, dans l’espoir qu’une première grande exposition majeure sur l’art américain ouvrira ses portes prochainement.

 

Bibliographie :

FAROULT Guillaume, New Frontier III, portraits anglo-américains à l’heure de la Révolution, catalogue d’exposition, musée du Louvre, 2013

http://www.louvre.fr/expositions/new-frontier-iiiportraits-anglo-americains-l-heure-de-la-revolution

http://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_d’ind%C3%A9pendance_des_%C3%89tats-Unis

 

 

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