Georgians : s’habiller en société

Remerciements à Alice, Oriane, Rosemary Harden, conservatrice, et Maggie Bone, service Presse
(Fashion Museum de Bath)

 

Pour ce deuxième article de notre projet #GeorgianSpring, nous vous proposons de découvrir une exposition actuellement ouverte au Fashion Museum de Bath : Georgians, Dress for Polite Society. Cette exposition tend à déployer les fastes des assemblées  de la société de Bath et de ses brillantes « Rooms ». Une exposition tout en paillettes, broderies et surtout de bon goût.

« … it being absolutely necessary that propriety of dress should be observed at so polite an assembly as that at Bath.” Captain William Wade, Maitre de cérémonie, New Assemblly Rooms de Bath, 1771

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Manteau d’homme en laine marron ornée e broderies fait main en fil argenté vers 1720 et robe à l’anglaise en soie jaune brocardée vers 1750

Que signifie « Polite Society » ? Dans l’Angleterre du XVIIIème siècle, il s’agit d’un euphémisme pour la classe aristocratique et les plus aisés, mais il s’agit aussi de l’étiquette (à la cour principalement) et des manières que cette classe sociale adopte. En effet, le XVIIIème siècle est un moment capital pour les convenances à l’anglaise. Les grands moments de la vie aristocratique deviennent codifiés selon des règles précises, dites de « propriety », ou encore « decorum »,  c’est-à-dire de convenance ou encore de décence. Cette société fermée était exclusivement réservée aux grandes professions (avocats, médecins) et aux propriétaires terriens, aux gentlemen et aux nobles, avec comme figure stellaire la famille royale. C’est toute cette cour qui donne le ton en Angleterre et qui dicte l’art de vivre à l’anglaise, et donc aussi l’art de s’habiller dont Londres et Bath sont les deux épicentres.

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Robe de cour des années 1760

Comment s’habille-t-on en Angleterre au XVIIIème siècle ? Jusque vers 1780, c’est la mode française, la plus luxueuse, la plus raffinée, qui règne sur la cour anglaise. Il s’agit d’une robe à la française, appelée « sack-back gown » par les Anglais avec un dos formé par de long plis qui partaient du col jusqu’au bas de la robe, formant une traine plus ou moins longue. Il s’agit d’une des robes les plus reconnaissables par l’imposant panier mesurant parfois plus d’un mètre de long, comme cette robe présentée ci-dessus. Les tissus employés sont des plus raffinés, utilisant soies et satins, parfois importée d’Inde, mais surtout de Lyon, ou brodée de chinoiseries. C’est l’emblème de la cour par excellence. Une autre robe, dite « à l’anglaise » ou « close-bodied gown » chez les Anglais était tout aussi à la mode en Angleterre mais  plus modeste. Elle remplace progressivement la robe à la française à partir des années 1780. Elle est formée d’un corsage en partie supérieur, aussi visible dans le dos, et des termine par une large jupe avec ou sans traine. La robe était ouverte sur le devant pour rendre visible le « petticoat », le jupon (ci-dessous).

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Robe couleur cannelle en soie tissée des années 1730 et manteau d’homme des années 1750

La fin du XVIIIème siècle et le début du XIXème siècle sont marqués par une mode beaucoup plus détendue avec la disparition définitive du corps à baleine (ancêtre du corset, très serré pour donner une taille minuscule), symbole de l’aristocratie en France, pour des robes inspirées de l’antiquité dite « Empire ». Rendue célèbre par l’impératrice Joséphine, elle se porte avec un châle indien, ou encore un turban orné de joyaux et plumes en Angleterre. Mais aussi une autre robe fait son apparition, inspirée par le goût romantique de l’époque. Elle apparait vers 1815, et se compose d’un corsage sous lequel se trouve un corset modelant le buste et marquant légèrement la taille, avec une jupe et des manches bouffantes. En soirée, les femmes portent la « muslin » ou mousseline. Robe en coton plus ou moins fin, importé à l’origine du Bengladesh, la mousseline apparait dès le XVIIème siècle en Europe et devient à la mode en Europe à la fin du XVIIIème siècle. De couleur blanc ou écru la plupart du temps, elle prend la forme des robes de l’époque. La vision du bal organisé par Mr Bingley dans les nombreuses adaptations d’Orgueil et Préjugés vous donne l’idée générale de ce type de robe.

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Robe jaune en coton imprimé vers 1815, uniforme masculin en laine rouge et fil doré vers 1815 et robe d’enfant bleue en soie crêpée et broderie en fil doré vers 1808.

Qu’en est-il pour les hommes ? La mode masculine est souvent moins regardée puisque codifiée par des règles militaires mais aussi par des règles pratiques. Seul le costume masculin aristocratique suit les mêmes règles que le costume féminin. Il suit la mode française  jusqu’à l’apparition du dandysme où de nouvelles règles d’élégance, entre autre parvenues de France mais aussi plébiscités par ces élégants de la fin du XVIIIème siècle, dont le trop célèbre George « Beau » Brummell. Le costume masculin type du dandy est alors un costume sombre, pantalon longs très minutieusement coupés et redingote, avec une chemise blanche immaculée ornée d’une cravate nouée selon différents codes. Seule celle-ci pouvait parfois être colorée, mais la cravate blanche était quand même favorisée.

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Costume du Hereditary Grand Falconer, 8ème duc de Saint Albans, porté au couronnement de George IV en 1821 et kilt Highland porté pendant la visite du roi à Edimbourg en 1822.

La mode est, au XVIIIème siècle, un vecteur capital de la bonne société anglaise et un sujet de conversation proéminent. D’ailleurs dans la plupart des romans écrits à cette époque, la mode fait toujours partie des sujets abordés. Caricaturée, critiquée, adoptée, la mode fait l’objet de tous les soins des femmes surtout. Rappelons cette scène de la nuit de noces de Georgiana Cavendish  dans « The Duchess » où elle explique, après avoir affirmé qu’elle avait conçu sa robe, qu’il s’agissait d’un moyen d’expression pour les femmes.

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Robe florale en soie années 1740 et dos d’une robe à la française des années 1750.

L’exposition « Georgians », expose 30 costumes originaux du XVIIIème siècle, mais aussi des exemples de la mode contemporaine inspirée par la mode du XVIIIème siècle (Vivienne Westwood, Alexander McQueen etc.). Cette exposition montre bien entendu l’importance de la mode en ce siècle fastueux pour l’Angleterre mais aussi sa diffusion par le biais de premiers magazines de mode et de gravures. Enfin, elle présente aussi quelques portraits, souvenir ineffable de cette « Polite Society » britannique dont l’épicentre était d’une part Vauxhall Gardens à Londres et les Assembly Rooms de Bath où est organisée cette exposition.

 

Bibliographie :

HARDEN Rosemary (dir.), Georgians. Dress for Polite Society, catalogue d’exposition, Fashion Museum de Bath, 2014

DOWNING Sarah Jane, Fashion in the Time of Jane Austen, Shire Library, 2010

http://www.museumofcostume.co.uk/exhibitions/future_displays/georgians.aspx?link=sliderButton

 

Crédits photographiques : Fashion Museum, Bath and North East Somerset Council

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