Les Vikings en Grande-Bretagne

Depuis quelques années, les Vikings n’ont jamais été autant en vogue avec des séries comme Vikings et The Last Kingdom. La mythologie nordique elle-même influence encore un grand nombre de romans. Entre répulsion et fascination, les civilisations nordiques
Pourtant, encore aujourd’hui, les invasions vikings sont très peu étudiées dans l’histoire européenne. En Angleterre, cette période est incluse dans ce qu’on appelle plus communément, les « Dark Ages ». Pourtant les hommes du Nord, grands navigateurs, colonisèrent une grande partie de l’Europe du Nord, un peu comme les Grecs en Méditerranée à l’époque antique. Pourtant, vous ne trouverez que très peu à leur sujet dans un manuel d’histoire, encore moins dans les grandes synthèses d’histoire de l’art.
Alors qu’en Angleterre, on célèbre le 950e anniversaire de la conquête normande, il était temps que notre blog s’intéresse d’un peu plus près à cette civilisation qui, en restant près de deux siècles en Grande Bretagne, laissa irrémédiablement ses traces.

 

« Il est vrai que, dans un certain sens, ces hommes étaient bien des barbares, mais cela ne veut pas dire qu’ils n’avaient eu aucun sens de la beauté ni un art qui leur fut propre. Ils avaient des artisans habiles à travailler finement le métal, et aussi d’excellents sculpteurs sur bois… »
GOMBRICH, Histoire de l’art (p. 157-159)
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Reconstitution d’un bateau viking à l’occasion de l’exposition Valhalla à Shrewsbury. Crédits Jorvik Viking Centre
Qu’est ce qu’on appelle viking ? Définition et précis historique
On appelle communément vikings les populations du Nord de l’Europe suivant entre autre la mythologie nordique. Ainsi, les Vikings sont principalement concentrés au Danemark et dans la péninsule scandinave (Norvège – Suède – Finlande). Plusieurs termes désignèrent ces peuples du Nord : Saxons, Vikings puis Normands.
Entre le IX et le XIe siècle, les Vikings naviguèrent sur la plupart des mers européennes, colonisant progressivement une grande partie des côtes occidentales, partant jusqu’en Amérique du Nord. En Grande Bretagne, la première invasion viking est notée dans les Chroniques de l’Angleterre et aurait eu lieu en 793. Progressivement, ils envahissent tout le nord de l’île ainsi que l’Irlande. Seul le royaume de Wessex, au sud de l’Angleterre, ne subit que des raids permanents mais conservent une autorité grâce au roi Alfred dit « Le Grand »  (r. 871-899) qui fortifia tout son royaume.
Ces communautés progressivement s’organisent. En effet, deux raisons sont à nommer pour expliquer ce phénomène presque migratoire de la population nordique : la volonté d’enrichissement personnel et de gloire, intrinsèque de l’entrée au paradis nordique ou Valhalla, et les nombreux problèmes économiques et sociaux qui règnent dans le Nord de l’Europe par un climat difficile où un nombre réduit d’éléments poussent et fleurissent. En Grande-Bretagne et en Irlande, où le climat est plus favorable , des colonies viking s’installent progressivement et des villes se créent et/ou se développent. En 880, un traité est signé entre Alfred et le roi viking délimitant les zones sous contrôle de la loi danoise ou « danelaw » et l’Angleterre.
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Carte de l’espace viking et son expansion. Crédits Larousse
Qu’est ce que les Anglais doivent aux hommes du Nord ?
Si les premières invasion nordiques sont destructrices, des liens avec les populations locales se tissent rapidement au cours du IXe siècle avec l’installation de colonies de fermiers scandinaves. En France par exemple, la Normandie devient un duché offert aux peuples nordiques ; le terme normand signifiant à l’origine hommes du Nord. En Angleterre, l’installation viking est entre tout d’abord synonyme de développement de centre urbains avec l’investissement du village de York dès 876 d’une part ou encore la création de Dublin au tout début du Xe siècle. La Northumbria plus généralement, devient un important centre de commerce international avec notamment des ateliers de frappe de monnaie à partir des butins récupérés lors des différents raids autour de l’Europe.
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Plan de York à l’époque viking. Crédits Jorvik Viking centre
Le développement de relations commerciales florissantes et la fusion des cultures nordiques et occidentales permirent aussi le développement d’un art hybride particulièrement notable au Xe siècle. Cet art, déjà connu par le biais des invasions saxonnes quelques siècles plu tôt est assez similaire : des motifs ornementaux composés d’entrelacs décoratifs, d’un bestiaire et de quelques ornements végétaux. Là encore, tout comme dans l’art livresque qui fleurit dans le Nord de l’Angleterre et en Ecosse aux VI-VIIe siècles, la figure humaine est peu présente. Celle-ci se développe dans l’art viking au contact de la civilisation occidentale.
