Victorian Women

Il y a quelques années, alors que j’effectuais mon second séjour à Londres, je suis tombée en admiration devant une toile de la Tate Britain, musée que je visitais pour la première fois. Le tableau représentait une mince jeune fille à la peau pâle et aux paupières lourdes. Ses yeux bleu myosotis semblaient perdus dans le vague, tandis que ses cheveux roux et sa robe flottaient dans l’eau de la rivière, emportés par le courant. Entourée de guirlandes de fleurs, la bouche entre ouverte, elle chantait. Il ne m’a pas fallu plus de quelques secondes pour reconnaître Ophélie, la bien-aimée de Hamlet conduite au suicide par la folie simulée du personnage éponyme, une héroïne shakespearienne dont j’avais aperçu l’image en cours de lettres lors de ma licence (mais, soyons honnête, sans vraiment y prêter attention).

Si l’idée de mise en image de mythes littéraires au sein de l’aventure préraphaélite m’a tout particulièrement séduite, je suis me suis progressivement laissée charmée par les œuvres de ces jeunes anglais téméraires qui désiraient révolutionner le monde de l’art. Mieux encore, c’est cette visite à la Tate Britain qui m’a conforté dans mon désir de travailler en musée ou galerie, alors que mon parcours universitaire me dirigeait vers une carrière de professeur.

C’est grâce à un livre poussiéreux déniché dans une vieille bibliothèque (The Pre-Raphaelites de Christopher Wood) que j’ai pu découvrir la fascination que ce type de peinture avait exercé sur ma grand-mère. Ce n’était donc pas sans une certaine émotion que j’ai feuilleté cet ouvrage qui m’emportait dans le paradis terrestre de Millais, Rossetti et Burne-Jones, peuplé de créatures enchanteresses issues des plus grands canons de la littérature européenne. D’une certaine manière, c’était comme si, à l’instar de la notion de réminiscence évoquée par Platon, j’avais toujours su que ce penchant existait : la découverte du tableau d’Ophelie et du livre de Wood ne relevait pas de la pure coïncidence.

Dés lors, la boucle était bouclée : l’art de la période victorienne me permit de faire ce lien si naturel entre mon goût pour la littérature anglaise et mon appétit naissant pour la culture visuelle au sens large. Petit à petit, j’ai découvert la peinture britannique, et surtout, celle du 19ème siècle. Si l’époque victorienne me passionnait déjà sur le plan littéraire, j’ai remarqué que sa production artistique était tout aussi singulière.

Mais c’était sans compter sur les questions d’amis et connaissances qui semblaient perplexes face à cet engouement. « Mais pourquoi tu n’étudies pas la peinture française, ou italienne ? C’est bien plus intéressant ! » faisait partie des remarques les plus récurrentes. Heureusement, quelques proches m’ont encouragé et m’ont montré des tableaux de Waterhouse, Frederick Lord Leighton, Millais… J’ai alors commencé à me demander pourquoi l’art de cette période paraissait si éloigné de nos considérations modernes. Au travers de mes lectures, je me suis rendue compte de la richesse de cette époque sur le plan artistique et culturel, qui m’a accompagnée jusqu’à la fin de mes études de Master et fait encore aujourd’hui partie de mes domaines de prédilection.

Ce dossier ne présente pas une liste exhaustive des problématiques portant sur la condition des femmes à l’époque victorienne. Il faudrait plus le considérer comme une entrée dans différentes thématiques qui préoccupent les artistes de l’époque mais qui paraissent aussi présenter une résonnance chargée de significations pour les spectateurs contemporains que nous sommes. Vous remarquerez que les victoriens exaltent plusieurs héroïnes et canons esthétiques. Certains acquièrent même un sens d’envergure nationale au sein de la pysché britannique. Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter une excellente lecture avant de vous plonger dans l’imaginaire des fascinants artistes de l’époque victorienne.

 Laure Nermel

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