1666 : Londres s’embrase

A l’instar de l’année 1992 pour Elizabeth II, on peut dire que l’année 1666 fut une « Annus Horribilis » pour Charles II. Sur son trône fragile depuis six ans, il assiste impuissant comme le reste de la population londonienne à l’embrasement de Londres du 2 au 5 septembre 1666. Alors qu’ITV est sur le point de diffuser dans quelques semaines sa nouvelle série « The Great Fire », revenons sur cet événement majeur de l’histoire britannique et sa représentation. Alors que Londres était destinée à ne jamais survivre à cet incendie spectaculaire, comment elle a pu renaitre de ses cendres pour devenir aujourd’hui une des plus grandes capitales du monde ?

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Portrait de Charles II, John Michael Wright et atelier, 1660-65, National Portrait Gallery

1666, « Annus Horribilis » de Charles II ?
A croire que l’Incendie était prédestiné à cette « année du diable ». 6.6.6. L’Angleterre sort de plus d’n demi-siècle de guerre civile et de guerre de religions. Affaiblie, elle se reconstruit lentement sous le règne de l’avisé Charles II (r. 1660-1685). Pourtant, 1666 fut surnommée par le poète John Dryden comme une « Annus Mirabilis » (litt. Année des miracles). Isaac Newton voit la pomme tomber de son arbre et invente la théorie de la gravitation, l’Angleterre est victorieuse dans sa 2ème guerre anglo-néerlandaise. Le pouvoir revient à Londres après une des dernières graves crises de peste qui secouera l’Angleterre en 1665. L’année était donc synonyme de Renaissance. Cependant, les relations avec les états catholiques sont difficiles, notamment la France – qui a pourtant recueilli Charles II lorsque son père se fait exécuter par la République de Cromwell – et surtout le Pape. Les espions pullulent en Angleterre et tentent de ramener l’île rebelle dans le droit chemin. D’où la fameuse théorie du complot qui teinte le plu grand incendie que Londres n’ait jamais connu.

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Carte de Londres en 1666 avec la zone brûlée en rose (source Wikipedia, par Bunchofgrapes)

Londres en 1666
Depuis plusieurs années déjà, on conseillait au roi et au maire de reconstruire la ville, notamment son cœur, pour pallier aux incendies répétitifs. En effet, le Grand Incendie de cette année ne fut pas le seul que connu la City, dont le dernier datait de 1632, mais il s’agit du plus important. La City de Londres était en effet encore très médiévale, construite $en bois et chaume, bien que ces matériaux sont interdits depuis la fin du Moyen-Age. Exit les anciennes avenues romaines pour des ruelles étroites où s’entassent chariots, population et stands en tout genre. Le roi et les nobles depuis Henry VIII s’attardaient surtout à l’amélioration de leurs propres résidences. Ainsi, Londres rappelle plutôt une ville du Nord plus qu’à une de ces grandes capitales européennes dont elle faisait partie politiquement, économiquement et culturellement parlant.

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The Great Fire of London, anonyme d’après Jan Griffier le Vieux, 1675, huile sur toile, Museum of London

Londres brûle
L’incendie se déclare peu après minuit le dimanche 2 septembre dans la boulangerie de Thomas Farriner située dans Pudding Lane près de la Tamise. Le fort vent qui sévit alors sur la ville accélère l’embrasement. Les technologies de combat de feu sont mises en place rapidement avec des engins mécaniques libérant des litres d’eau et éteindre le feu, alors proche de la Tamise. La technique la plus commune à cette époque est de circonscrire le feu en détruisant les maisons alentours que le feu dévorera jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien. Le maire de Londres, Sir Thomas Bloodworth hésite cependant longuement à l’activation de ces solutions et lorsqu’il approuve, le feu a déjà englouti les maisons qui auraient dû être démolies. Le feu prend de la hauteur et se nourrit de l’oxygène du vent pour créer son propre four. Il ne reste plus rien à faire. La City est évacuée le lundi sous les ordres du roi Charles II qui a repris les commandes devant l’incompétence du maire ; Saint Paul, la grande cathédrale de la ville, est cernée par les flammes. Le pont de Londres aussi est détruit, l’antique mur romain de Londres en grande partie. Le feu menace dès le mardi soir les quartiers de Westminster et les quartiers résidentiels adjacents d’une part, mais aussi la Tour de Londres de l’autre. Finalement, le vent disparait et le feu avale le reste des ruines qu’il a produit et est éteint.

