Les Britanniques, de Munich à Vienne

par Alexis DUSSAIX

 Chères lectrices, chers lecteurs,

Je suis ravi de nous retrouver à nouveau sur Un Art Anglais ?, à la suite d’un voyage organisé par moi-même et que j’ai appelé «  le circuit impérial », depuis Berlin à Vienne en passant par la Bavière. Le but de ce voyage était de découvrir et visiter les palais que les souverains germaniques ont habités ou construits, comme Potsdam, Bayreuth, Ludwigsburg, Neuschwanstein, Herrenchiemsee et palais de Schonbrünn.
Je voudrais vous faire part de découvrir les collections anglaises dans deux musées que je sélectionne : le Neue Pinakothek de Munich et le Kunsthistorisches Museum de Vienne. C’est parce que l’art anglais fait partie de l’art européen, voire « international ».

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Portrait du Capitaine Pownall, Sir Joshua Reynolds, 1769, Neues Pinakothek (acquis en 1985, achat à Zurich)

Nous commençons par Munich, capitale de la Bavière, qui abrite un trésor important du patrimoine allemand, avant 1870. Louis Ier de Bavière (2ème roi de Bavière, 1786 – 1825/1848 – 1868) a fondé plusieurs musées dont la Glyptothek (collections de sculptures gréco-romaines) et a contribué la grande modernisation à la ville de Munich et au Residenz (palais des ducs/rois de Bavière). La Neues Pinakothek est un musée de Beaux-Arts, qui abrite la collection des Rois de Bavière, exclusivement de 1800 à 1900, donc ce sont plus exactement les acquisitions de Louis Ier de Bavière qui s’intéresse à l’art contemporain (à son époque). De nombreuses œuvres anglaises furent achetées  notamment par les rois Maximilien Ier et Louis Ier de Bavière auxquelles s’ajoutent les acquisitions récentes (surtout les dernières décennies du XXème siècle aux enchères et marchés d’art à Londres et en Suisse), afin de manifester la représentation de la peinture européenne, voire « internationale » autour de 1800. Les jardins paysagers anglais, tels qu’ils ont évolué à partir de 1730, ont joué un rôle déterminant dans cette évolution, et réellement influencé la peinture des paysages.

Ostend exhibited 1844 by Joseph Mallord William Turner 1775-1851
Ostende, Joseph Mallord William Turner, 1844, Neues Pinakothek (achat en 1976 marché d’art à Londres)

Presque tous les grands peintres anglais de XVIIIème et XIXème siècles sont représentés : on peut voir un portrait de William Hogarth, également connu comme graveur de scènes de mœurs ; des tableaux de George Stubbs, peintre renommé des chevaux, de Sir Joshua Reynolds, premier président de l’Académie royale des arts et auteur d’importants Discours sur l’art, et des tableaux de son rival Thomas Gainsborough qui a peint, outre ses nombreux portraits, beaucoup de paysages où il mêle les influences du Lorrain et de l’art hollandais du XVIIème siècle. Sont également présentés d’importants exemples de portraits genre prédominants dans l’art britannique de la période, ce sont les œuvres de George Romney, Henry Raeburn et Thomas Lawrence. Les paysagistes John Constable et J.W.M Turner sont aussi actifs durant la 1ère moitié du 19ème siècle.

2 - Sir-David-Wilkie - la lecture du testament - 1820
La lecture du testament, Sir David Wilkie, 1820, Neues Pinakothek (acquis par le roi Maximilien Ier)

Maintenant, déplaçons-nous à Vienne où nous ne verrons pas le beau Schonbrünn, mais visiterons le musée célèbre de la ville : le Kunsthistorisches Museum, qui se trouve au cœur de Vienne, à quelques pas du Hofburg, résidence d’hiver des empereurs et actuellement un ensemble de plusieurs musées (Musée Sissi, trésor des joyaux de l’Empire…). D’un point de vue muséographique, il me fait penser à un Louvre à l’autrichienne. Au temps de l’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche (mère de la reine Marie-Antoinette), cette dernière abrite les collections impériales des peintures et des sculptures au palais Stallburg, puis le Belvédère. L’impératrice envisage d’ouvrir les résidences habitées à un public restreint : les étudiants des Beaux-Arts et la noblesse. Plus tard à la fin du XVIIIème siècle, le public devient plus large avec la bourgeoisie ayant une entrée payante. C’est l’un des premiers musées d’Europe, après le Louvre, alors appelé Museum central des arts, en 1793. Aux années 1860-70, l’empereur Franz-Joseph Ier (cher époux de l’impératrice Sissi) a aménagé le bâtiment officiel existant depuis 1720, il s’agit de la Ringstrasse.

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Portrait de Catherine Clements, George Romney, 1788, Neues Pinakothek (achat en 1978)

On peut y trouver des collections antiquisantes comme l’Egypte, le Proche-Orient, la Grèce, la peinture européenne de la Renaissance à l’époque de Sissi, les collections de la cour de Prague sous Rodolophe II, les objets d’art européens. Ainsi 75% des collections concernent l’art européen. Allons directement aux galeries de peintures afin de voir quelques œuvres anglaises. Bien sûr, je ne peux pas dire que Vienne n’a pas de collection anglaise puisqu’il était un bon rival avec la monarchie anglaise à l’époque. Nous avons entre-autre deux tableaux importants de Hans Holbein le Jeune, qui a vécu en Angleterre jusqu’à sa mort. Je choisis le tableau qui m’a bien marqué : il s’agit du portrait de Jane Seymour, 3ème épouse d’Henri VIII, après Catherine d’Aragon et Anne Boleyn.

5 - Jane Seymour - 1536 -
Jane Seymour, Reine d’Angleterre, H. Holbien le Jeune, Hans Holbein le Jeune, Kunsthistorisches Museum de Vienne

Après le voyage impérial, je peux faire une petite conclusion que la collection anglaise dans l’Europe est assez méconnue, cela s’explique notre action dans le blog Un Art Anglais ? de faire voir ses œuvres cachés en Europe ! Je remarque l’art anglais présente une grande part d’influences artistiques durant le 19ème siècle, j’ai tiré une hypothèse : Albert de Saxe-Cobourg-Gotha, qui a importé cette influence avec plusieurs styles bien connus : le néo-gothique (même néo-roman comme le Neuschwanstein), la littérature romantique avec Goethe… J’ai le plaisir de pouvoir clore le dernier article estival 2014, merci à Un Art Anglais ? et à bientôt pour de nouvelles découvertes…
Pour en savoir plus :
Kunsthistorisches Museum de Vienne, les guides Prestel, 2007 (édition française)
La Neue Pinakothek de Munich, Christian Lenz, C.H Beck/ Scala Publishers, traduction française

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