Balmoral, un paradis royal

« My dear paradise in the Highlands » Victoria
 
En regardant il y a près de trois semaines le « Secrets d’Histoire » sur les résidences royales et présidentielles, l’idée nous est venu de faire un nouvel article spécial palais. Après Hampton Court, Windsor et Buckingham, nous vous faisons donc découvrir la demeure préférée des souverains anglais depuis Victoria. Quasiment intouchée depuis sa construction dans les années 1850, nous vous proposons de découvrir ou redécouvrir une des résidences les plus secrètes de la famille royale anglaise.
 

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Gravure de Balmoral Castle, tirée de « Great Britain and her Queen » d’Anne E. Keeling, 1897

 
1842. La reine Victoria, alors mariée à son époux, le prince Albert de Saxe-Cobourg et Gotha depuis deux ans, visite l’Ecosse pour la première fois. Loin des tumultes de la vie londonienne, elle visite alors les villes les plus importantes et les principales résidences des grandes familles écossaises. Ils reviendront deux ans plus tard, puis en 1847. A ce moment-là, le propriétaire des terres de Balmoral, Sir Robert Gordon, décède et passe dans les mains de lord Aberdeen. Tombés amoureux du paysage qui inspirera certaines des plus magnifiques aquarelles de la reine, les négociations pour l’achat du terrain commencent dès l’année suivante. Le 22 juin 1852, les terres de Balmoral et son château sont acquises par le prince Albert, une propriété s’étendant alors sur 20.000 hectares. La résidence devient donc la propriété privée du souverain. Fait à connaître : il ne s’agit pas d’une résidence de la couronne (appartenant donc à l’Etat) comme Windsor ou Buckingham, mais d’une propriété inaliénable des rois d’Angleterre.

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Balmoral Castle, photographié par Kenny Livingstone (source : bbc.co.uk)

Balmoral, un site historique. Habité depuis le XIVème siècle par les souverains d’Ecosse, Balmoral était alors occupé par un pavillon de chasse. Situé sur des terres cynégétiques, elle était alors régulièrement visitée dès la fin de l’été jusqu’en octobre. Une des premières résidences connues est alors celle de Sir William Drummond à la fin du XIVème siècle. Jusqu’au XIXème siècle, les terres passent dans les mains de familles aristocratiques plus ou moins importantes dont les ducs de Fife et d’Aberdeen. Le petit château qui servait alors de pavillon e chasse fut utilisé comme résidence temporaire le temps de la construction de la nouvelle demeure. En effet, la famille royale s’agrandissant presque chaque année, il fallut rapidement ordonner l’agrandissement de nombreuses résidences royales afin de pouvoir accueillir famille, officiels et personnel selon le rang de la famille royale.
 

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Balmoral : façade sud du vieux château depuis l’est, William Wyld, vers 1852, Royal Collections (RCIN 919495)

Les travaux commencent dès l’année suivant l’achat du terrain. Les plans réalisés par l’architecte de la ville d’Aberdeen, William Smith, sont contrôlés par le prince. Ce dernier, comme nous allons le voir, eut un rôle majeur dans l’élévation du château. La première pierre est posée par la reine Victoria le 28 septembre 1853. Réalisé en granit d’Invergelder, le château s’articule en deux espaces, résidentiel d’une part et services de l’autre, autour d’une cour intérieure. Les travaux se terminent en 1856 et l’ancien château détruit. La nouvelle résidence répond à de nombreuses influences et notamment aux caractéristiques de ce qu’on appelle le Scot Baronial Style. En outre, elle incarne le romantisme allemand dont le prince Albert était si habitué à voir dans son pays d’origine, mais aussi le revival de la culture Highland qui se développe dès le début du XIXème siècle, amorcé avec Sir Walter Scott[1]. Toutes ces influences se ressentent dans le profil du château. Selon le History of Scottish Architecture (voir bibliographie), le Scot Baronial Style apparaît en Ecosse au XVIème siècle, reprenant des éléments de l’architecture médiévale, des éléments des châteaux de la Renaissance française et des Tudors, ainsi que des éléments des maisons-tours italiennes. Ainsi, ce style, réutilisé à partir du XIXème siècle, s’inscrit dans le courant du Gothic Revival. Comme vous pouvez le voir sur l’image ci-dessous, la présence de tourelles, des murs crénelés, l’omniprésence d’armoiries, des fenêtres à lancettes associées à des fenêtres plus classiques rectangulaires. Les toitures elles, rappellent surtout les toitures des châteaux de la Loire. Ainsi, cette construction s’inscrit pleinement dans le High Victorian Gothic, un style architectural qui découle du mouvement romantique, s’inspirant de l’architecture médiévale et Tudor.
 

