De Londonium à Londres capitale

Le site de Londres est habité depuis presque l’apparition de l’homme, c’est-à-dire depuis 450.000 avant J.C. Depuis, le site s’est développé jusqu’à devenir aujourd’hui des plus grandes villes du monde. La connaissance du passé de Londres n’aurait cependant jamais eu lieu sans l’action de C.R. Ashbee qui en 1890 fonde le « Survey of London ». Ce dernier devient alors la source principale de connaissance sur Londres et son architecture. Depuis l’année dernière, après avoir été pendant 14 ans sous le contrôle d’English Heritage, il est géré par la Bartlett School of Architecture (University College of London). En quatre épisodes, nous vous proposons de découvrir la ville, son architecture son histoire, de quoi vous faire tomber amoureux d’une des plus belles et anciennes villes du monde.

Londonium (50-410)

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mosaïque de Leadenhall Street (Londres), I ou IIème siècle, découvert en 1803, British Museum.

Avec l’apparition des Romains en 43 AD sur les côtes anglaises, Londres devient ville selon les règles de la civitas latine. aujourd’hui, il ne reste presque plus rien de ce passé à part quelques murs et surtout des objets, aujourd’hui dispatchés entre le British Museum, le Museum of London et la Guildhall Art Gallery. Londres se développe alors sur un peu plus d’un kilomètre carré mais est déjà un important centre commercial dans l’ouest. La ville s’étend sur la rive Nord de la Tamise, à l’endroit où la traversée est la plus courte. Au tournant du Ier siècle, elle devient une des plus grandes villes de l’Ouest de l’Empire. Elle devient capitale de Britannia après Colchester qui sera dévastée par Boadicée. En 122, l’empereur Hadrien se déplace jusqu’en Britannia. A cette occasion, de nombreux bâtiments publics sont construits.

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plan de Londres vers 400 (source Wikipedia)

A cette même époque, afin d’empêcher les Pictes et autres peuples celtes à envahir l’île, Hadrien ordonne la construction d’un imposant mur le long de la frontière entre Britannia et l’Ecosse. A Londres, on réalise un mur similaire afin de protéger la ville : long d’environ 5km, il est édifié entre 190 et 225 et survivra 1600 ans, définissant aujourd’hui les limites de la City londonienne. On se pose encore la question sur les bâtisseurs de cette ville : en tant que ville commerciale importante, l’idée d’une fondation privée a effleuré l’esprit des chercheurs. Cependant, la présence du mur défensif et l’absence d’un nombre conséquent de villas romaines indiqueraient plutôt une fondation militaire. Aujourd’hui, de la Londinium antique restent : des fragments du mur, les fondations d’une maison de gouverneur, les restes d’un amphithéâtre sous la Guildhall Art Gallery, de thermes à Huggin hill, des fondations et inscriptions de plusieurs temples dont le plus bel exemple est le temple de Mithras, découvert en 1954. Ce peut de reste s’explique par des incendies répétitifs et surtout l’abandon de la ville pendant plusieurs siècles, de 410, date du départ des Romains de Britannia, jusqu’au VIIème siècle

Lundenwic et Lundenburh (VIIème siècle – 1066)

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Edouard le Confesseur envoyant Harold en Normandie depuis Londres, broderie de Bayeux, après 1066, musée de la tapisserie de Bayeux

Peu après le départ des Romains, l’île britannique est progressivement reprise au mains de différents peuples païens : les Angles, les Jutes, les Saxons et les Pictes principalement. Cet âge est très mal connu qu’il est encore appelé aujourd’hui « Dark Ages ». A partir du VIIème siècle, la situation commence à se définir. L’île est divisée en sept royaumes aussi appelé heptarchie, Londres faisant alors partie de la Mercie mais disputée par l’Essex et le Wessex. La Londres anglo-saxonne est appelée Lundenwic, wic signifiant ville commerçante. L’idée est donc de faire de Londres un centre prospère à nouveau. Ce nouveau site se situe à environ un mile de Londinium, dans l’actuel quartier d’Aldwych. Là encore, un incendie provoquée par les Vikings envahisseurs en 842 détruit tout. Ce que l’on sait, c’est que le christianisme s’était réimplanté notamment grâce à la mission de moines bientôt sanctifiés. La première cathédrale, dite des Saxons de l’Est, aurait été construite sur l’ancien temple de Diane. Lundenwic est aussi à nouveau un grand centre commercial, comme l’attestent de nombreux témoignages, et ce dès le VIIIème siècle (note). Les Vikings débarquent sur les côtes anglaises vers 830, environ 50 ans après la destruction du monastère de Lindisfarne dans le Nord de l’Angleterre. Lundenwic n’étant pas défendable, les survivants décident alors de se réfugier dans l’ancienne ville romaine.

