Etudier l’art anglais en France

Depuis plusieurs années, certains amateurs d’art auront remarqué un regain d’intérêt pour l’art anglais, signifié par au moins une à deux expositions annuelles en France. Ainsi cette semaine, nous vous proposons un article un peu particulier retraçant aussi un voyage personnel dans les abîmes des dizaines d’opportunités de formations disponibles dans le domaine de l’histoire de l’art. En tant que parisienne, nos références sont principalement de la capitale, notamment par l’étendue des choix mais aussi parce que vous y trouverez deux formations uniques en France.

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Paysage avec une rivière et une baie dans le lointain, J.M.W.Turner, musée du Louvre (acquisition 1967)

La formation initiale
Trois options s’offrent au lycéen en sortant du bac : l’Ecole du Louvre, la licence d’Histoire de l’art à l’université ou la licence Langue Littérature et Civilisation Etrangère (LLCE Anglais) là encore à la fac’. La première, la plus prestigieuse, requiert le passage par le test probatoire (inscriptions jusqu’en décembre de l’année précédant l’entrée à l’université). Elle a l’avantage de donner un cursus généra sur toute l’histoire de l’art de l’humanité, de la préhistoire à aujourd’hui, en passant par des cours de techniques, d’iconographie, d’histoire des collections et une spécialité (pas sur l’art anglais par contre). La deuxième option, histoire de l’art à l’université, vous permet aussi d’avoir un panorama assez général de tout ce qui est disponible mais vous permet surtout de vous cadrer rapidement vers une spécialisation chronologique (antiquité, Moyen Age, Temps Modernes ou Contemporain). La plupart des universités françaises proposent cette formation. Enfin, la formation LLCE vous permet d’avoir la langue anglaise mais aussi des points sur l’art anglais et vous permet aussi de passer en master dans la même UFR Etudes Anglophones vers un master spécialisant. On vous en parle tout de suite.

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Princesse Sabra, Edward Burne-Jones, 1865, musée d’Orsay

Parcours Recherche 1 : Master Arts et Culture Visuelle Anglophones à Paris VII Diderot
Cette formation, la plus spécialisée sur l’art anglais et unique en France, vous permet d’avoir une formation de britanniste et une formation pluridisciplinaire sur la culture anglaise et américaine principalement. Prenant appui sur l’œuvre visuelle fixe (peinture, sculpture, etc.) et  mobile (film, théâtre), cette formation vous permet d’une part de faire valoir votre formation en Angleterre, celle-ci étant donné intégralement en anglais  (les mémoires aussi sont à rédiger en anglais), mais aussi d’avoir une vision globale et notamment civilisationnelle sur l’œuvre d’art, une vision en somme tout à fait britannique. Les inscriptions se font en ligne au mois de juin et sont validées par une commission. On peut y rentrer après une licence LLCE mais aussi en sortant d’une licence d’histoire de l’art ou de l’Ecole du Louvre même si les chances sont amoindries par le fait qu’ils ne peuvent juger votre niveau d’anglais. Des preuves peuvent vous être demandées. Master de recherche, il débouche donc de préférence vers un doctorat. Pour les puristes de l’art, vous pourrez faire appel à une co-tutelle avec une université spécialisée en histoire de l’art (anglaise notamment avec le Courtauld Institute). Si vous êtes intéressés, nous vous conseillons donc de prendre rapidement contact avec Mme Ladan Niayesh, directrice du Master en question.

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Tour de l’Horloge, Trinity College (Cambridge), fondée par Henry VIII (source Wikipedia)

Parcours Recherche 2 : Master Histoire de l’Art à l’université
Cette fois-ci, la voix choisie reste plus classique. Globalement, vous continuez plus ou moins les mêmes cours qu’en licence de manière plus poussée bien sûr, complété par un (ou deux) mémoires de recherche sur des sujets de votre choix. Nous tenons cependant à émettre quelques réserves sur cette voix, notamment concernant le carnet d’adresse de l’université. En effet, les spécialistes de l’art anglais étant très peu nombreux en France, veillez bien à prendre rendez-vous avec le directeur du Master et vérifier avec lui s’il a les meilleures ressources pour pouvoir vous mettre en contact avec un directeur de recherche de votre domaine. Parmi les contacts que nous vous conseillons, citons entre autre Pr. Pierre Wat, spécialiste de l’art au XIXème siècle et notamment du Romantisme[1], directeur à Paris I Panthéon-Sorbonne ou encore Pr. Frédéric Ogée à l’UFR des Etudes Anglophones de Paris VII Diderot et spécialiste entre autre du XVIIIème siècle anglais[2]. Nous sommes surs qu’il y a bien d’autres professeurs spécialisés dans l’art anglais mais n’avons pas encore assez de ressources pour vous donner des noms. Contactez-donc votre université la plus proche pour plus de détails. Bien évidemment, cette formation vous dirige tout de suite vers une thèse. Parmi les débouchés de la recherche : historien d’art, professeur d’université, conférencier, free-lance. A vous de faire votre choix.