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Pendentif issu du trésor de Galloway, Ecosse. Crédits National Geographic
La culture nordique est aussi très présente dans la culture britannique aujourd’hui à travers la langue. Les jours de la semaine par exemple, reprennent le nom de dieux scandinaves : Tuesday (mardi) pour le dieu Tyr, Wednesday (mercredi) pour Odin, Thursday (jeudi) pour Thor et Friday pour la déesse Frigg. Bien d’autre smots sont aussi empruntés aux langues scandinaves. Certes antérieur aux invasions dites viking, mais demeurant toujours un des héritages des peuples nordiques, l’un des premiers best-sellers de la littérature britannique est Beowulf, récit épique anglo-saxon, écrit dès le VIIe siècle et largement inspiré de la mythologie nordique.
La recherche sur l’époque viking aujourd’hui
Malheureusement, peu d’éléments sont aujourd’hui conservés de cette période et seule l’archéologie nous permet d’avoir une réelle connaissance de l’installation scandinave en Europe occidentale. Les domaines de prédilection de l’artisanat nordique demeure cependant la sculpture, sur bois notamment, et l’art de la métallurgie et de l’orfèvrerie.
De nombreux « hoards » ou trésors furent découverts tout au long du XXe et XXIe siècles, nous permettant d’en savoir un peu plus sur la vie en Angleterre lors de ces périodes troublées. C’est le cas du trésor dit de Watlington, capital pour la connaissance du règne du roi Alfred. Publié en 2015, ce trésor contient de nombreux objets précieux en métal et notamment un pièce de monnaie représentant le roi Alfred avec son homologue de Mercie, alors sous contrôle viking. Ce « hoard » est aujourd’hui un trésor national britannique.
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Pièce représentant le roi Alfred de Wessex et le roi Ceowulf II de Mercie, 4e quart du IXe siècle. Crédits British Museum
D’autres recherches, menées à York, ont mené à un nouveau centre ouvert au public sur Jorvik, l’ancien centre viking du nord de l’Angleterre. Le nouveau centre ouvrira au printemps 2017. York, prise par les Vikings en 866 selon les sources, est alors véritablement le centre où se concentra la culture viking en Europe occidentale. On y trouvait notamment un atelier de frappe de monnaie.
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Photographie du Coppergate dig, site archéologique de York fouillé dans les années 1970
Il y a deux ans, le British Museum a présenté une exposition sur les Vikings. La dernière partie de cette exposition se concentra sur l’héritage du peuple scandinave. Cette exposition se complète par de nombreuses publications très récentes voire en cours. Une dernière exposition s’est tenue un peu plus tôt cette année à Shrewsbury sur la vie après la mort dans la culture viking à partir des éléments découverts à York et plus généralement en Northumbria et en Ecosse.
Beaucoup reste cependant à faire et des études plus poussées sur les invasions nordiques en Angleterre à partir des nombreuses recherches archéologiques permettraient certainement de comprendre cette Angleterre nouvellement chrétienne mais déjà puissante. Ainsi, peut-on véritablement parler de Dark Ages ?
Céline Cachaud
Bibliographie :
« Viking », définition, dictionnaire Larousse :
« The Vikings », dossier du National Museum of Denmark [consulté le 17/10/2016]
« Vikings: Life and legend », portail du British Museum {consulté le 17/10/2016]
ROESDAHL Else, « L’art des Vikings », in DUBY George, Le Moyen Age, Paris, Editions du Seuil et Centre national du livre, coll. Histoire artistique de l’Europe, 1995, p. 155-163
FURNESS Hannah, « Viking hoard discovery reveals little-known king ‘airbrushed from history’ », The Telegraph, 10 décembre 2015 [consulté le 17/10/2016]
Découverte et photothèque du trésor de Galloway, Ecosse, Heather Pringle pour National Geographic, 23 mars 2016 [consulté le 17/10/2016]
RICHARDSON Nigel, « Invasion of the Viking Hoards », Guide de l’exposition du British Museum et des lieux où des restes archéologiques sont conservés, The Telegraph, 3 mars 2014 [consulté le 17/10/2016]
« In Search of Valhalla », projet de recherche du York Archaeology Trust [consulté le 17/10/2016]
« The Coppergate dig », résumé des découvertes archéologiques réalisées dans les années 1970, Jorvik Viking Centre [consulté le 17/10/2016]
Photothèque des découvertes archéologiques au Coppergate dig, York, York Archaeology Trust [consulté le 17/10/16]
Pour aller plus loin :
Vikings: Life and Legend, catalogue d’exposition, British Museum (Londres), 2014
DAVIES Wendy (ed.), From the Vikings to the Normans (Short Oxford History of the British Isles), Oxford University Press, 2003
GLUBOK, Shirley. The Art of the Vikings, New York, Macmillan, 1978.
SAWYER Peter (ed.), The Oxford Illustrated History of the Vikings,Oxford University Press, 1997
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