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carte de Londres anglo-saxonne (source Londonist.com)

C’est Alfred le Grand qui a l’idée de retourner dans la ville fortifiée et dès 886, répare et améliore les fortifications, d’où le nom de Lundenburh : le fort de Londres. C’est à cette période que commence véritablement l’histoire de la City de Londres avec la présence d’archives et de chroniques. La ville est reconstruite et dès le Xème siècle, la ville renait à nouveau et sa position stratégique sur la Tamise lui permet de prospérer à nouveau grâce au commerce. La dernière attaque viking, datée de 1016, amène au pouvoir un roi danois, Knut le Grand, qui règne désormais sur l’Angleterre. Avec son gendre, Edouard le Confesseur, Londres est désormais capitale économique. Winchester reste la capitale politique, et c’est dans la cathédrale des Saxons de l’Ouest qu’il se fait couronner en 1043. Ce roi pieux, canonisé en 1161, est aussi le bâtisseur du premier monument majeur encore conservé à Londres et le premier monument en style anglo-normand : Westminster Abbey (1042-52). L’actuelle église date du XIIIème siècle. Consacrée en 1065, les travaux se termineront qu’en 1090. On peut avoir une idée de ce à quoi elle ressemblait en s’intéressant à l’abbaye de Jumièges en France. Celle-ci avait été édifiée dès le départ pour devenir une église funéraire royale et Edouard le Confesseur y sera le premier enterré . La suite de l’histoire de Londres, nous la connaissons bien: en 1066, Guillaume le Conquérant, à la suite de la victoire Hastings s’installe à Londres. C’est le début de l’architecture anglo-normande.

Londres normande, Londres anglaise (1066-XVème siècle)

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Vue de London Bridge, Claude de Jongh, huile sur panneau, 1632, English Heritage Kenwood

Les Normands sont en réalité des anciens barbares du Nord, installés en Normandie et donc ayant intégré la culture française au cours des décennies. Dès le début de son règne, Guillaume le Conquérant impose sa loi par une politique édilitaire importante en Angleterre. A Londres, les premiers monuments qui s’élèvent dans la ville ont pour fonction de défendre la ville, notamment contre les notables saxons, opposés au nouveau roi normand : La tour blanche (tour de Londres) et les châteaux de Baynard et Montfichet. Déjà une notion se met en place : qui prend Londres, prend le pays. Chaque roi apporte progressivement sa pierre à la ville : Guillaume II fait construire Westminster Hall qui deviendra au cours des siècles Westminster Palace, la résidence royale par excellence. Par la suite sont aussi construits l’église Saint-Bartholomew-the-Great (1123) à Smithfield, dont il ne reste aujourd’hui que le chœur de cette époque. En 1176, un premier pont en pierre relit les deux rives de la Tamise : London Bridge. Celui-ci restera le seul pont de Londres jusqu’en 1739. Londres se développe désormais sur les deux rives. A ce moment là, c’est à dire sous le règne d’Henri II (1133-89), Londres devient véritablement la capitale de l’Angleterre. Ceci est confirmé par le transfert vers 1200 du trésor à Westminster.

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Londres en 1300 (source Wikipedia)

Jusqu’au XIIIème siècle, l’architecture de Londres est dépendante du modèle français que favorisent les rois Plantagenêts de par leur ascendance mais aussi grâce aux nombreuses alliances avec les voisins d’outre-manche. A la mort de Jean-sans-Terre, frère de Richard Cœur-de-Lion, l’Angleterre prend culturellement son indépendance avec entre autre le développement de l’anglais, désormais langue officielle et le développement, en architecture, d’un gothique propre à eux. Londres est alors composée de deux pôles qui, d’un point de vue urbain, ne se rejoindront que vers 1600 : Westminster, capitale politique, et la City, capitale économique. On remarque que ceci n’a toujours pas changé jusqu’à aujourd’hui. de nouveaux monuments s’élèvent : la cathédrale gothique de Saint-Paul, achevée dans les années 1320, le Guildhall (1411-1440), hôtel de ville et lieu de réunion des corporations de Londres, etc.

En 1300, Londres est la plus grande ville d’Europe avec 80.000 habitants (contre 15.000 en 1100). Les différentes épidémies de peste et les guerres ne touchent que moyennement la ville par rapport au reste de l’Europe. Ce n’est qu’XVème siècle que, rongée par des guerres de succession, qu’elle s’affaiblit pour renaître sous une nouvelle dynastie : les Tudors…

Rendez-vous en octobre pour le 2ème épisode.

Sources:
PISANO Sandra (ed.) Museum Highlights, Museum of London, Scala Publishers Ltd, 2010
http://www.museumoflondon.org.uk/london-wall/whats-on/galleries
Article Wikipedia : History of London
Www.history.co.uk/study-topics/history-of-london/
Survey of London : http://www.english-heritage.org.uk/professional/research/buildings/survey-of-london/
Www.mola.org.uk/projects/london-evolution-animation/

Pour aller plus loin :
BILLINGS Malcolm, London, a Companion to its History and Archaeology, 1994
FERNIE Eric, Edward the Confessor’s Westminster Abbey, in MORTIMER (ed.) Edward the Confessor
http://londontopia.net/site-news/featured/london-fiver-history-five-people-built-london-2/

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