 « People do all the world over cry out of the simplicity of my Lord Mayor in general; and more particularly in this business of the Fire, laying it all upon him. »
Samuel Pepys, 7 septembre 1666

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The Londoners Lamentation, anonyme, 1666 (Source EEBO)

Londres en deuil
Au total, ce sont 13.200 maisons et 87 églises qui sont détruites. Peu de morts dont le nombre est aujourd’hui inconnu (on en connait que six) mais un sixième de la population londonienne est à la rue. En effet, le feu en soi n’a brûlé qu’une partie de la ville, mais celle-ci recueillait une grande partie de la population. Les faits sont relatés de manière plus ou moins émouvante par plusieurs chroniqueurs et témoins dont les plus connus sont Samuel Pepys et John Evelyn. Samuel Pepys, enfant de Londres ayant vécu dans cette city et officier de la Marine anglaise au moment des faits, donne le compte-rendu le plus émouvant dans ses journaux intimes, marchant dans la ville en flamme depuis la Tour de Londres jusqu’à Whitehall puis s’enfuyant de l’autre côté de la Tamise. Le feu pouvait alors être vu depuis Oxford, située à environ 80 kilomètres de la capitale. Alors pourquoi Londres s’est-elle embrasée ?

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Le Grand Feu de Londres, gravure de Francfort, 1670, museum of London

Cherchez le coupable
La guerre civile encore récente a laissé des traces dans la ville et notamment des barils de poudre dans cette City, bastion du républicanisme anglais. Ajoutez à cela l’incompétence du maire de Londres et le tour est joué. Une question demeure : feu intentionnel ou accidentel ? Dès les jours suivant l’incendie, une commission est nommée afin de connaître les origines de l’accident. Thomas Farriner est interroger et jure que ses fours étaient entièrement éteints. En octobre, un français, Robert Hubert, avoue être un espion français et avoir lancé une grenade dans la boulangerie mais son récit peu cohérent manque de vérité. Il est quand même pendu à Tyburn le 27 octobre 1666. La théorie du complot papiste ou étranger, notamment flamand. Qui est donc le coupable ? Le Maire n’y est sans doute pas pour rien pour l’expansion du feu, mais son origine restera encore un mystère. Reste plus qu’à aller de l’avant et tout reconstruire.

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The Great Fire of London, Jan Griffier le Vieux, vers 1666, huile sur toile, Museum of London

Une catastrophe mémorable
L’incendie de Londres, encore plus que les couronnements, les mariages et les funérailles, fut inscrit à jamais dans les mémoires des Londoniens et la succession des gouvernants feront attention à toujours rénover Londres afin que pareille catastrophe ne recommence jamais. De nombreux livres, recueils, chants, mais aussi peintures, gravures furent réalisées dans les années qui suivirent l’Incendie. Le musée de Londres conserve une collection importante des témoignages de cet événement : « A Short Narrative of the Late Dreadful Fire in London » d’Edward Waterhouse, « God’s Terrible Voice in the City » de Thomas Vincent, « The Burning of London in the Year 1666 » de Samuel Rolle, etc. Les témoignages se diffusent rapidement dans toute l’Europe alors que Londres se voit affaiblie. Parmi les peintres de l’événement, beaucoup d’anonymes mais aussi quelques noms comme Jan Griffier le Vieux.

« … the City  less and less likely to be built again, every body settling elsewhere, and nobody encouraged to trade »
Samuel Pepys, 31 décembre 1666

Que retenons-nous de cet événement ? La Renaissance de Londres en tant que ville moderne. La nécessité de reconstruire Londres est capitale pour la survie de l’Angleterre. En 1669, Charles II, après avoir considéré avec le Parlement les différents plans proposés par des architectes nommés, fait passer le Rebuilding Act. Cette reconstruction, menée par l’architecte Christopher Wren, conduira au plus gros boom économique que l’Angleterre connaitra et fera de la ville la plus importante d’Europe dès la fin du XVIIème siècle. Alors, Annus Mirabilis ?

 

Sources :
PEPYS Samuel, The Diary of Samuel Pepys, édité par Robert Lathal et William Matthews, 1970-73
Article Wikipedia : The Great Fire of London
http://archive.museumoflondon.org.uk/Londons-Burning
www.tes.co.uk/article.aspx?storyCode=6300877

Pour en savoir plus :
LEASOR James, The Plague and the Fire, House of Stratus Ed., 2001
Biographie de Christopher Wren sur Un Art Anglais ? : https://unartanglais.com/2013/07/13/sir-christopher-wren-1632-1723/

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