Wilton et Westminster : deux chefs d’œuvre de la peinture médiévale

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Plus besoin de les présenter tellement ces deux peintures sont mythiques au sein de la production artistique médiévale en Angleterre. Outre leur beauté indéniable, c’est surtout leur conservation miraculeuse qui fait de ces deux panneaux des œuvres exceptionnelles. Le premier est le retable de Westminster et aujourd’hui à Westminster Abbey et réalisé au XIIIème siècle. Le second est le Diptyque Wilton, conservée à la National Gallery et réalisé à la toute fin du XIVème siècle. Deux jalons de la peinture médiévale en Angleterre, deux survivants des pillages de la Réforme d’Henry VIII. A vous de les découvrir…

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La multiplication des pains (détail), Retable de Westminster, 1270-80, Westminster Abbey

Le retable de Westminster
Ce panneau est aujourd’hui le plus vieux maitre-autel conservé en Angleterre. Fragmentaire, il conserve cependant encore une partie de ces panneaux peints à l’intérieur des étoiles et architectures peintes servant de cadre. Les panneaux restant montrent une effigie de saint Pierre, saint patron de Westminster Abbey et quatre étoiles représentant des miracles du Christ. Le centre du retable est orné du Christ tenant le globe symbolisant le monde, entouré de la Vierge Marie et de saint Jean Baptiste. Il s’agit d’un antependium, un devant d’autel servant à magnifier le lieu central de l’eucharistie. Après la dissolution de l’abbaye bénédictine de Westminster dans les années 1540, le retable réussit à survivre miraculeusement à la Réforme puis aux nouvelles attaques de la Guerre civile à la mort de Charles Ier. Une partie du panneau est cependant détérioré et repeint.  Retourné à l’abbaye en 2005, il a subi de nombreux examens et restaurations afin de conserver l’un des derniers témoignages de l’Angleterre catholique. Il s’agissait au Moyen-Age d’un des plus beaux panneaux peints de l’Europe occidentale.

The Westminster Retable, c.1268. After cleaning.
Retable de Westminster, 1270-80, glacis sur chêne, 3x1m, Westminster Abbey

Le diptyque Wilton
Ce chef d’œuvre du gothique international est caractéristique de la production picturale de l’époque. Réalisés selon une technique italienne, la tempera (peinture à l’œuf), elle rappelle l’art de l’enluminure alors liée avec celle de la peinture sur bois. Commandée par le roi Richard II, il représente le roi à genoux introduit à la Vierge à l’Enfant entourée d’anges par saint Jean-Baptiste reconnaissable à la peau d’animal et les rois sanctifiés Edmund et Edward le Confesseur. On ne connait ni le nom de l’artiste ni sa nationalité. Ainsi, seule la présence du roi indique qu’il s’agit d’une œuvre anglaise, mais l’artiste aurait très bien pu être anglais influencé par la peinture italienne et connaissant les modèles français ; ou français travaillant en Angleterre, etc. Ça, c’est le gothique international. Ce style se caractérise par un art précieux avec l’importance de l’or et de coloris riches, un style raffiné et maniéré, un art doux, ici visible dans le traitement des mains de la vierge tenant le pied de son fils par deux doigts par exemple. Les mains des personnages d’ailleurs sont très fines et allongées, les visages idéalisés et doux. Enfin on note la présence de la nature dans le parterre de fleurs sur lequel se tient la Vierge te les anges.

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Diptyque Wilton, 1395-99, tempera sur chêne, 74x53cm, National Gallery (Londres)

Deux commandes royales
Toutes deux liées à la famille des Plantagenêt, héritiers de Guillaume le Conquérant, ces deux panneaux sont réalisés en chêne, un bois très luxueux et dense qui demande donc une longue préparation et surtout un temps de séchage très important. Ce bois est cependant assez important dans le Nord de l’Europe. En outre, les couleurs utilisés indiquent ou des techniques luxueuses : le glacis, ou novatrices : la tempera. La présence importante du bleu dans le diptyque Wilton confirme l’importance de la commande, étant une des couleurs les plus chères sur le marché à ce moment-là.

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Autoportrait aux pieds de la Vierge à l’Enfant, Matthew Paris, vers 1260

Bien que souvent oublié, l’Angleterre est au Moyen-Age un creuset artistique important concernant la peinture, et ce depuis le Haut Moyen Age avec d’importantes abbayes formant des moines peintres et mettent en place les caractéristiques d’un style national : tracé linéaire, influence de l’art celtique, un gout pour la représentation naturaliste de la nature, le contour coloré. Cependant, à l’époque gothique pendant laquelle furent réalisées ces deux œuvres, les échanges entre artistes anglais et français s’intensifient, et ce malgré les nombreux conflits, à tel point que d’un côté ou de l’autre de la Manche, on produisait sensiblement la même chose. La Vierge à l’Enfant prend les mêmes modèles : la Vierge de tendresse par exemple. Ci-dessus, découvrez un autoportrait du moins Matthew Paris de l’école de St-Albans réalisé vers 1260 aux pieds de la Vierge à l’Enfant. Il s’agit cependant ici d’un des premiers exemples avec le visage de l’Enfant collé à celui de sa mère en Occident, un des seuls modèles repris de Byzance qui sera largement diffusé dans toute l’Europe : Madone Pazzi de Donatello (m. 1466, musée du Louvre).

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Retable de Norwich, XIVème siècle, cathédrale de Norwich

Tout comme les derniers exemples cités, ces deux chefs d’œuvre de la peinture anglaise médiévale étaient dédiés à Dieu, entreposés dans les trésors des églises. L’antependium de Westminster était sorti régulièrement afin d’orner le maitre-autel lors des messes de certaines occasions spéciales, notamment lorsque le roi était présent. Le diptyque lui, de taille beaucoup plus réduite servait à la dévotion personnelle. Emporté lors des voyages du roi dans son royaume, il était ensuite disposé dans la chapelle afin que le roi puisse méditer et prier de manière privilégiée à la Vierge à l’Enfant. Cette nouvelle dévotion aussi appelé « devotio moderna » apparait au XIVème siècle et est agréée par le Vatican selon certaines conditions dont la présence d’un autel ou encore mieux d‘une chapelle au sein de la demeure, mais aussi de la bénédiction de cette dernière. Ce type de petits tableaux religieux était réalisé à profusion à partir du XIVème siècle, spécialement pour les laïcs majoritairement ; malheureusement il s’agit d’un des derniers magnifiques exemples de cette production.

Il s’agit donc bien de deux magnifiques chef do’euvre mais aussi de survivants, derniers témoignages d’une société, d’une pensée engloutie avec Henry VIII.

 

Bibliographie :

GAUNT William, La peinture anglaise 1260-1960, Thames & Hudson, 1964

LANGMUIR Erika, The National Gallery. Le guide, National Gallery Company, 2006

http://www.westminster-abbey.org/our-history/art/retable

http://www-hki.fitzmuseum.cam.ac.uk/research/hist/wr.html

http://www.nationalgallery.org.uk/paintings/english-or-french-the-wilton-diptych

Cours Ecole du Louvre : Moyen-Age, technique de la peinture

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