Le Glasgow Style, art nouveau à l’écossaise

D’abord découvert en cours d’Histoire de l’art à l’université, puis pendant mes visites culturelles en Ecosse, le « Glasgow style » m’a marqué par son caractère local et innovant. Coup de projecteur sur un courant artistique méconnu et qui se développa en Ecosse entre le XIXème et le XXème siècle.

Glasgow au XIXème siècle, entre modernité et pauvreté

Avec l’arrivée du chemin de fer au cours du XIXème siècle, l’Ecosse s’industrialise très rapidement. Les écossais quittent la campagne pour les villes dans l’espoir de trouver du travail et avoir une vie meilleure. Sur la côte Ouest, la ville de Glasgow attire par son industrialisation rapide et les nombreuses entreprises qui s’y installent. La population augmente de manière considérable en 150 ans et passe de 32 000 habitants en 1750 à 750 000 habitants en 1900. Mais cette augmentation a des répercussions sur les conditions de vie des habitants. Un travailleur galwégien peut espérer vivre jusqu’à 42 ans, une femme jusqu’à 45 ans et 1 bébé sur 7 meurt de maladies infantiles ou liées au manque d’hygiène. Les familles s’entassent dans des appartements d’une pièce, sans cuisine ni sanitaires et dans des immeubles insalubres. La pollution atmosphérique, la violence ethnique, la lutte ouvrière, les nombreux taudis –les gorbals, connus pour être les pires d’Europe–, la prostitution et l’alcoolisme sont autant de problèmes dont la classe aisée veut se libérer, en créant une ambiance culturelle propre qui lui permettrait de se distinguer et de se rassembler. En effet, la ville, en dépit de sa prospérité économique, est considérée comme dénuée de tout sens artistique par rapport à Edimbourg et sa ville «nouvelle» créée au XVIIIè siècle.

L’émergence d’une réflexion artistique

Glasgow était une ville tournée vers le monde grâce aux différentes industries présentes. Les échanges avec l’Extrême-Orient et le Japon vont permettre aux artistes d’avoir accès à des articles inhabituels. L’irruption de l’exotisme apporta à Glasgow des couleurs et des formes inconnues. Parmi tous ces artistes, un groupe émerge et va utiliser ce vocabulaire artistique pour créer une forme d’Art nouveau propre à Glasgow et qui aura un impact particulier en Europe, car il sera repris plus tard par les membres de la Sécession viennoise.

La famille Macdonald, Herbert et Mackintosh en partie inférieure, Glasgow School of Art Library and Archives
La famille Macdonald, Herbert MacNair et Charles Mackintosh en partie inférieure, Glasgow School of Art Library and Archives

Dès lors que l’on évoque le « Glasgow style », plusieurs noms apparaissent : Charles Rennie Mackintosh, Margaret et Frances Macdonald et Herbert MacNair. Ces quatre artistes, tous diplômés de la Glasgow School of Art, vont s’associer et être rebaptisés « The Four ». Ils exposent à Liège pour la première fois en 1895, puis à Glasgow, ensuite à Londres (Arts and Crafts Society en 1896) et à Vienne.

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Mais la commande qui va vraiment marquer le groupe est celle du directeur de la Glasgow School of Art, qui leur demande de réaliser la reconstruction de l’école d’art. Pensée comme une œuvre d’art total, Mackintosh et MacNail conçoivent l’aspect architectural tandis que les sœurs Macdonald, elles, créent la décoration. Le projet de Charles Rennie Mackintosh, dont la construction se déroula en deux étapes (de 1896 à 1909), visait à conférer une image plus artistique que technique à l’école. Il privilégia les salles d’études aux ateliers, la décoration intégrale des espaces et l’utilisation de nouvelles formes pour le traitement des volumes. La pièce majeure de cette réalisation était sûrement la bibliothèque construite sur deux niveaux, elle était caractérisée par la modernité de sa mezzanine, et par sa baie vitrée donnant sur la façade de l’école. Elle aussi conçu comme une œuvre d’art total, elle a malheureusement disparu en mai 2014 suite à un incendie qui détruisit toute la partie supérieure du bâtiment.

Réalisations et postérité

Après la conception de la Glasgow School of Art, Mackintosh et son équipe se voient confier d’autres projets, qui vont permettre le développement du « Glasgow style ».

The Hill House. Crédits : Visit Scotland
The Hill House. Crédits : Visit Scotland

Mais c’est en solo, au début du XXè siècle, que Mackintosh construit l’une de ses œuvres les plus significatives : The Hill House. Ce projet fut sollicité par l’éditeur Walter Blackie, qui souhaitait une somptueuse villa de vacances pour sa famille dans une région résidentielle, située sur la côte Ouest de l’Ecosse. Commencée en 1902, la résidence fut terminée deux ans plus tard. Blackie, grand amateur d’art, avait, grâce à ses publications éditoriales, contribué à diffuser le « Glasgow style ». De l’extérieur, The Hill House est une mélange d’Art nouveau, d’Arts & Crafts, de Japonisme et de « Scottish baronial style » le mouvement néogothique écossais.

The Hill House : la salle à manger. Crédits : Visit Scotland
The Hill House : la salle à manger. Crédits : Visit Scotland

A l’intérieur, Mackintosh réalise tout, de l’âtre au mobilier en passant par la vaisselle. Le bois, très présent et donne un caractère authentique et chaleureux à l’ensemble. Moyennement bien reçu par les critiques, The Hill House fait, là encore, figure d’œuvre d’art total, où tout est pensé pour «  répondre aux besoins changeant des habitants » comme le pensait Mackintosh.

Charles Rennie Mackintosh marqua l’histoire de l’art écossais en faisant appel à un répertoire orientalisant mais qui encore actuellement sert de référence à beaucoup d’artistes. Il quitta l’Ecosse en 1914 pour s’installer en Angleterre où, dégouté de l’architecture, il se tourna vers la peinture. En 1923, ayant hérité de sa mère, ils décident avec sa femme de quitter l’Angleterre et de passer leurs vacances dans le Roussillon pour un séjour qui se prolonge indéfiniment. Ils vivent pendant l’été 1924 à Collioure, et pendant les hivers 1925-1926 et 1926-1927 à Port-Vendres. Mackintosh peut se consacrer à ce qu’il considère comme son art principal, la peinture. Il peint à l’aquarelle de nombreux paysages des Pyrénées-Orientales où le couple décide de s’installer.

Mais en 1928, malade, il doit rentrer à Londres, où il meurt.

Malgré l’échec de son atelier, le prestige de Mackintosh demeure si fort aujourd’hui encore que la ville de Glasgow a décidé en 1990 d’assurer la réalisation posthume de son projet « House for an art lover » qui avait gagné en 1901 le concours d’idées ouvert à Darmstadt et qui n’avait jamais été construit. Enfin, la reconstruction de la bibliothèque de la Glasgow School of Art est en cours d’après les dessins et les projets de l’artiste suite à l’incendie de 2014.

Julie Moindrot

Rédactrice

Bibliographie :

  • Scotland, a very peculiar history, Volume 2, Fiona MACDONALD, Editions The Salariya book company, 2000.
  • L’architecture moderne, une histoire critique, Kenneth FRAMPTON, Edtions Thames & Hudson, 2006.
  • Epoque contemporaine, Françoise HAMON & Philippe DAGEN (dir.), Editions Histoire de l’art Flammarion, 2003.
  • L’art nouveau, Klaus JURGEN SEMBACH, Editions Taschen, 2014.

Pour aller plus loin :

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