« Signor Kentino » est au V&A

SONY DSC

Le 19 mars dernier, nous avons été invités à découvrir en avant-première presse l’une des expositions du printemps du Victoria & Albert Museum : « William Kent: Designing Georgian Britain », réalisée en collaboration avec le Bard Graduate Center de New-York. Rendez-vous à 10h devant le musée. Un Eurostar matinal et une petite heure plus tard, nous voici devant l’entrée de l’exposition après la magnifique galerie orangée des sculptures donnant sur les jardins du musée. Que le voyage commence…

NPG 6063; William Kent by William Aikman
Portrait de William Kent, 1723-25, William Aikman, National Portrait Gallery. Commande de Lord Castlemaine pour Wanstead House

Lumières tamisées et chaleureuses,  ambiance d’opéra, « Signor Kentino » nous introduit à sa propre vie et œuvre. Né en 1685 dans le Yorkshire, il est rapidement poussé par des gentlemen de sa terre natale, reconnaissant son talent, de poursuivre des études d’art et architecture et l’envoient entre autre en Italie en 1709 dans ce but. Il y reste près de dix ans, étudiant et servant de guides pour les aristocrates anglais dans leur « Grand Tour ». C’est là-bas qu’il fait la rencontre de sa vie avec Richard Boyle, troisième duc de Burlington, aujourd’hui la plus longue relation artiste-mécène de l’histoire (30 ans de services). A eux deux, ils révolutionneront la création artistique anglaise, mettant au point le style national : l’anglo-palladianisme. William Kent poursuivit sa carrière dans un cercle où l’on compte Alexander Pope, Handel, William Hogarth, etc, un cercle d’artistes très proches de la cour et des commandes donc. Il meurt le 12 avril 1748 à la Burlington House à Londres, la résidence de son plus grand mécène.

SONY DSC
Banquette du Salon Rouge, Houghton Hall, vers 1730

Depuis le siècle précédent, le style qui présidait en Angleterre n’était pas anglais. Les artistes s’inspiraient de ce qui se faisait en France en dans les Pays-Bas. Avec la nouvelle dynastie introduite par George Ier en 1714, une nouvelle volonté royale s’affirme, celle de faire de l’Angleterre la plus grande nation du monde, politiquement, économiquement mais aussi sur le plan artistique. Cette volonté est doublée par l’émergence au même moment d’artistes de grands talents dans tous les domaines artistiques : William Hogarth en peinture, Colen Campbell en architecture, et Kent dans plus ou moins tous les domaines. Car c’est bien cette qualité qui caractérise l’artiste, sa polyvalence. Peintre à l’origine, il se tourne aussi rapidement vers les arts décoratifs, mais aussi vers l’architecture et la sculpture, jusqu’à l’aménagement des jardins. Sur un projet, il prenait tout en charge, de l’aménagement intérieur aux peintures de plafonds.

SONY DSC
Dessin d’écran de chœur pour Gloucester Cathedral, avant 1744

Parmi ses plus grands projets, on compte de nombreuses grandes résidences : Chiswick House (1726-29), Wanstead House (1721-24), Houghton Hall (Norfolk, vers 1726-31), Burlington House de Londres (vers 1727). Nombre d’entre elles sont réalisées pour et avec Lord Burlington, artiste à ses heures. Sa réputation grandissante, il reçoit aussi des commandes officielles comme des cénotaphes : celui de William Shakespeare ; et des tombeaux : celui d’Isaac Newton. Il réalise aussi des maquettes et des plans d’architectures, notamment pour les écuries royales, s’inspirant des travaux d’Andrea Palladio et d’Inigo Jones mais aussi du Vitruvius Britannicus, réalisé par l’Ecossais Colen Campbell. Il réalisera aussi le nouveau plan pour Whitehall, victime d’un incendie, mais ce dernier ne sera jamais réalisé. Bien que son style de prédilection soit l’anglo-palladianisme, Kent sait s’adapter à la commande, et réalise entre autre, comme le montrent plusieurs gravures, des monuments dans le style gothique qui restera toujours attirant pour les Anglais. Il propose des plans d’églises ou de collèges mais aussi pour un contexte domestique comme Esther Place (Rousham, Oxfordshire).

04
La Bute Epergne, Thomas Hemling à partir d’un dessin de William Kent, 1756, Collection privée

Qu’en est-il de son style ? William Kent est considéré comme l’un des pères de l’anglo-palladianisme, s’inspirant de ces observations en Italie pour les appliquer à un goût anglais pour l’élégance. Comme le précisa alors Julius Bryant lors de son intervention, William Kent aimait le clinquant, l’or. Cela se remarque tout au long de sa carrière avec des pieds de banquettes ou de tables dorés, un des derniers restes du baroque italien. Cependant, la sobriété classique l’emporte avec un goût pour la symétrie et le respect des ordres architecturaux. Son expressivité créative transparait à travers ses quelques productions gothiques, dans un style alors non contrôlée par le pouvoir, mais aussi dans la conception des jardins, créant le jardin à l’anglaise avec Capability Brown. Ainsi, si on devait qualifier le style de Kent en un mot : versatile. On retrouve cependant une constante dans son goût pour l’ornement, le goût pour les figures antiques.

SONY DSC
Modèle du projet d’un palais d’été à Richmond, John Marsden pour William Kent, 1735, collections de Sa Majesté Elizabeth II

L’aspect de son art qu’on semble rapidement oublier et qui est pourtant à la base de sa carrière est sa peinture. Ami avec William Hogarth, les deux artistes réaliseront des peintures similaires notamment concernant les assemblées. C’est ainsi que l’exposition présente une œuvre de William Hogarth : Assembly at Wanstead House (1728-31, Philadelphia Museum of Art) avec des exemples de William Kent, notamment ses peintures historiques, commandées par la reine Charlotte. On conserve aussi des dessins, comme celui d’Henry VIII recevant l’ambassadeur de France Montmorency, présenté lors de cette exposition.

SONY DSC
La rencontre entre Henry V et la reine de France et le mariage d’Henry V, vers 1729-31, collections de Sa Majesté Elizabeth II

Cette exposition est l’aboutissement de huit ans de recherches poursuivies par 13 spécialistes. Aucune véritable archive sur l’œuvre de Kent n’avaient été réalisées alors et c’est donc un travail de fourmi qui a donc été réalisé. Au total, 200 témoins de l’œuvre de Kent ont été choisis : objets, mobilier, peinture, gravures, dessins, maquettes, etc. Un parcours lisible, une ambiance cosy, cette exposition de William Kent fait partie de ces expositions où l’on peut choisir la raison de sa venue : profiter de la magnificence des premières résidences georgiennes auquel il a grandement participé ou s’instruire sur la genèse du style georgien. A ne surtout pas rater avant le 13 juillet 2014 !

 

Bibliographie :

http://www.vam.ac.uk/content/exhibitions/william-kent-designing-georgian-britain/about-the-exhibition/

WEBER Susan, William Kent: Designing Georgian Britain, Yale University Press, 2013

MOWL Timothy, William Kent Architect, Designer, Opportunist, Pimlico Editions

SNODIN Michael & STYLES John, Design and the Decorative Arts, Georgian Britain 1714-1837, catalogue de department, Victoria & Albert Museum Press, 2004

 

 

Publicités