The First Georgians à la Queen’s Gallery

Afin de clôturer notre programmation printanière, notre « Georgian Spring », nous retournons aux origines de la flamboyante dynastie avec les premiers rois de la maison de Hanovre. En effet, c’est sous les règnes de George Ier (r. 1714-1727) et George II (r. 1727-1760) que se forme véritablement le goût britannique. Si la dynastie Stuart a beaucoup importé (italien et français), les Georgiens eux, pourtant allemands, font tout pour faire de l’Angleterre une nation artistiquement indépendante. D’imposantes commandes royales, à la fois artistiques et architecturales, des artistes de génie, plongez dans la genèse de l’art britannique.

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George I, Roi de Grande-Bretagne et d’Irlande, Electeur de Hanovre (1660-1727), Atelier de Sir Godfrey Kneller, 1st Baronet (1646-1723), huile sur toile, 78,6×64,4cm, Royal Collections of H.M. Elizabeth II

Sous le règne de la reine de Anne (r. 1707-1714), les royaumes d’Ecosse et d’Angleterre deviennent enfin une seule entité après des siècles de guerre et traités, formant le Royaume Uni. Dernier membre de la famille Stuart sur le trône britannique. A sa mort, un lointain cousin issu de la lignée d’Elizabeth d’Ecosse, fille de James I, monte sur le trône le 1er août 1714 : George I de Grande Bretagne. Issu de la famille des électeurs de Hanovre, et donc allemand, il est choisi par le Parlement pour ses convictions religieuses, le reste de la famille Stuart étant principalement catholiques. Son fils, George II, lui succède en 1727. Ainsi nait la deuxième plus longue dynastie royale anglaise après les Plantagenêt, encore sur le trône d’Angleterre aujourd’hui, rebaptisés Windsor.

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Kensington Palace: The Cupola Room, Richard Cattermole (1795?-1858), c. 1817, plume et encre avec aquarelle et gouache sur crayon, 20,4×25,3cm, Royal Collections of H.M. Elizabeth II

Dans l’histoire, on retient surtout les difficultés relationnelles dans la famille de Hanovre. Le père s’entend rarement avec le fils et le fils fait tout pour énerver le père. Les premiers rois sont aussi considérés comme trop allemands. Luthérien et non anglicans, George Ier meurt en Allemagne après avoir passé peu de temps dans les îles britanniques. Le deuxième, au règne beaucoup plus long, fit plus figure d’autorité que de véritable dirigeant, préférant demeurer à Hanovre, beaucoup plus contrôlable que cette Angleterre au Parlement trop imposant. Pourtant, d’un point de vue stylistique, ces deux monarques, par leurs choix plutôt que par l’importance de leur mécénat, firent entrer la Grande Bretagne dans une période d’indépendance artistique capitale. Préférant des artistes « locaux », favorisant la création nationale, sous leurs règnes fleurissent les genres et productions artistique qui feront la gloire de l’Angleterre au XVIIIème siècle : la peinture de genre et de paysage, la céramique, le travail de l’argent, la miniature, etc.

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David Garrick et son épouse Eva-Maria Veigel, William Hogarth, c. 1757-64, huile sur toile, 132,6×104,2cm, Royal Collections of H.M. Elizabeth II

Tout comme Florence vers 1400 avait été bénie par une génération d’artistes géniaux, la Grande Bretagne se retrouve dans la même position dès les premières décennies du XVIIIème siècle : William Kent, William Hogarth, John Michael Rysbrack puis à partir du milieu du XVIIIème siècle Josiah Wedgwood, Thomas Gainsborough, Sir Joshua Reynolds, Thomas Chippendale. Le XVIIIème siècle voit l’affirmation d’une succession de générations d’artistes capitaux pour le développement des arts et d’un style national au Royaume-Uni. Ce style national, on l’appelle aussi « anglo-palladianisme » s’applique surtout à l’architecture et aux arts décoratifs. Il se caractérise par l’influence primaire d’Andrea Palladio et d’Inigo Jones, dont les travaux sont réunis dans le Vitruvius Britannicus de Campbell. La sobriété et l’élégance du classicisme antique s’impose en Angleterre après les excès du baroque et du rococo italien du siècle précédent. Car c’est bien ces deux qualificatifs qu’on retrouve dans le style britannique au XVIIIème siècle : élégance et sobriété. Bien sûr, les dernières traces de l’influence baroque persistent avec l’œuvre de William Kent. Dans l’ensemble, l’élégance, mais aussi le pittoresque dans le traitement des scènes de genre, et l’humour surtout deviennent des constantes des arts figurés. Dans les arts décoratifs, la nature prend ses lettres de noblesse, ornant objets, mais devenant aussi le deuxième genre pictural de Grande Bretagne, traité à huile, à l’aquarelle, au crayon, etc.

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Service à thé, Aymé Vedeau, Matthew Lofthouse et Mary Pantin, Royal Collections of H.M. Elizabeth II

L’exposition « The First Georgians : Art and Monarchy 1714-1760 » propose une approche globale de cette production artistique intrinsèquement liée avec le pouvoir et notamment la famille royale. Premiers commanditaires du pays, ils ré-agrandissent les collections royales, détruites par le coût des guerres mais surtout la guerre civile du milieu du XVIIème siècle. Le palais royal principal, Whitehall, fut aussi détruit à cette même époque, tout comme Richmond, trop ancien et inhabitable. Seuls restent St James Palace et Kensington. Ces deux palais feront l’objet de multiples réaménagements et agrandissements. Divisée en douze sections, elle s’attache à présenter les principaux domaines de mécénat royal dans la première moitié du XVIIIème siècle : le portrait, le décor intérieur, les collections royales, les plaisirs royaux, le développement des sciences, etc. Comme toutes les expositions des Collections Royales, toutes les pièces présentées font partie des imposantes collections royales qui, à partir de cette période, conservent un important corpus d’œuvres, que ce soit en objets, gravures, etc.

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Londres : la Tamise depuis Somerset House Terrace vers Westminster, Canaletto, c. 1750-51, huile sur toile, 107,6×187,9cm, Royal Collections of H.M. Elizabeth II

Cette année, nous célébrons les 300 ans de l’accession au trône de George Ier, ancêtre de l’actuelle famille royale britannique. Il était donc normal que ce dernier fasse l’objet d’une exposition majeure ce printemps, organisée par la maison royale elle-même. Cette exposition s’inscrit dans un programme culturel et événementiel qui se prolonge jusqu’à cet été. Depuis le début de l’année, de nombreux musées du Royaume-Uni se sont unis pour présenter un programme culturel cohérent illustrant les différentes facettes de cette période clé pour l’histoire de l’art en Angleterre et nous sommes heureux d’avoir pu vous présenter quatre de ces expositions. Nous terminons donc notre Georgian Spring avec le début, et probablement l’exposition la plus complète pour les curieux ravis d’en savoir plus sur les débuts de l’époque georgienne. A cet automne pour la prochaine programmation signée Un Art Anglais ?

L’exposition est ouverte à la Queen’s Gallery de Londres jusqu’au 12 octobre. Pour en savoir plus et découvrir l’intégralité des picèes présentées, visitez : http://www.royalcollection.org.uk/exhibitions/the-first-georgians-art-monarchy-1714-1760

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