Les Britanniques à Valence

Cette semaine, alors que nous prenons nos quartiers d’été dans le Sud de la France, nous en avons profité pour visiter le tout nouveau musée de Valence et surtout leur exposition inauguratrice : De Gainsborough à Turner. L’âge d’or du paysage et du portrait anglais dans les collections du musée du Louvre, une occasion pour découvrir des chefs d’œuvre méconnus de la peinture britannique conservés en France. Généralement conservés en réserve ou dans le secret département des arts graphiques, découvrez, enfin, quelques belles pièces made in Louvre – dont l’unique Turner en France – retraçant l’apogée de la peinture britannique.
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Arrivée au musée de  Valence aux alentours de 14h. Après une « rapide » visite des collections permanentes, traversons la cour pour découvrir l’espace réservé aux expositions temporaires. Ironie du sort, l’appareil photo tombe en rade. Tant pis, nous ferons avec. L’exposition s’organise sur deux étages, autour de trois idées : le développement de la peinture britannique, l’art du portrait et l’art du paysage. De manière assez subtile, elle se développe aussi de manière relativement chronologique. Dès l’entrée, on tombe sur le chef d’œuvre sur lequel se base toute la communication autour de l’exposition : Conversation dans un parc de Thomas Gainsborough (voir ci-dessous). Dans le fond, on entend une vidéo qui tourne en boucle avec Guillaume Faroult expliquant trois peintures exposées. Pas de véritable parcours prédéfini mais des salles relativement bien marquées au rez-de-chaussée ; au premier étage je me demande toujours si l’exposition se poursuit à partir de l’ascenseur ou de l’escalier à l’autre bout de la pièce. Les murs blancs eux nous choquent. Habitués aux murs colorés qui mettent en valeur les peintures, l’espace manque de chaleur surtout. A l’entrée un texte introductif à l’exposition nous met l’eau à la bouche. Concis, on regrette qu’il ne soit pas aussi présenté en anglais, ayant entre autre noté la présence de touristes anglophones. Continuons…
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Tous les plus grands du XVIIIème et début du XIXème siècle sont là : Gainsborough, Constable, Lawrence, Ramsay, Turner et autres mais aussi des moins connus, notamment le français Philip Mercier, Arthur Devis ou encore plus obscur, Clarkson Stanfield. L’exposition est donc une chance pour nous de découvrir et apprécier certains des plus beaux portraits et paysages anglais de la collection du Louvre. Des textes explicatifs nous donnent certains points qui nous permettent de comprendre le style britannique. En effet, au XVIIIème siècle, grâce à l’apparition d’une génération de génie menée tout d’abord par William Hogarth, absent de l’exposition, puis dans le portrait avec Gainsborough, Arthur Devis, Sir Henry Raeburn, mais aussi Sir Joshua Reynolds et David Wilkie, et dans le paysage avec David Roberts, John Linnell,, Joseph Wright de Derby et surtout les sublimissimes John Constable et Joseph M.W. Turner.  En ce qui concerne les portraits, une place est réservée à la Conversation Piece, peinture de groupe représentant une « conversation » comme une scène de thé, une réunion familiale, etc. En ce qui concerne la peinture, les paysages à la fois anglais et européens sont présentés, confirmant la tradition des artistes anglais de réaliser le « Grand Tour » d’Europe où ils pouvaient étudier auprès d’autres grands artistes européens et qui influença la peinture de certains : on pense entre autre à Claude Le Lorrain dont Turner dut découvrir les œuvres en venant en France et qui influença grandement sa peinture.
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Notre coup de cœur reste définitivement l’importance donnée à l’historiographie sur les collections britanniques en France et la diffusion de telles œuvres en France. L’accent est mis sur ce sujet dès le premier visuel. Comme l’indique le texte présenté, les peintures de ces artistes qui ont fait la réputation de l’école britannique se sont exportés par le biais de Salons et notamment celui du Louvre qui était organisé tous les ans. Le catalogue présente plusieurs articles sur ce sujet et sur la réception française des œuvres britanniques. Etant un sujet qui nous tient particulièrement à cœur, nous reviendrons prochainement sur ce sujet, en nous appuyant justement sur ces dernières sources.
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Autre bonus, la présence d’une sélection issue du département des arts graphiques. Comme vous pourrez le noter à la fin du catalogue retraçant l’exposition, le musée conserve un corpus assez important de dessins préparatoire, esquisses ou dessins peints. Le Louvre a notamment acquis récemment des oeures de Gainsborough et Turner. Cependant, c’est surtout pour des artistes comme John Leech, Gainsbourgh oui, mais aussi Sir Thomas Lawrence et surtout John Constable (68 dessins dignes d’une exposition à eux-seuls) montre le gout des collectionneurs pour ce support. Dans le catalogue est aussi présentée une partie des œuvres graphiques qui sera exposée à Quimper à partir du 23 octobre où l’exposition y sera transportée [on rappelle que les œuvres graphiques ne peuvent pas être exposées plus de 3 mois à la fois, d’où un renouvellement pour Quimper].
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En nous promenant dans la galerie, nous observons aussi un public d’une très grande variété : des habitués de la région, des touristes (nous inclus), mais aussi des étrangers venus admirer la « sensibilité britannique » à travers certaines de ses plus belles œuvres. Des personnes d’un âge mur, voir âgées, réceptives aux événements culturels divers, mais surtout des jeunes, de nombreux jeunes, habitués à la culture anglophone et qui s’ouvrent aussi à un répertoire pour certains moins connu.

Les dernières expositions sur la peinture anglaise avait eu lieu au Louvre en 2007 sur William Hogarth[1], en plus avant encore en 1994 sur les collections britanniques du musée[2]. Comme on nous le précise dans le livret de l’exposition, les collections britanniques se sont agrandies ces dernières décennies, avec plus d’une centaine d’œuvres. Il était donc temps qu’une nouvelle exposition remette enfin à jour auprès du public la plus importante collection d’œuvres britanniques en France. Nous espérons voir cette exposition au Louvre même, à la portée d’un public encore plus large encore. Entre temps, le catalogue, au prix modique de 30€ vous satisfera grandement. De Gainsborough à Turner est à découvrir au musée de Valence jusqu’au 28 septembre puis au musée des beaux-arts de Quimper à partir du 23 octobre.

Bibliographie :
FAROULT Guillaume (dir.), De Gainsborough à Turner. L’âge d’or du paysage et du portrait anglais dans les collections du musée du Louvre, catalogue d’exposition, Silvana Editoriale, 2014
Site de l’exposition temporaire au musée de Valence : http://www.museedevalence.fr/fr/de-gainsborough-turner-lage-dor-du-paysage-et-du-portrait-anglais-dans-les-collections-du-musee-du
Site de l’exposition temporaire au musée des beaux-arts de Quimper : http://www.mbaq.fr/expositions/exposition-a-venir/de-gainsborough-a-turner/
Dossier pédagogique de l’exposition : http://www.museedevalence.fr/sites/default/files/medias/pdf/dossier_pedagogique.pdf
Découvrez les vidéos présentées lors de l’exposition, commentées par le commissaire de l’exposition, Guillaume Faroult : https://www.youtube.com/playlist?list=PLobtH_ZkAjz9qZbQOt1P5TpuOiHJ-ROAf

[1] http://mini-site.louvre.fr/hogarth-rembrandt/hogarth_fr.html
[2] http://musee.louvre.fr/bases/doutremanche/index.php?lng=0

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