À l’origine du dandysme : CR du colloque de Paris Tableau

Il y a près de deux semaines, j’ai pu assister au colloque organisé par Paris Tableau en introduction à l’exposition dédiée à Oscar Wilde, poète dandy, qui ouvre ce mercredi au Petit Palais. Divisé en deux parties – pré et post Révolution française – le colloque avait pour ligne directrice ce terme de « dandy ». Je n’ai malheureusement pu assister qu’à la première partie et vous en propose à présent un condensé.
 Souvent utilisé à mauvais escient, voire de manière anachronique, le terme de dandy désigne un « Homme qui affecte une suprême élégance dans sa toilette, ses manières, ses goûts » (Larousse 2016). Bien que le terme ne soit pas apparu dans le vocabulaire anglais puis français avant le XIXe siècle, le dandy est une figure bien présente esthétiquement depuis l’Antiquité. Esthète, mignon, ou tout simplement un noble suivant les modes de son temps, retour sur cette notion de dandysme avant l’heure.
Un anachronisme dans l’Angleterre moderne
Le dandy à l’époque moderne est entre autre personifié par le mignon d’Henri III et contemporainement la jeunesse de la cour élisabéthaine. La mode française, s’inspirant de divers éléments de ses voisins, donne déjà le la aux autres cours européennes. Plus que les peintures, ce sont surtout les dessins et les miniatures qui nous en donnent une vision relativement fidèles. Pour le côté moqueur, il faudra regarder du côté de la gravure qui se fera un plaisir, notamment sous le règne d’Henri IV, de ridiculiser ces précieuses.

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Mais il faut bien le dire, le concept de dandysme est un concept britannique qui apparait à la fin du XVIIIe siècle. Le terme apparait tout d’abord dans des poèmes à vocation plus ou moins satyrique puis une définition se cristallise et des influences, comme des aînés, y sont aggrégées. Un peintre en particulier va être tout de suite associé à ce concept comme l’explique Alexis Merle du Bourg en entrée de sa présentation : Anthony (ou Antoon) Van Dyck.
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Autoportrait, Anton Van Dyck, v.1620-1625, huile sur toile, Saint-Petersbourg, musée de l’Ermitage
Bien que flamand, Anthony Van Dyck (1599-1641) est considéré comme l’inventeur du portrait britannique. Appelé à la cour par Charles Ier (r. 1625-49) dès le début de son règne, le peintre devient rapidement le portraitiste officiel du souverain, de sa famille, puis de toute sa cour. Il est probablement le premier peintre a transcrire l’idée de sprezzatura. Développé théoriquement dans le Courtisan de Castiglione, le terme pourrait être traduit par nonchalance, recklessness en anglais. Ce terme peut être compris comme une attitude d’une certaine hauteur, voire mépris, qu’une personne née d’un certain rang se doit d’avoir.
Cette sprezzatura est particulièrement visible dans l’attitude de John et Bernard Stuart. Tous deux sont lesfils du 3e duc de Lennox, un des titres de noblesse les plus importants de l’Angleterre Stuart. Ils ont donc un statut très important à la cour. Ce dernier est confirmé par la richesse de leurs parures, au sommum de la mode des années 1630. Ce qui est le plus frappant dans ces portraits est cependant l’attitude, en particulier celle de Bernard sur la droite. Sa posture semble incroyablement inconfortable avec le talon de sa botte pas entièrement placé sur la marche, le bras gauche retourné pour pouvoir se poser sur sa cuisse pendant que l’autre tien sa cape droite. Pourtant, tout respire une certaine naturalité, accompagné d’une expression hautaine, digne de son rang.
