Save Wedgwood: une collection en péril

Cette semaine, on sort de nos sentiers battus pour vous parler d’une opération de mécénat outre-manche. C’est du jamais vu et on espère que cela donnera des idées à d’autres musées et collections menacés. Car c’est bien d’une collection britannique mythique dont nous allons vous parler aujourd’hui : le Wedgwood Museum de Barlaston (Stoke-on-Trent). En découvrant les origines de l’entreprise Wedgwood, porcelainier de la famille royale depuis quasiment sa fondation, et sa collection, nous espérons aussi que ce post vous donnera envie d’investir pour le patrimoine britannique.

A l’origine, un Steve Jobs du XVIIIème siècle

image

Josiah Wedgwood, né en 1730 dans le Staffordshire, était certainement prédisposé à la céramique dans une région aussi fertile en argile et donc le bassin majeur de production de céramique en Angleterre. Cadet d’une nombreuse famille, Josiah entre en apprentissage auprès de son frère à l’âge de 14 ans. C’est alors qu’il perd l’usage de son genou et ne peut plus tourner la vaisselle. Dès lors, il se mettra à travailler les matériaux et les finitions, ce qui fera sa réputation. Dès la fin de son apprentissage en 1752, il fonde une première société avec des associés : les pièces produites sont principalement des grès unis et des bleus et blancs. Il s’associe deux ans plus tard avec l’un des meilleurs potiers de la région, Thomas Wieldon. Wedgwood continue alors ses expériences pour créer une pâte crème et lisse de plus grande qualité, alors que la porcelaine commence à être produite en Angleterre.

Des Bell Works à Wedgwood

image

En 1759, Wedgwood retourne dans son village natal où il fonde sa première entreprise personnelle : The Bell Works. Il emploie dès lors des techniques peu coûteuses mais rendant des pièces de qualité qui vaudront sa célébrité : moulage, impression ou guillochage des motifs. Rapidement, il rivalise avec la porcelaine et reçoit une première commande royale en 1765. Pendant ce temps là, Wedgwood continue ses expériences sur sa pâte de faïence et en 1768, il parvient à créer une pâte claire et épurée proche du blanc. Elle prend le nom de Queensware en remerciement du titre de « céramiste de la Reine Charlotte » en 1766. En 1767, l’entreprise se développe et fait construire une nouvelle manufacture, Etruria. Dès lors la production est industrialisée. A partir d’un carnet de motifs, le client choisissait son service : formes, matériaux (Queensware, jaspe, grès noir puis plus tard porcelaine), motifs. Les plus belles pièces sont produites à Etruria, Notamment la copie d’un vase antique, le Vase Portland. Les commandes affluent au point de surpasser l’offre. Parmi celles-ci, une commande de la reine Catherine de Russie. C’est le début de la renommée internationale de Wedgwood, désormais associé avec un certain Bentley.

Les débuts de la collection Wedgwood

image

L’idée de réaliser une collection de la production Wedgwood frappe rapidement  fondateur comme le confirme une lettre qu’il envoie à son associé. En effet, celle-ci devait servir d’archive pour l’entreprise mais aussi pour sa postérité. Dès lors, il conserve une pièce de chacune des productions et rachète des pièces produites précédemment. Aujourd’hui, ce sont environ 80.000 pièces qui composent cette collection, divisée en différents sujets : les céramiques, les « fine arts » (peintures, dessins, gravures, etc.), les manuscrits (carnets de motifs, manuscrits, lettres), tout ce qui concerne l’histoire sociale de l’entreprise (photos, fiches de paie, etc.), les objets non-céramiques dont les moules en cire ou en bois et les plaques de cuivre qui servaient à l’impression, et enfin les outils. Le musée permanent est installé à Barlaston en 1906, où fut aussi ouverte une nouvelle manufacture, toujours dans la région de Stoke-on-Trent. Parmi les plus belles pièces du fondateur, on retrouve des vases étrusques réalisés entre autre au moment de l’ouverture de la manufacture d’Etruria à qui ils donnent le nom. Autre production très caractéristique de Wedgwood, des bleus et blancs en jaspe, sous forme de vases, vaisselle, frises décoratives mais aussi des camées et médaillons à l’antique. La collection la plus phare est celle des Queensware, des services somptueux en blanc crème ornés de divers motifs et notamment des paysages. Les pièces reflètent les collaborations avec des artistes de premier plan allant du sculpteur John Flaxman au XVIIIème siècle à Vera Wang aujourd’hui.

#SaveWedgwood, une collection en péril

image

A la mort de Josiah Wedgwood en 1795, les fils rechignent à reprendre l’entreprise. Celle-ci est cependant perpétuée, devenant Wedgwood & Sons, puis Wedgwood. Jusqu’en 1830, la manufacture continue à recevoir d’importantes commandes en prenant référence sur le travail du fondateur. Le renouveau n’apparaît que vers 1870, et il est clair qu’en 1940, l’entreprise fait plus office de référence  de par son nom que par sa créativité. En 2009, acculée par plusieurs centaines de millions de livres de dettes, l’entreprise est en banqueroute. La Haute Cour de Justice de Grande Bretagne demande alors à ce que l’entreprise vende la collection, évaluée à plus de 15 millions de livres afin de pouvoir rembourser une partie des dettes. C’est alors qu’entre en jeu l’Art Fund. Cette fondation britannique qui a pour but de venir en aide aux musées pour la sauvegarde du patrimoine britannique et son agrandissement, se met en chasse de partenaires afin de pouvoir sauver la collection.

image

Aujourd’hui, près de 13 millions de livres ont été récoltés avec ces partenaires. Une collecte de dons publique a donc été organisée depuis septembre pour compléter la somme manquante. A deux mois de la fin de l’opération, il manque encore environ 700.000 livres. Si la somme est récoltée, la collection sera intégralement offerte au Victoria & Albert Museum qui en échange la laissera en place au musée à Barlaston en prêt à long terme après rénovation du centre  qui ouvrira au printemps 2015. Aidez donc les Britanniques à sauvegarder un patrimoine industriel unique au monde. C’est l’histoire d’une famille, d’une entreprise centenaire mais aussi d’une nation que vous pourrez sauver. Et si vous n’êtes toujours pas conquis, voici une belle vidéo de l’Art Fund :

Pour faire un don : http://www.savewedgwood.com

Sources:
WILLS Geoffrey, Wedgwood, Ed. Atlas, Paris, 1991
YOUNG Hilary, The Genius of Wedgwood, catalogue d’exposition, V&A, 1995
http://www.wedgwoodmuseum.org.uk

Crédits photographiques : Wedgwood Museum

Publicités