Au-delà des frontières, avec Guillaume Faroult

Avec le soutien de Coralie James, Service Presse – Musée du Louvre

Conservateur au département des peintures au Musée du Louvre, Guillaume Faroult a choisi de partager quelques indiscrétions sur la dernière exposition qu’il vient d’organiser, New Frontier III : Portraits anglo-américains à l’heure de la Révolution, sur l’art américain, ainsi que sur son agenda à venir. 

3_ Peale_ G Washington_Terra Foundation

UAA : Vous parlez beaucoup des ressemblances entre les portraits anglais et américains dans votre exposition, mais quelles en sont les différences ?                                        

GF : Les artistes américains ont été formés de manière plus spontanée, pas dans des académies et souvent à partir de gravures. On peut dire que le style américain est plus naïf et plus réaliste en même temps.

UAA : Combien de portraits de George Washington sont conservés à l’heure actuelle ?

GF : De nombreuses études existent sur la question. Il est difficile de le quantifier mais on peut préciser que Gilbert Stuart a dû peindre 70 portrait de George Washington [ndlr dont un exposé actuellement au Louvre, Crystal Bridges Museum of American Art], Charles Wilson Peale environ une centaine [ndlr dont un au musée national du château de Versailles, en exposition au Louvre] et Rembrandt Peale a peint 70 « portraits hublots » de George Washington [ndlr dont un exposé au Louvre, Terra Foundation for American Art]. Vous pouvez vous reporter à l’ouvrage de Gustavus A. Eisen « Portraits of Washington », vol. II, 1932, New York Robert Hamilton & Associates.

UAA : L’exposition présente uniquement des portraits masculins, existait-il aussi des portraits féminins ? Sont-ils traités de la même manière ?                                             

GF : Il existe beaucoup de portraits féminins, notamment ceux de John Singleton Copley. La National Portrait Gallery de Washington avait notamment présenté en 2012 une exposition sur un portrait de Judith Murray de John Singleton Copley qui abordait cette question. Vous pouvez consulter : http://www.npg.si.edu/exhibit/exhjudith.html

Interview 02
Abigail Smith Adams, Mather Brown, 1785, Fenimore Art Museum, Cooperstown, New York

UAA : L’art du portrait anglais a beaucoup influencé le portrait américain. Est-ce que, par inversement, des innovations américaines ont été adoptées par les portraitistes anglais ?                                                                                                                    

GF : Il  n’y a pas eu d’influences réelles des artistes américains sur les artistes anglais au XVIIIe siècle mais plutôt dans le domaine de la grande peinture historique et moins dans celui du portrait. On peut parler de relatif réalisme que Gilbert Stuart et John Singleton Copley avaient adopté et gardé quand ils sont revenus vivre en Angleterre.

UAA : Pourquoi avez-vous décidé de concevoir ce cycle d’expositions ?

GF : Ce cycle a été conçu pour plusieurs raisons. D’une part, la prise en compte de l’importance de la fréquentation du public américain au musée du Louvre, d’autre part le souci de développer cette partie des collections qui sont plutôt limitées. Enfin l’excellente collaboration avec la Terra Fondation for American Art et le High Museum of Art d’Atlanta, qui s’était avérée féconde, ainsi que la création du Crystal Bridges Museum of American Art en 2011 qui ont conduit à penser une collaboration pluriannuelle.

UAA : Nous savons qu’il y aura un quatrième opus au cycle New Frontier, pouvons-nous avoir un avant-gout de ce qui nous attend l’année prochaine ?

GF : La 4eme volet du cycle New Frontier portera sur la nature morte qui prend son essor au XIXe siècle avec un goût assez fort pour le trompe-l’œil, alors en retrait en Europe.

Interview 03
Still Life with Watermelon, Thomas Wightman, vers 1840, Gibbes Museum of Art

UAA : Comment se sont constituées les collections anglaises et américaines au musée du Louvre ?

GF : Par périodes successives : la collection de peintures anglaises ont été constituées à la belle époque, d’abord grâce à des dons, puis avec une politique d’acquisition du musée à partir des années 1970. Les collections américaines ont connu une même phase de politique d’acquisition du musée dès 1970.

UAA : Au vu du succès de ce cycle New Frontier, est-ce que des études sur l’art américain ont été ouvertes en France ?

GF : Un petit peu de travaux universitaires ont été menés essentiellement sur les figures individuelles. Notamment Pierre Wat et Barthélemy Jobert ont été directeurs de recherche d’études sur l’art américain.

UAA : Quel est l’état de la recherche actuellement ?

GF : De nombreux colloques et expositions ont été consacrés depuis les années 90 : notamment sur Rembrandt Peale, Gilbert Stuart et John Singleton Copley à la national Portrait Gallery de Londres ou la grande exposition « American art Union » à la Terra Fondation for American Art /. Un colloque sur la représentation de l’histoire américaine. Et sur les relations entre les Etats-unis et l’univers colonial au XVIIIe siècle (?)

UAA : Un livre sur l’art américain que vous conseillez à nos lecteurs ?

GF : « Nature and Culture : American Landscape and Painting, 1825-1875» de Barbara Novak pour comprendre le paysage dans l’art américain.

 

UAA : Nous sommes un blog spécialisé sur l’art anglais. Ainsi, avez-vous une période, une production ou un artiste préféré/e ?

John Singleton Copley, et notamment le portrait de Sarah Sargent (Mrs. Nathaniel Allen) au musée de Minneapolis. Deux catalogues qui peuvent être recommandés : L’exposition John Singleton Copley au The Metropolitan Museum of Art en 1996 et Gilbert Stuart au The Metropolitan Museum of Art en 2005.

Interview 04

Publicités