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Elévation de Balmoral Castle (source : CoolHousePlans)

Un lieu d’inspiration. De nombreux artistes furent employés et/ou vinrent à Balmoral pour dépeindre ce lieu à part dans les Highlands, la reine en premier lieu. On conserve de nombreuses aquarelles réalisées de sa main, datées notamment de son veuvage. En effet, à la mort de son époux, le prince Albert, le 14 décembre 1861, la reine Victoria s’enferme dans un douloureux veuvage et passe près d’une décennie enfermée dans ces différents châteaux. Parmi ces derniers, Balmoral, que le prince aimait tant et pour lequel il avait beaucoup donné de sa personne, fut l’une de ses préférées. On note d’ailleurs une certaine évolution dans ses aquarelles comme le montrent les nombreux exemples conservés dans les collections royales[2]. Avant la fin 1861, ses aquarelles  sont lumineuses, chaleureuses alors qu’à partir de de la mort de son époux, les paysages sont parfois nocturnes, sombres, empreints de lourde tristesse comme l’aquarelle ci-dessous. Outre la famille royale qui montrait certains talents artistiques, de nombreux autres artistes furent attirés par les lieux, et furent même appelés à travailler à Balmoral. Parmi les plus célèbres, on note Edwin Charles Landseer (1799-1879), peintre de sujets historiques principalement ; Carl Haag (1820-1915), peintre allemand du prince Albert ; William Wyld (1806-1889) ou encore William Henry Fisk (1827-1884).
 

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View from my window at Balmoral by moonlight - October 1864, par la reine Victoria, Royal Collections (RCIN 980039)

Balmoral reste encore aujourd’hui, tout comme Sandringham House, la plus secrète des résidences royales britanniques, mais aussi une des plus magnifiques, avec de nombreux lochs, forêts et munros[3]. La résidence est encore relativement dans l’état d’origine. Cependant, au moment de la déclaration de la 2nde Guerre Mondiale, certains éléments de ce château trop germanique furent retirés ou renommés dans une volonté nationaliste. Certes la famille régnante était d’origine germanique, mais elle était désormais ancrée dans la vie britannique et se devait de protéger son peuple. Associée au veuvage de la reine Victoria, elle fut le théâtre de certains des événements les plus marquants de la reine actuelle, comme l’a précisé Stéphane Bern lors de son émission : l’annonce de la mor de Lady Diana, mais aussi l’une des premières apparitions au public de l’actuelle Duchesse de Cambridge, alors encore Catherine Middleton. Balmoral reste encore aujourd’hui régulièrement visitée par la famille royale, et le parc ouvert aux visiteurs, parfois même en présence du monarque.

Pour en savoir plus sur les horaires et termes de visite : http://www.balmoralcastle.com/
 

 
Bibliographie :
GLENDINNING M., MACKECHNIE A., MACINNES R., A History of Scottish Architecture, Edinburgh University Press
Articles Wikipedia: Balmoral Castle, Scots Baronial
KEELING Anne E., Great Britain and her Queen, 1897 (projet Gutenberg)
http://www.royalcollection.org.uk/collection-search/Balmoral
 
Crédits image vedette : Balmoral, par la reine Victoria, 1854, Royal Collections (RCIN 980030)
 

[1] Sir Walter Scott (1771-1832) : baron et écrivain écossais, il fut le premier à avoir une carrière internationale et participa, grâce à sa renommée, à mettre en valeur la culture écossaise, teinté d’un profond romantisme.
[2] http://www.royalcollection.org.uk/exhibitions/royal-paintbox-royal-artists-past-and-present/queen-victoria-1819-1901
[3] Munros : montagne écossaise haute de plus de 3.000 pieds

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