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Lord John Bernard Stuart, Anton Van Dyck, 1638, huile sur toile, Londres, The National Gallery
Van Dyck, le modèle
De son vivant, Van Dyck fut très rapidement admiré à travers ses portraits dont ceux de Charles Ier qui voyagèrent dans toute l’Europe, que ce soit par le biais des ambassades que de la gravure. Ces gravures traversent l’Europe et inspirent. C’est le cas notamment de peintres espagnols comme Diego Velásquez, Juan Carreño de Miranda, Bartolomé Murillo ou encore Raphael Mengs et Francisco de Goya au XVIIIe siècle. Guillaume Kientz, conservateur au musée du Louvre et spécialiste de peintures espagnoles, traita aussi de la question des petimetre, aussi ancêtres du dandy par leur vanité et leur intérêt pour leur parure, allant jusqu’à la caricature dont ils furent l’objet par de nombreux artistes espagnols du XVIIIe siècle. En Angleterre, ils étaient alors appelés des fop.
Van Dyck est aussi le peintre qui influencera toute une école d’artistes britanniques qui se rendirent célèbres pour leurs portraits dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle : Gainsborough, Reynolds, Ramsay, etc. S’ils ne reprennent pas sa stylistique, ce sont de ses compositions qu’ils s’inspirent. Là encore, le peintre flamand montre la voix dans la représentation de cette noblesse et bourgeoisie anglaise, l’audace et l’héroïsme en prime.
Portrait de Richard Peers Symont, Sir Joshua Reynolds, 1769, Cincinnati Art Museum
Portrait de Richard Peers Symont, Sir Joshua Reynolds, 1769, Cincinnati Art Museum
 Peut-on véritablement parler de dandysme ? Alexis Merle du Bourg met bien en valeur sa différence d’un point de vue conceptuelle. Le dandy est « une fin en soi, à la fois créateur et créature ». A l’inverse, le dandy de l’Angleterre moderne, s’il est possible de l’appeler ainsi, s’intègre dans une lignée dont il symbolise à la fois le passé, par sa volonté de légitimation, le présent, par la sophistication de sa tenue qui se doit d’être toujours à la mode, et l’avenir, par sa jeunesse.
Le dandy, une figure britannique ?
La troisième conférence fut menée par Hugh Belsey, spécialiste de la peinture du XVIIIe siècle britannique et plus particulièrement de Thomas Gainsborough. La question soulevée fut celle de l’adoption de coutumes étrangères, et notamment européennes, par le biais des nombreux voyages que les Anglais, navigateurs hors pair, entreprirent dès la fin du XVIe siècle. Rapidement furent organisés des Tour, puis Grand Tour, séjours pouvant durer plusieurs années et considérées comme l’accomplissement de l’éducation de la riche jeunesse britannique. Les anglais traversent ainsi l’Europe jusqu’au Levant au XIXe siècle, s’inspirent de leur mode et de leurs coutumes et les importent à leur retour en Angleterre. La cour londonienne est à l’heure française, les arts décoratifs s’inspirent à la fois du baroque tardif romain et de la rocaille française avant de tomber dans la frénésie néoclassique qui empare toute l’Europe après la découverte de Pompéï et Herculanum.
Ainsi, le dandy anglais, ne serait-il en réalité que la fruit d’une éducation européenne ?
(c) National Trust, Charlecote Park; Supplied by The Public Catalogue Foundation
Portrait de George Lucy, Pompeo Batoni, 1768, National Trust, Charlecote Park (Source : The Public Catalogue Foundation)
Pourquoi Paris Tableau  a-t-il organisé un colloque sur un tel sujet ? Et bien tout d’abord car il fascine encore. L’organisation de ce dernier coïncidait entre autre avec la première rétrospective du sulfureux Oscar Wilde qui mourut à Paris en 1900, condamné à Londres en 1895 pour homosexualité. Le concept de dandy est aussi un sujet tellement actuels. Aujourd’hui, on leur donne le nom de hipster ou parfois de métrosexuel. Ces derniers continuent de mener le jeu dans les domaines de la mode et de la culture. Alors pas étonnant que l’auditorium du Petit Palais avait cette-fois ci encore fait salle comble.
 Céline Cachaud
Rédactrice-en-chef
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