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George II, John Michael Rysbrack, 1760, Victoria & Albert Museum

Parcours Conservation et Métiers des Musées : Ecole du Louvre
Au détriment d’autres parcours qui proposent une formation vers la préparation du concours de conservateur, la meilleure reste l’Ecole du Louvre. Pour ce faire, la voix royale est le Premier Cycle réussi avec un 14/20 en spécialité pour entrer en master ou Deuxième Cycle. Depuis l’université, il vous faudra un minimum de 14/20 de moyenne pour pouvoir faire partie des sélectionnés au Deuxième Cycle. Ce dernier, vous donnant une approche de tous les métiers des musées : conservation, muséographie, histoire des collections, restauration, médiation, est un tremplin parfait pour attaque la prépa Conservateur toujours à l’école du Louvre. La première année vous permet d’avoir le diplôme de muséologie, unique en France et en Europe. Par la suite, deux parcours s’offrent à vous : Recherche ou Professionnalisant. Contactez la personne responsable du master pour connaitre quelle voie est plus formative. Par la suite, la prépa Conservateur vous forme au concours dont les écrits ont lieu pendant l’été et les oraux (si admissibles) vers novembre/décembre pour un début de formation à l’INP (Institut National du Patrimoine) dès janvier suivant. Le désavantage, vous n’êtes pas certains de faire de l’art anglais au cours du master à moins que le directeur du groupe de recherche soit d’accord. De plus les places en tant que conservateurs des collections anglaises sont chères. Il faudra donc être patient. Enfin, si vous voulez par la suite être conservateur en Angleterre, il faudra passer par la case thèse, l’Angleterre demandant un niveau de Bac+8 pour le job et le parcours français n’en donnant que 7. L’avantage : les collections anglaises font assez peu l’objet de mémoires, vous aurez donc l’embarras du choix allant des miniatures du XVIème siècle du musée du Louvre à Delacroix et Shakespeare, et j’en passe.

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La Couronne impériale britannique portée par George V, père d’Elizabeth II, 1937, Collections Royales (Tour de Londres)

Parcours Médiation/Métiers de l’art : Ecole du Louvre /  Paris VII Diderot
Pour être médiateur, deux options s’offrent à vous : la deuxième année du deuxième cycle de l’Ecole du Louvre au parcours « professionnalisant » qui vous permet de vous former aux métiers du marché de l’art, médiation ou métiers du patrimoine. A Paris VII Diderot, nous vous conseillons un master peu connu mais qui vous permet de vous familiariser avec la mentalité culturelle anglophone, qui bien sûr diffère en France. Appelé Master pro bilingue Intelligence et innovation culturelles, cette formation vous permet de vous former dans les deux domaines. Bien sûr pour les métiers de l’art, il est conseillé de réaliser conjointement une licence de droit. Etant un domaine dans lequel nous ne sommes pas familiers, et conscients que des formations dans ce domaine existent en province qui vous permettrait entre autre de vous spécialiser en art anglais moyennant un mémoire spécialisant.

A chacun son parcours. Nous espérons que ces quelques lignes vous éclairent. Nous nous excusons de ne pas avoir pris en compte les formations de province mais dans le contexte actuel, les débouchés sont assez rares et nous vous conseillons donc de mettre le paquet et de tenter les meilleures pour mettre toutes vos chances de votre côté. Bien sûr, si votre souhait est de partir à l’étranger, de nombreuses universités britanniques et canadiennes proposent des parcours très intéressants. Nous vous conseillons cependant l’université de Yale aux US qui dispose en outre de la plus grosse collection d’art anglais en dehors de l’île britannique. Nous finissons cet article par quelques références générales indispensables à lire pour tout futur étudiant en histoire de l’art anglais. Bonne semaine à tous.

Bibliographie sélective :
CHASSAIGNE Philippe, Histoire de l’Angleterre des origines à nos jours, Champs Histoire, Flammarion (2008)
GAUNT William, La peinture anglaise 1260-1960, Thames & Hudson
GRAHAM-DIXON Andrew, A History of British Art, BBC Books, 1999
WATKIN David, English Architecture: A Concise History, WW Norton & Co Inc (2001)

Les universités/écoles citées :
Ecole du Louvre : http://www.ecoledulouvre.fr/
Paris I Panthéon-Sorbonne : http://www.univ-paris1.fr/ufr/ufr03/
Paris VII Diderot / UFR des Etudes Anglophones : http://www.univ-paris-diderot.fr/EtudesAnglophones/pg.php?bc=CHVF&page=Masters

Image d’en-être : Magna Carta et sceau, 1215, British Library

[1] WAT Pierre, Naissance de l’art romantique : Peinture et théorie de l’imitation en Allemagne et en Angleterre, publié en édition de poche Champs Arts Flammarion en 2013
[2] Parmi certaines références de Frédéric Ogée, nous vous conseillons Art et Nation : la fondation de la Royal Academy of Arts : 1768-1836, publié chez Armand Colin en 2003

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